‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 75 sur 101 · MOTS INTERDITS EN POÉSIE · texte numérisé non relu

MOTS INTERDITS EN POÉSIE

Mais il ne faut pas croire que d'autres n'aient pas pris leur place, et qu'il n'y ait pas toujours deux vocabulaires, un pour la poésie, l'autre pour la prose. La monnaie ancienne à l'usage des poètes s'était usée par le frai. On leur en a frappé une nouvelle, dont plus d'une pièce commence déjà à s'user à son tour.

Lorsque Th. Gautier et les romantiques n'avaient pas assez d'injures et de railleries à l'endroit des termes employés par Racine,

iolemment atta- •t des familiarités indignes ) ». Un nommé Subligny

ils ignoraient certainement que celui

que pour avoir introduit dans ses ri

de la poésie, des expressions bourgeoisi

énuméra dans Racine une foule de mots « bas et rampants »

voulait « renvoyer à l'hôpital ». Ces mots ont conquis leur droit de

bourgeoisie, en dépit de Subligny, et ce sont précisément ceux qui

ont le moins vieilli.

Le fonds poétique (et j'entends par fonds les tournures, le choix des images, aussi bien que les vocables) se forme ainsi tantôt par infiltrations, tantôt par inondation générale, comme au temps du romantisme. Mais, contrairement à ce qui se passe dans l'ordre social, il y a et il y aura toujours une noblesse et une roture des mots, comme il y aura toujours une diction roturière et une diction noble, en dépit des règles de M. Psichari'.

Victor Hugo considérait comme le meilleur de sa gloire d'avoir faît admettre dans la poésie les termes qui en étaient bannis :

Plus de mot sénateur, plus de n

r la borne Aristote,

.e 11 Revue bleue d

...Je

i. Voir page 18, notr m'écrivait un ami après n'y aurait plus de poésie en aucune langue, n ne s'est pas aperçu, cet homme qui porte un nom grec, que les poètes non seulement ne prononcent pas, mais ne parlent

Je ne voudrais pas que de ces protestations, un peu vives dans leur justesse, on pût inférer que je ne professe pas pour M. Psichari l'estime que méritent sa haute érudition et l'originalité de son esprit.

Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs. ..

je nommai le cochon par son nom. Pourquoi pas?...

J'ai dit à la narine : Eb mais ! tu n'es qu'un nez I

J'ai dit au long fruit d'or : Mais tu n'es qu'une poire!.,.

J'ai dit aux mots : Soyez république I...

Puisque la mode est aux vocables du moyen âge, nous dirons que ceci est un gab immense (Hugo, à cet égard, en aurait remontré à tous les héros du Pèlerinage à Jérusalem). Le poète se vante lorsqu'il dît qu'il appela le cochon par son nom. Pourquoi donc a-t-il écrit dans le Sultan Mourad :

Il vît à quelques pas du seuil d'une chaumière. Gisant a terre, un porc fétide , qu'un boucher?...

Pourquoi ne pas écrire carrément :

Gisant, un gros cochon tout puant, qu'un boucher?...

Eh, mon Dieu parce que a porc fétide » est un o mot sénateur », et que a cochon puant » est un « mot roturier ».

Et par quelle cause mystérieuse !e sabre est-il plus « roturier » que le glaive ? Essayez un peu, pour voir, d'écrire o le sabre de la Justice 1 »

Un auteur a dit :

Et, parmi la poussière opale de la mer,

Les naseaux des dauphins faisaient, dans un éclair,

Jaillir la froide écume aux genoux d'Aphrodite.

Je l'aurais bien défié de mettre :

Jaillir la froide écume aux mollets d'Aphrodite.

Et pourquoi le genou est-tl plus honorable que le mollet? En réalité l'un vaut l'autre, ce me semble. — Et comment se fait-il que le mollet, qui est plus bas, soit moins chaste que le genou, qui est plus haut ? — Va le demander à plus grands clercs I

Au fait, demandez à M 11 ' Bellavoine pourquoi elle exigeait que sa nièce dit toujours s mon fémur s et « mon os cosal », au lieu

d'employer les termes moins farouches à l'ouïr, plus exacts, et, au fond, meilleur français, dont se servait M 11 " Virginie, mais qui avaient le malheur de n'être pas nobles.

On ne saurait croire combien, en réalité, il y a peu de vocables qui puissent entrer dans les vers, — j'entends dans certains vers, — car dans ceux de M. Richcpin, par exemple, tout y peut entrer, comme dans ceux de la Muse à Bibi, comme dans le récipient aux « équevillcs h que nos cuisinières mettent à la porte de l'allée chaque matin. Et dans la Muse à Bibi on trouve des vers plus drôles que ceux de M. Richcpin, des expressions mieux prises sur nature. « C'est plus ça, a comme disent les Parisiens. Mais * ça s, c'est un genre particulier de « poésie ». Eu poésie, il y a les grands vins, il y a les piquetons, il y a les ignobles rogommes. Nous ne parlons ici que des liquides qu'on peut porter au laboratoire municipal.

