‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 68 sur 101 · DU MOT A LA RIME · texte numérisé non relu

DU MOT A LA RIME

Ce qui fait que la rime ajoute une si grande puissance au vers, ce qui fait que l'on préférera éternellement les vers rimes aux vers sans rime, c'est, avons-nous dit (pages 152-153), non seulement que la rime sert de métronome, mats encore qu'elle est le moyen d'appeler l'attention sur le mot principal, le mot à retenir. 1 C'est le

mot placé à la rime, dit Banville, le dernier mot du vers, doit, comme un magicien subtil, faire apparaître devant nos yeux tout ce qu'a vouîu le poète ', »

Sans doute qu'on ne saurait mieux dire, mais si l'on en croit, non le traité de Banville, mais quelques-uns de ses vers, il paraîtrait, d'après le second de ceux qui suivent, par exemple, que c'est la particule vers qui fait apparaître à nos yeux tout ce qu'a voulu le poète :

C'était l'orgie au Parnasse; la Muse Qjii par raison se plaît à courir vers Tout ce qui brille et tout ce qui l'amuse 1 ...

Et que, dans le premier des vers suivants, « le mot sorcier, le mot fée, le mot magique, » c'est la préposition pour :

Et maigri ces deux noms effrayants, j'allai pour Baiser aussi les seins des Venus, fou d'amour.

Et dans ceux-ci, l'humble signe du comparatif, isolé de l'adjectif qu'il qualifie :

Mais toi, Maître aux vœux absolus.

Tu poursuis une amante plus > Charmante qu'elle.

ce pour, ce vers, ce plus, que cela dit de choses!

Laissons ces lanterneries. Clair et sûr qu'il faut proscrire de la rime tous les mots insignifiants, tout ce qui est préposition, conjonction, article, mot secondaire, terme banal, sans accent, pour n'y laisser que ce qui représente l'idée, surtout ce qui constitue l'image, ce qui force l'esprit à s'arrêter.

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