DES TERMES NOBLES
L'autre jour, venant de lire les prescriptions comiquement rigoureuses que l'on édite aujourd'hui à l'endroit de la rime, de la consonne d'appui, etc., il m' arriva d'ouvrir le traité qui précède le Dictionnaire des rîmes de Ricbelet et Wailly. En voyant ceux-ci, non moins comiquement, donner leurs régies, dire qu'espoir a n'est pas admis dans la prose s, mais qu'il est bon dans « la haute poésie o ; qu'il faut mettre jadis au lieu d'autrefois, coursier au lieu de cheval, etc. ; et que les mots vache, chien, très, fort (synonyme de très}, c'est pourquoi, pourvu que, car, parce que, puisque, en effet, en vérité, à la vérité, d* sorte que, outre que, or, d'ailleurs, tant s'en faut, à moins que, non seulement, pour ainsi dire, lequel, laquelle, lesquelles, celui, ceux, celles sont des termes « trop bas » pour être
= M. Paul Artne.
admis dans la poésie; que temps ne rime pas avec dedans; que discret rime mal avec prit, maïs que discrets rime bien avecpréts; qu'on ne peut faire rimer tout avec goû!, etc., etc., en voyant tout cela, dis-je, je songeai que, dans quelque quatre-vingts ans, on lira les traités de Landais et de Banville avec les mêmes jouissances de rate que nous éprouvons aujourd'hui en lisant celui de Richelet.
L'excellent M. Lefranc, dans son Traité de poésie (encore en 1842), dresse une longue liste de mots appartenant à la prose, et, en regard, la liste de leurs synonymes seuls acceptés en poésie. Par où nous voyons qu'en poésie, au lieu d'ancien on doit dire antique; au lieu d'aussitôt : soudain; au lieu de ciel : Olympe, voûte êthèrèe, séjour des dieux; au lieu de colère : courroux; au lieu de Dieu : VÊtre supréttte, le Créateur, le Tout-Puissant, le Ciel; au lieu de l'Enfer : les sombres bords, le Ténare ou Achiron, le Tartare ou Cocyte; au lieu A'èpée : glaive; au lieu d'espérance : espoir; au lieu de les hommes : les Humains, les Mortels, la race de Japel, les fils d'Adam; au lieu de il n'y 11 pas longtemps : naguère ou naguères ; au lieu de mariage : hymen, hyménée; au lieu de pays : climat, séjour ; au lieu de pensée : un penser; au lieu de repentir : repetitance ' ; au lieu de sein : flanc; au lieu de souffle des vents : haleine; au lieu de travail : labeur; au lieu de vent frais : \êphyr ; au lieu de vent violent : aquilon ; au lieu de vent froid, de bise : Borée; au lieu de ventre : flanc, entrailles.
Et l'auteur d'ajouter avec une charmante naïveté : En général la poésie aime les termes qu'un usage universel n'a pas encore rendus trop
On pourrait aujourd'hui, dans un traité de versification, énumérer tous les mots désignés par Richelet, Lefranc et les autres comme poétiques, et les inscrire sous la rubrique :
le révolutio un aire Chateaubriand pour faire accepter MM