C'est vainement que Victor Hugo se targue d'avoir introduit la poire en poésie. Pourquoi a-t-il écrit :

Il faut qu'avril jaloux brûle de ses gelées Le beau pommier trop fier de ses fleurs éloilées, Neige odorante du printemps?

Et non le « beau poirier », ou « le beau prunier a, sinon parce qu'il était trop fine pratique pour ne pas sentir que « pommier s est un peu plus * noble » que « poirier » ou « prunier ». Jean Tisseur faisait remarquer combien peu de noms de fruits sont entrés dans la langue poétique : la pomme, le raisin, l'olive, la figue, et c'est quasi tout. Pourquoi la poire, qui vaut mieux que la pomme, est-elle moins poétique? Pourquoi le melon, le cantaloup, qui sont délicieux, sont-ils encore moins poétiques? Je l'ignore de plus en plus, mais évidemment :

Le beau melon, trop fier de ses fleurs étoilées,

Ne ferait pas aussi bien que le vers d'Hugo.

De même pour les légumes. J'ai perpétré ce vers :

Et les pois, et l'oseille avivante, et les œufs ;

J'avoue que je n'aurais pas osé écrire :

Les pois frais, la diurétique 1 asperge, et les œufs;

Pourtant on ne peut nier que le trait ne soit pris sur la réalité. Mémement que l'asperge, pour l'immense majorité, est plus savoureuse que l'oseille. Par ainsi, le vers eût eu plus de force. Mais sacrifice au préjugé, lâcheté insigne, je le reconnais, je n'ai point osé, je n'ai point osé !

En fait, le nombre de mots dont le poète dispose, et par conséquent le nombre de rimes, est extrêmement limité, et ne peut être agrandi en empruntant des vocables barbares à la technologie.

Le dictionnaire de Landais doit contenir trois fois plus de rimes que celui de Quitard. Ce n'est qu'un embarras pour y chercher quelque chose. L'auteur a vidé là-dedans les dictionnaires de chimie, d'histoire naturelle, de physiologie. C'est un riche écrin. On y trouve malacostracé ! ! I Quel beau mot! Si je savais seulement ce qu'il veut dire l

En voici d'autres : eysto-phkgmatique, cysto-lithique, Hfhontripique, ittlerbbulaire, bypersarcose, synchondrose, amphartrose, etc., etc., etc. J'oubliais la plus belle des rimes : elle n'a rien de moins que sept syllabes, et l'alexandrin n'est pas assez vaste pour la contenir : byslérotomoiocie ! Mais je ne déteste point non plus allochroïte, ni pharmacosidêrite ; et gadolttiite (je présume essence de gadoue?) me parait le plus joli du monde. Belle matière à poésie !

Après tout, cela doit, à l'occasion, rendre des services, et d'évidence, ce n'est qu'à l'aide du dictionnaire de Landais qu'on a pu écrire ces beaux vers à rimes si riches, que je tire d'un journal parisien :

Varfcocèle Et sarcocèle Sont l'hydrocèle

I. Diurétique fail-il q Landais, ne dit pas le ni drique. A tout hasard, j dont j'ai besoin.

cinq syllabes? Question immense] Mon oracle, s en quatre syllabes, parce que cela fait le nombre

. LES ROMANTIQUES. II-S VIEILMUOVr 12}

Du vrai bonheur, Quand l'hydrogène Et l'oxygène Chez Ugène Sont en fleur 1

Quand on parcourt un dictionnaire de rimes, on est tout surpris lombrc immense de mots qu'il faut rejeter dans la prose. On tourne éternellement dans le même cercle de rimes. C'est pourquoi convient-il d'élargir ce cercle, non en y ajoutant des mots inadmissibles ailleurs que dans des mémoires de physiologistes ou de malacologistes, mais en y adjoignant des mots qui, maintenant, sont censés ne pas rimer parce que l'un d'eux porte à sa queue une consonne muette de plus ou de moins que l'autre.

Quant aux mots introduits par les romantiques, Hugo en tête, une partie restera (plus ou moins longtemps) ; une autre commence déjà à s'user. Qui oserait écrire encore :

Leur regard est souvent fauve, jamais moqueur...

La chèvre axa. famés yeux, qui rode aux flancs des monts..

Et \i fauve dryade agite sa tunique...

Et ]e&n, fauve songeur qu'en frémissant on nomme...

Isaïe, habitant d'un sépulcre, esprit fauve...

Le poète pensif, en son ime effarée...

Des images, c'est comme des remèdes dont il faut se hâter de se servir pendant qu'ils guérissent. Hâtez-vous de les employer durant qu'elles sont fraîches !

