I [.ENJAMBEMENT
citations qui n' s celui qui ni, qui fut, et qui
t de prix que par leur
De compte fait, pour cela, comme pour tout le reste en matière de vers, consultez au besoin les aveugles, pourvu qu'ils aient de îes oreilles, et jamais les sourds, quand même ils y verraient très clair.
de l'enjambement
11 y a enjambement ou rejet, tout le monde le sait, lorsque la phrase, au lieu de se terminer a la rime, se poursuit dans le vers suivant.
Les classiques admettent que, si la phrase se prolonge durant tout ce second vers, l'enjambement peut être toléré, la phrase pouvant comprendre piusieurs vers aussi bien qu'un seul. Ainsi, pour eux, Racine a pu écrire :
Je parlerai, madame, avec la. liberté D'un soldat qui sait mal farder la vérité.
Mais il eût été fautif s'il eût écrit :
Je parlerai, madame, avec la liberté D'un soldat. Je sais mal farder la vérité,
Il est difficile de comprendre que Malherbe et Boileau (celui-ci du moins, qui était latiniste) aient imposé l'obligation de finir toujours la phrase avec le vers, lorsqu'on voit les heureux effets que les Latins ont tiré du rejet au vers suivant :
Qjio me, Bacche, rapis tui Plénum ?
Hinc anni labor; hinc patriam parvosque nepote3 Susltntt.
La poésie française primitive se préoccupait trop exclusivement de la cadence, de la cadence sans perturbation, pour se livrer à
Ohiirt'iibiti iur TAtl de vtriifia-. 16
l 'eojam bernent. Aussi ne se rencontre-t-il qu'à 1 état de pure exception dans nos épopées. En voici pourtant un de Gnrin-k-Loheniiu (xn- s.) :
Dont vous ne membre que je fuis asalis Dedans les landes, c'on me vost vous tullir ' ?
Dans le vers court, où la phrase ne peut se développer, on trouverait plus d'exemples 3 .
A mesure que l'on avance, les poètes s'émancipent à l'enjambement, surtout dans les vers courts :
11 s'embati dessus la sépulture
De. Cephëy, de quoi je vous figure...
(Froissabo.)
Que je ne puis, par voie aucune
Recouvrer, combien que nesunc...
(Alain Chartier.)
Charles d'Orléans, au contraire, les
te. En
Alors chargai en la nef d'espérance Tous mes sonliays. . .
Quant à Villon, dans ses admirables vers tout trempés d'émotion sous leurs traits grotesques, il prodigue les enjambements, et à cet égard, i! en revendrait aux romantiques :
Mais qu'à la petite Macie
D 'Orléans...
Par les costez si se prend ; l'Antéchrist
voulut m'arme her à von jalousie ;
Dour/ur, douce puctle, on loi. {Apud Toblcr.) irnpler que le funambulesque de la rime n'a peui-etre pas été égalé.
1VJ* S. LENJAMm-.M. : UT
Quant aux poètes du xvi° siècle, c'est chez eus monnaie courante. Bellcau en a deux en deux vers :
Les Heures, filles immortelles Du soleil, compagnes ridelles Du Temps...
Régnier, quoiqu'il s'y livre peu (il subissait l'influence de Malherbe tout en s'en moquant), en a de piquants :
Que, sans parler Phoebus, je feray le discours Dcmongiste...
On sait que ce fut Malherbe qui, dans son goût pour la froide ordonnance compassée, imagina de proscrire l'enjambement ; sur quoi renchérit Boileau.
Mais il y eut un poète, autrement poète que ces deux proseurs de rîmes et rimeurs de prose, qui se moqua complètement de leurs règles : ce fut la Fontaine. Ses vers fourmillent d'enjambements, toujours amenés avec un agrément infini :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens...
Mais je suis attachée, et si j'eusse eu pour maître Un serpent, cûi-il su jamais pousser si loin L'ingratitude ?
11 fallait bien tout pardonner à un poète comme la Fontaine, et l'on se persuada à cet effet qu'il devait y avoir une distinction absolue entre le genre o familier s, qui autorisait l'enjambement, et le genre o noble », qui ne l'autorisait pas. Racine qui n'osa pas, dans ses tragédies, violer les lois reçues, s'en dédommagea dans sa comédie des Plaideurs, où se rencontrent les enjambements les plus osés et les plus piquants :
...Etvo
s, venez a
ufait
Un
Du fait...
. . .Puis donc Hahmt...
qu'on no
de
Mais j'aperçois ve De Pimbeschc...
îir madame la
144 l'enjambement DAMt chénier
Ce qui prouve bien que les poètes sont encore plus guidés par leur instinct naturel que par les régies, c'est que Molière, qui était un incomparable auteur dramatique, mais bien moins artiste en vers que Racine, n'a pas usé, s'il m'en souvient, de l'enjambement dans ses comédies.
On alla raffinant, et l'on distingua entre le décasyllabe et le dodécasyllabe, et de même qu'on se montrait plus tolérant sur la césure dans le premier que dans le second, on se montra aussi plus tolérant sur l'enjambement. Pourquoi, je n'en sais rien, mais Voltaire a pu dire :
Vous savez tout, du moins vous avez l'air
De tout savoir, car vous lisez sans cesse
Dans Talmanach...
0 uoi qu'il en soit, de Malherbe à Chénier, l'enjambement resta rigoureusement proscrit du genre « noble ». Ce fut Chénier qui, le premier depuis Ronsard, osa l'appliquer carrément à la poésie lyrique, où il en sut tirer les plus admirables effets. Comment seul, ou entouré d'amis comme Lebrun, Brazais, qui croupissaient dans les lieux communs et dans les régies de Malherbe, eut-il le sentiment exact de ce qui devait s'oser dans cette voie ? C'est là proprement le trait du génie.
Est-ce que jamais le mot crie dans l'intérieur du vers ou à la rime eût pu avoir la force que lui a donné le rejet dans les vers suivants :
L'entraîne, et quand sa bouche, ouverte avec effort, Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort.
De même :
...Une plaie ardente, envenimée.
Me ronge...
Sous l'effort de Nessus, la table du repas Roule, écrase Cymèle, Évagre, Péripbas.
I L'école moderne s'est élancée sur les traces de Chéni beaucoup de nos poètes, ne se rendant pas compte des lois aux-