Il y a longtemps qu'on ne peut plus dire l'émail des prairies, le cristal des eaux, le gage de son amour, le fruil de l'hymênée. Maintenant, c'est très joli de dire des rougeurs d'aurore, une gorge de lys, un cou de neige, des bois d'or fauve, des clartés d'âme. Tout cela vieillira comme vous, belle dame! Déjà l'on ne peut plus dire les blés d'or. Aujourd'hui tout est h troublant ». Le mot est déjà si fatigué que l'on hésite à s'en servir. Par quoi tout cela sera-t-il remplacé? Je ne vois pas. Peut-être reviendra-t-on â l'aurore aux doigts de rose. C'est si joli ! Mais il est plus probable que nos tropes seront suppléés

OhtmUimi »r TArt Jt vcriijirr. I ;

simplement par ceux de la Muse à Bibi. Cela repond mieux à « l'état d'âme » démocratique.

Que si vous voulez sortir du cercle des mots « nobles », sans cependant vous encrapulailler, vous tombez dans les vers plats, les pires de tous. Cette fois, je préfère de beaucoup la Muse à Bibi. « Canaille, tant que tu voudras, mauvais genre, jamais, o me disait un apprenti architecte, mon camarade à Saint-Pierre. M. Sully- Prudhomme écrit excellemment : « Une seule condition s'impose essentiellement au vers, c'est de ne jamais être plat. Le vers est tenu de différer de la prose par une cadence qui n'est pas toute dans l'hémistiche et le nombre des pieds. » — Il faut ajouter : tenu de différer de la prose par le choix des expressions. — « Un vers plat n'est pas vraiment un vers, continue M. Sully- Prudhomme, parce que l'harmonie la plus expressive, cette harmonie ailée qui ne se définit ni ne s'enseigne en est absente. »

Retenez ces paroles : elles sont toutes d'orl Mais il n'est pas toujours si facile de ae pas faire un vers prosaïque. Et M. Sully- Prudhomme lui-même, ce poète de la forme raffinée, lorsqu'il a voulu exprimer des choses qui ne sont peut-être pas du ressort de la poésie, ne s'est pu retenir de quelques prosaïsmes :

A ces mots ton génie, o profonde Allemagne S'ébranle avec lenteur, puis il mire en campagne.,. A recouvrer sa foi la raison s'évertue...

Enfin François Bacon se fie aux pliinoménes... Oui, le suprême arbitre en peinture, c'est Tant... La vertu par calcul est la vertu du vice '.

Les vers célèbres de Ponsard :

Notre ami, possesseur d'une papeterie, A fait avec succès appel à l'industrie ;

Ne sont pas non plus d'un vol sublime, mais le prosaïsme se tolère encore moins bien dans la poésie lyrique que dans la dramatique.

; profonde émotion les

Par exemple, je n'ai jamais pu lire sans u alexandrins suivants de Sainte-Beuve :

Il tenait, comme on dit, un cabinet d'affaires;

»De finance ou de droit il débrouillait les cas, Et son conseil prudent disait les résultats.

Ce cabinet d'affaires m'est ailé au cœur, et avec quel sentiment de vénération profonde je considère cet homme qui disait les résultats !

Il ne faudrait point croire que cela m'empêche de goûter le célèbre vers de M. Belmontet, le Tennyson du second empire :

Le vrai feu d'artifice est d'être magnanime.

k Quant à Béranger, c'est effrayant ce qu'il a de vers plats. Et dans la Fontaine, qui n'a pourtant traité que des sujets prosaïques, pas un seul. Voilà comment se reconnaissent les poètes supérieurs ! Si quelqu'un, d'après ses propres principes, n'eût jamais dû faire de vers plats, c'est assurément Gautier, n'est-ce pas ? Le chefd'œuvre des vers plats est pourtant sien :

Ces Allemands ont seuls fait de l'art catholique ; Ils ont parfaitement compris la basilique '.

t dans les vers suivants, que dites-vous du second, tout entier mposé de deux adverbes :

Voilà comment Durer, le grand maître allemand, Philosophiquement et symboliquement Nous a représenté...

. inscrire sur l'album d'un hôtel de Nuremberg, comme un mvais plaisant a inscrit les suivants sur l'album de l'hôtel de wque et Laure :

Tout est admirable dans tes vers ! On sait combien Gautier exigeait la précision, lut est inexact. Le mot de basiliqnt devrait être remplacé par celui d'église ogiet l'art catholique des Allemands est tris inférieur A edui des autres njtinns. En KbJttdtoK il sullît de comparer Cologne à Reims, et les peintres allemands du aui Florentin! primitifs.

La Fontaine Vaucluse est un endroit charmât» ; Elle a donné son nom a ce département ;

Et a signé : Lamartine, Il faut le dire à la haute louange d'Hugo : il a des vers horribles; il n'en a pas de plats 1 .

de l'hiatus

On sait ce que c'est : la rencontre de deux voyelles qui ne peuvent s'élîder : a 11 alla a Alençon. »

Les poètes du moyen âge n'étaient pas choqués de l'hiatus, ou, s'ils en étaient choqués, ils ne s'en préoccupaient pas beaucoup davantage :

Sansun li dus t ensuis li fier.

Clément Marot disait encore :

Qui de conter vérité »rt appris.

Pourtant l'hiatus est pénible à l'oreille, et encore plus à la langue. La preuve en est dans ce fait que le patois les rompt toujours. De même le français populaire. C'est là l'origine des a liaisons dangereuses ».

Les moyens employés pour rompre l'hiatus entre les mots sont le i et le (, quelquefois Vu. On dit très bien « j'ai z'été o, et ceta semble naturel puisqu'on dit a nous avons z'été ». Cependant on a le droit de préférer le I. Un jeune homme, pour me faire voir qu'il était instruit, me disait : n J'ai t'été trois ans à la grande école. »

Un des hiatus les plus désagréables existe dans ces mots à un. C'est pour cela que la bonne de ma grand' achetait toujours des pommes à « n'un sou le tas ». Cette n est particulièrement euphonique. Nous l'aimons beaucoup à Lyon, et nous l'employons quelquefois par simple agrément. Une bonne femme me disait un jour

i. Hélas, il ne faut jamais lier

écrit cette phrase, je tombais su

• La démoli

affirmer de façon absolue. Cinq mît ion, voici mou diamètre(M). I

avec bienveillance ; « Ah, M. Puitspelu, à voire n'àge, c'esr bien temps de vous reposer. »

Souventefois aî-je ouï dire : « Mais l'hiatus dans l'intérieur des mots ne choque pourtant pas. » C'est que nous y sommes habitués, comme les Normands d'être pendus. A telles enseignes que les patois ne ie supportent pas. Pour le rompre, ils introduisent soit un v, soit le plus souvent un y. De abla(f)um, nous avons fait ablavô, nettoyer la racine des vignes; Ac ftt(>)tvhi , faviola cifiajôie; de succu(f)are, secoyi; de maÇiyeria, tmyiri, chêne étronché. Notre canut dit un poyète pour un poêle. Je ne doute mie que si, à l'un de ces bons canuts, je fais prononcer Pasiphaé, il ne dise Pasiphayé; et je m'assure que Pasiphayé, Leuamoyi, Jléyau, poyête, réyunir sont plus faciles au prononcer et plus aimables a l'ouir que Pasiphaé, Leucotioé, fléau, poète, réunir.

C'est par une de ces erreurs dont Becq de Fouquières est trop coutumicr que, dans son Traité de versification (page 290) il voit une différence euphonique entre l'hiatus au sein d'un mot et l'hiatus entre deux mots, parce que, dans l'intérieur d'un mot, la première voyelle de l'hiatus est une atone'. C'est bien hors de propos qu'il fait remarquer que le second a dans Danaé sonne moins que le a tonique de dîna. L'exemple n'a que faire ici.

Les choses ne se passent pas autrement, que l'hiatus se présente entre deux mots ou a l'intérieur d'un mot.

Soit Maboii et ma honte, où est la différence ? Le a est atone aussi bien dans un cas que dans l'autre. Si fait, il y a une différence, s elle est faveur de l'hiatus entre deux mots, et tient à d'autres ses. Ma honte est moins choquant que Mahon, parce que onte est un son continu, et on un son explosif.

J'ai eu sonne exactement comme Jèhu. Dans elle a aimé, l'hiatus est moins fort que dans Danaé, parce que le choc est moins sensible entre deux atones (elle a aimé) qu'entre une atone et une tonique (Danaé).

t la chose plus obscur

De même Préau choque plus que Pré -aux- Clercs, parce que, dans le dernier, au est atone, et tonique dans le premier.

Le cas inverse peut se présenter, et le heurt être plus sensible entre deux mots qu'à l'intérieur d'un mot offrant la même combinaison de syllabes. Dans Lao-tsé, le choc entre a et o est peu pénible parce que la première voyelle porte un accent secondaire, qui la fait sonner un peu plus que la deuxième, et que l'hiatus en progression descendante est moins pénible qu'en progression ascendante. Au rebours, dans là-haut, le choc est très rude non seulement parce que au est tonique, mais encore parce qu'il a le caractère explosif. Mais l'hiatus intérieur de Bilhao, cacao est exactement dans la même posture que celui de Ij-haut.

De tout cela, seul juge : l'oreille. Ou peut seulement poser en principe :

i° Que le choc a le minimum d'intensité s'il a Heu entre deux atones ;

2° Que le choc entre deux voyelles, dont l'une est plus forte que l'autre, a moins d'intensité quand il a lieu en progression descendante que lorsqu'il a lieu en progression ascendante;

3° Que le choc atteint le maximum d'intensité quand la seconde voyelle est non seulement tonique, mais encore qu'elle a un caractère explosif, c'est-à-dire que le son en est brusquement arrêté.

Les traités de versification, en ce qui concerne l'hiatus, ne font point de différence dans ia qualité des voyelles en contact. Si en est-il de beaucoup plus dures que d'autres. Vi forme toujours un hiatus moins pénible ; quelquefois il n'en forme pas du tout. Nation, quoi qu'en dise Quicherat, ne renferme aucun hiatus, car sa prononciation avec la diérèse, comme en poésie, est identique à celle de nadyim. Obéir se prononce presque obéyir, et à moins de faire exprès de bien diviser les syllabes pour faire sentir l'hiatus : obè-bir, il n'y a qu'une nuance à peine entre les deux prononciations.

Les voyelles en contact dans deux mots sépares, avons-nous dit, ne se comportent pas autrement que dans l'intérieur du mot. 11 est telle circonstance où, comme dans les exemples précédents, I't

en hiatus est d'une grande douceur. Il faut avoir l'esprit pointu comme la tête d'un grammairien pour voir un hiatus dans il y a. Il n'est pas, dans toute la langue française, un concours de sons plus doux. En général, plus les voyelles associées sont de nature opposée : une aiguë avec une grave, une faible avec une forte, moins le choc est sensible. C'est ce qui fait que l'e. muet non élidé ne forme jamais hiatus. C'est bien a tort que Quicherat et maint autre avec lui disent que, lorsqu'un e muet est précédé lui-même et suivi d'une voyelle, on élide cet c, et qu'il reste un hiatus qui est e admis en poésie ». Car, d'abord, pourquoi l'admettre quand il y a un e élidé, et ne pas l'admettre quand il n'y a pas d'e élidé, si les deux hiatus sont semblables? Mais, en réalité, dans le vers suivant, par exemple, il n'y a pas d'hiatus a admis », il n'y a aucun hiatus du tout :

Rome entière noyée au sang de ses enfants.

(Corneille.)

Ée et au en contact se prononcent ou au moins doivent se prononcer d'une manière très différente de i et au, dans le vers suivant, qui renferme, lui, un hiatus :

kLe Lalium aoyi au sang de ses enfants.

Dans le premier cas je dis noyé-e-eau. Ve muet, comme une sorte y affaibli, fait une liaison qui détruit l'hiatus. De même il n'y a pas d'hiatus dans Marie adorée, qui se prononce de façon très différente de mari adoré. Dans le premier cas on prononce en réalité Mari yadorie. Dans le second on peut dire à la . grande rigueur qu'il y a hiatus, mais l'ï et Va étant de nature très différente, le choc est atténué au point de disparaître complètement. Au contraire, dans « iieu «doré », il devient sensible ; dans « Maya adorée », il est affreux. A mon humble estime il n'y a aucun inconvénient à mettre dans un vers n un mari adoré ». Il n'y a d'autre inconvénient que l'invraisemblance.

La nature de la consonne qui précède IV a une action considérable sur la qualité de l'hiatus. Pourquoi il y a est-il si doux, et

qui a, si désagréable ? C'est que, dans le premier cas, i est précédé de la plus douce des liquides, et, dans le second, de la plus dure des gutturales.

Dans ce vers de Ronsard :

Ainsi m ta première et jeune nouveauté,

Rien ne me choque à l'oreille, malgré le rapprochement de i et en. Ce qui m'y choque c'est que je sais bien par moi-même que la nouveauté est jeune, sans qu'on ait besoin de me le dire.

Dans cet autre, du même auteur :

Où allez vous, filles du ciel?

Le rapprochement de ou et a n'a rien non plus de pénible. C'est que ou est un son qui n'a pas le caractère explosif, et qu'il se lie d'autant plus facilement a a, que celui-ci est protonique. Mais si Ronsard eût dit r

Où est U fille de l'Olympe ?

Le choc eût été d'autant plus désagréable que est se trouve être un monosyllabe et qu'il porte l'accent tonique.

Le pire des hiatus est celui qui est formé par la répétition de la même voyelle. A cet égard le plumet appartient à ce vers de Gautier :

Dorux .-/nna pleurait...

Comment, à lui, si micrologue en ces matières, cette bronchade a-t-elle échappé ' ?

L'hiatus suivant, de M. Moréas, pour ne pas être, probablement, une inadvertance, ne m'en parait pas plus délectable :

Pour lui ii n'est ni mai ni printemps.

Je n'oserais pas même écrire cela en prose, tout lâché que je suis. Il faut donc en tout cela consulter et l'oreille et la langue (c'est-

à-dire la facilité de la prononciation), car il est entre ces deux choses des affinités mystérieuses. Mais il ne faut pas suivre aveuglément les traités, qui proscrivent au hasard toute rencontre de deux voyelles. Il y a chou et chou, Monsieur le curé; il y a hiatus et hiatus. Le poète, avec un peu d'attention, sentira facilement quand cela glisse ou ne glisse pas '. Un bon vers doit être lubrifié comme un limaçon sans coque.

Dès le xvi= siècle on sentit le manque de charme de l'hiatus. Ronsard conseille de l'éviter, et lui-même, avançant dans la carrière, le pratique de moins en moins. Régnier qui, se moquant de ialherbe, a écrit d'un vers si ferme :

Cependant leur sçavoir ne s'estend seulement Qu'à regratter un mot douteux au jugement, Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphtongue,

Régnier lui-même ne s'est presque jamais permis l'hiatus qu'à bon escient.

Mais une des meilleures plaisanteries des traités, c'est la règle de l'hiatus a l'œil

Ou, plus proprement, la règle qui décrète l'absence d'hiatus |uand il n'y en a point à l'œil, et que cependant il en existe un à l'oreille ! I

C'est ainsi que (sauf pour la conjonction et) la présence d'une :onsonne qui ne se prononce pas, entre les deux voyelles formant is, suffit aux yeux du grammairien (c'est bien le cas d'employer i locution aux yeux), à détruire idéalement l'hiatus.

Par exemple, Hugo eût fait un hiatus condamnable s'il eût écrit :

C'est hideux ! Satan nu et ses ailes roussies ;

i. MM. le Goffii: et Thîeuliii disent excellemment : > C'est affaire au goût du poète d'éviter tout hiatus pénible, et il convient de ne pas se montrer trop sijvuri: sur

Mais en employant une orthographe surannée, il écrit : Satan nud et ses ailes roussies

Et il n'y a plus d'hiatus du tout. — N'est-ce pas merveille ?

Au temps où les consonnes finales du mot se prononçaient, il n'y avait naturel ieroent pas d'hiatus entre on, in, an finals et une voyelle commençant le mot suivant. Quand Ronsard écrivait :

J'ouvrais dojà lit lèvre après Thoinet pour dire De combien Manon tait encore pire,

Il n'y avait aucun hiatus parce qu'on prononçait Marion n'était.

Lorsque n final cessa de se prononcer, au moins dans la plupart des liaisons, il y eut alors, dans les vers de la nature du précédent, un hiatus réel; mais, comme a l'œil on n'en voyait point, les grammairiens continuèrent à n'en point entendre.

Même observation pour r final dans les mots où il a cessé de se faire ouir.

Par ainsi cet exécrable hiatus de Banville est conforme aux règles :

L'archer £ros lui-même loue,

Car je ne pense pas que Banville entendit que l'on prononçât :

L'arche r'Ëros...

Ce qui serait encore plus joli.

Nul doute non plus que, encore bien que le vers suivant d'Hugo soit conforme aux règles, il ne renferme deux hiatus :

Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois.

Mais M. Tobler ' est tombé dans de singulières erreurs, qui ne peuvent, ce me semble, s'expliquer que par sa qualité d'étranger, lorsqu'il a vu des hiatus réels, quoique permis, dans les vers suivants de Racine :

i. Le Vtrs français, page 141.

...Si grand en apparence... (Brilannicus.) Quels desseins maintenant occupent sa pensée?... {Baja^el.') Cependant oh m'arrête... (JWd.)

Nos intérêts communi et mon cœur le demandent. (Milbrid.) Du jour que sur mon front on mît ce diadème. (Jbid )

...Calchas qui l'attrad m ces lieux. (Ipb'g-)

Il se peut qu'aujourd'hui, dans une conversation familière, on prononce : e si gran en apparence, » mais il n'y a pas de doute que même de nos jours, au Théâtre-Français, on ne prononce o si grau t'en apparence », — « maintenan t'occupent », etc., etc., à plus forte raison au temps de Racine. Il n'y a pas le moindre hiatus, pas plus à l'oreille qu'aux yeux, dans tous ces vers.

11 fait une erreur encore plus considérable lorsqu'il voit un hiatus dans cet autre vers :

La fléchir, l'enlever ou mourir à ses yeux.

Il a cru qu'ici enlever se prononçait enlevé, comme lorsque l'infinitif en cr est suivi d'une consonne, mais tous les Français savent que devant une voyelle on prononce etilevirr, en faisant la liaison. On a déjà eu l'occasion (page 165) de signaler cette prononciation : diffamèrr une femme.

M. Tobler trouve aussi un hiatus dans ce vers :

Orcon et It

s attendent leur v

Et en effet, cette fois, dans la prononciation moderne, l'hiatus existe, mais je crois qu'il n'y a pas a douter qu'au temps de Racine, l'acteur ne prononçât :

Orcan n'et les muets. .

Cependant il y a bien un hiatus caractérisé dans ce vers de Racine :

Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène

Car je ne crois pas que l'on ait jamais pu dire : Le dessein n'en n'est prii; il y aurait eu une cacophonie allitérante pire que l'hiatus.

Aujourd'hui que nous lions beaucoup moins les mois, il y a un plus grand nombre d'hiatus que jadis; et le son an, en, qui n'est autre que le son a prononcé du nez, ne diffère pas, quand il s'agit de choc avec une autre voyelle, du même son non nasalisé. Il y a donc un hiatus très caractérisé, encore bien qu'il n'existe pas aux yeux, dans ce vers d'Hugo :

C'est ainsi que Rolland épousa la belle Aude.

Car personne n'oserait prononcer : Roland t'épousa la belle Aude. L'hiatus est aussi net que s'il y avait :

C'est ainsi que Rolla épousa la belle Aude.

Je me hâte de dire que ce serait grand'pitié qu'Hugo eût sacrifié ce vers, qui clôt de façon merveilleuse cette belle pièce héroïque ', à un heurt de syllabes qui, en définitive, passe inaperçu.

Il faut dire la môme chose de in, ain que de an, en. Quand les mots ne se peuvent lier, in, ain font hiatus au même titre que ah, a. Toutefois, on doit remarquer qu'on peut, en débitant des vers, faire des liaisons qui, en prose, seraient absolument ridicules. En poésie on peut et l'on doit dire : en vain n'il s'élance (ce qu'on ne ferait pas en prose) ; mais on ne pourrait dire à la fin n'il s'élance, et je doute qu'on pût prononcer, même en vers, un vin n'abominabh. Il est même telle construction de phrase où les mêmes mots se peuvent lier, telle autre, non. De tout ceci l'oreille décide, et dans le doute, il vaut mieux (si l'on peut) s'abstenir de la rencontre.

Pour m, je ne vois guère que on est, son âme, et autres expressions semblables, où il doive se lier ; on n'est, so n'ânte. Raison entière, nom ancien, sont évidemment des rencontres à proscrire, aussi bien que toute autre de ce genre. A moins pourtant que le vers ne fût tellement réussi, qu'il ne pût que perdre au changement.

Tout se tait devant un beau vers. Qui ne voudrait avoir fait ce joli vers de Régnier, en dépit de son hiatus :

Lorsque aimant ardemment, et Ardemment aimé 1 ...

Une inexactitude des traités, ou plutôt une règle surannée, c'est de considérer \'h aspirée en tête d'un mot, comme une consonne détruisant, dans tous les cas, l'hiatus avec la voyelle précédente. Je lisais récemment dans un recueil de vers d'un jeune homme :

Vois Phœbé qui brille Au haut du coteau.

C'est régulier, mais je préfère de beaucoup :

Il reviendra z'â Pâques ',

Qui n'est pas régulier.

Cette exception pour 1*4 se justifiait lorsqu'on prononçait fortement l'aspiration. Quand Régnier écrivait ce mauvais vers, hélas : Eh quoi! là haut au ciel, mets tu les armes bas?

Il n'y avait pas d'hiatus entre là et haut, parce que 1*4 s'aspirait fortement o à l'allemande », comme dît Nicot. Quant à haut au, le rapprochement en est détestable, non parce qu'il y a hiatus (car on prononçait hait t'ait), mais tout simplement parce que deux sons identiques et voisins font un cliquetis cacophone.

Je crois qu'aujourd'hui la tendance générale dans la prononciation est de supprimer l'aspiration de l'h. En tout cas, il est certain, qu'à moins d'une aspiration de h à l'allemande, ces mots sn honte ne forment pas une sonorité agréable, encore bien qu'on soit obligé parfois de l'employer, puisqu'on ne peut dire so-n'honle. Dans une houle, le choc est annulé à cause de la grande différence de sonorité de oh et de e muet. Même observation pour sa haine et une haine.

i. On pourrait supposer qu on prononçait et t ardemment, mais, des le temps Palsgrave, le ( de la conjonction (/ ne se prouonv.it j.iiiini :, nu me devant une vôyel

i. Remarquer qu'il n'y a pas : ou t'a U Trinité, parce que l'hiatus ou-a est bea coup moins pénible que l'hiatus u-a. Le populaire a un sens très délicat de l'hiatt

QU IL N Y A PAS D HIATUS TOUTES LES FOIS QU IL EXISTE UNE PAUSE ENTRE LES DEUX VOYELLES CONSÉCUTIVES 1

Ce qui mu dépasse absolument, c'est que pas un seul auteur des traités de versification n'ait songé à ce raisonnement si simple :

Pour qu'il y ait choc entre deux voyelles consécutives, il faut qu'il y ait contact.

Pour qu'il y ait contact, il faut qu'il n'y ait pas de pause entre ces deux voyelles.

S'il y a pause, il n'y a pas d'hiatus possible, par la même raison qu'il n'y a pas de liaison possible entre deux mots séparés par une pause.

Voici un vers de Béranger :

, Babct,

La pause entre Babel et tt ie pouvez prononcer :

Allons, Babe,

in peu de complaisance, interdit de lier les deux

n peu de complaisance.

Mais si vous ne pouvez faire la liaison, quelle différence y a-t-il donc entre le vers de Béranger et celui-ci :

Allons, Babé, un peu de complaisance ?

Et cependant les traités déclarent qu'il y a un hiatus dans le premier vers, et pas dans le second! — O comble de la sottise grammairienne !

Comme ces gens qui prêchent la chasteté, tout en ayant de fois à autre des faiblesses, Malherbe, dans ses vers, a donné plus d'un accroc a. ses propres règles. S'il avait trouvé ceci dans Desportes, il l'eût certainement qualifié d'hiatus abominable :

Je dirai : autrefois cette femme fut belle, Et je fus autrefois plus sot que je ne suis.

à Becq de Fouqnîcr

e semble, qu'appariiei

.i priuritt lÎi

S'est-il pardonné ces deux vers, qui sont au nombre de ses bons? Je ne sais. En tout cas, ils ne renferment aucun choc de voyelles, à cause de la pause après je dirai. Mais le certain, c'est que Malherbe ne s'est jamais douté pourquoi son hiatus était à justifier.

Dans le vers suivant de Jean Tisseur, il n'y a pas d'hiatus, non ertes parce que non se termine par une », mais parce qu'il y a une pause après lui :

Ah, sans doute il vaincra. — Nom, un soldat le guette...

C'est par respect pour la régie inepte de l'hiatus à l'œil, que la Fontaine a gâté le vers suivant, où la répétition des trois î à l'initiale sonne désagréablement ;

Ce que je vous dis là, l'on le dit à bien d'autres.

Le vers serait bien préférable ainsi :

Ce que je vous dis là, on le dit à bien d'autres.

Et il n'y aurait pas eu davantage d'hiatus.

Boîleau n'a fait aucun hiatus dans le vers suivant :

Moi-même, Arndwld, ici qui te prêche en ces rimes.

Non parce qa'Arnauid se termine par un i (qui ne se pronom pas), mais parce qu'il y a une pause entre Arnauld et ià. Et dii que si Arnauld se fût écrit Arnau :

Moi-même, Amau, ici qui te prêche en ces rimes,

Le pauvre diable eût dû refaire son vers pour ne pas laisser subsister un hiatus a l'œil !

Remarque, lecteur : le repos entre eux change si bien le rapport de deux sons, que, lorsqu'il y a une pause après un infinitif en er suivi d'une voyelle, la consonne finale ne se prononce plus, Dans ces vers de Béranger :

Aimer, aimer, c'est être utile à soi,

Se faire aimer, c'est êire utile aux autres,

On prononce aimé, aimé, etc., et non aimé, r'aimcr, etc., le tout à cause du repos de la vois après le premier aimer. De même dans ce délicieux vers de la Fontaine : Aimez, aimez, tout le reste n'est rien,

On ne prononce pas aimei, \'aimei, etc. Mais on prononce aimé, exactement comme dans ce vers :

Aimé, aimé. . , Qui m'en assurera ?

Et si n'y a-t-il d'hiatus ni dans le vers de la Fontaine, ni dans celai de Béranger. Et alors pourquoi donc y en aurait-il dans le

Ajoutons que le simple rapprochement de syllabes rendant le

même son peut, à l'occasion, être bien plus pénible (même lorsque

ces syllabes sont séparées par une consonne qui se prononce) que de

certains hiatus. Dans ce vers de M. Leconte de Lisle :

La panthère a l'ftSlt humait leur jeune sang

Vb de humait a beau être aspirée, le concours des deus u est pénible, quoique je reconnaisse qu'il est atténué par la position de u à l'hémistiche, où il doit se produire une légère pause. Si par exemple, il y avait :

Elle, à l'affût humait,...

Ce serait horrible, parce qu'il n'y aurait aucune pause entre affût et humait.

Finalement :

Fais en sérénité d'âme un hiatus à l'œil toutes les fois qu'il n'existe pas à l'oreille, c'est-à-dire toutes les fois qu'entre les deux voyelles adjacentes il existe une pause.

Il est aussi certains hiatus réels qui doivent être acceptés, par exemple dans des locutions comme peu à peu, ça et là, etc., au même titre qu'il faut bien admettre un hiatus à l'intérieur d'un mot. C'est ainsi que Baudelaire a dit :

Traversa ça rt là, par Je brillants soleils.

intégralité :

Je

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