‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 78 sur 101 · ÉLISION DE E MUET DEVANT UNE VOYELLE · texte numérisé non relu

ÉLISION DE E MUET DEVANT UNE VOYELLE

On sait que devant une voyelle, e muet s'élide : nous disons l'homme et non pas le homme. Il en était de même dés le moyen

OjamaliHo i<" X'Ati ,

E TArcevesque de Deu les ad seignieî '. (Roland.)

Jusques-Ià, rien que de naturel; le, article et proclitique, étant atone, il disparaît dans la prononciation. Maïs le surprenant, c'est l'élision de le, tonique et pronom. Cependant elle était constante autrefois. J'avoue ne pouvoir me faire à cette élision dans ce vers de Marot :

Pren«-le, il a mangé ie lard,

Qu'il faut prononcer :

Prenez 1', il a mangé le lard.

Ni à celle-ci dans ce vers de la Fontaine :

Du titre de clément rendez-le ambitieux ; A prononcer :

Du titre de clément rendez l'ambitieux ;

Ce qui veut dire proprement : « Rendez celui qui est ambitieux du titre de clément, a Et cet autre vers, encore de la Fontaine :

Mettons-le en n

e gibecière,

Je ne puis me figurer qu'il n'ait pas neuf pieds. Je ne sais qui pourrait goûter la cacophonie du second de ces deux vers, que j'écris avec l'élision :

Un valet manque-t-il à rendre un verre net, Condamnez l'a l'amende, et s'il le casse, au fouet. (Us Plaideurs.-) Voltaire emboite le pas :

Laissez l'au moins ignorer que c'est vous.

n de Dieu leurs donni! l'absolution. ■

l'éusion Dl

Que dis-je, Voltaire! Musset, Augier :

Coupe l'en quatre, et mets li

dans la nappe.

(Musset.) Et reçois l'en personne.

(Augier.)

El Hugo, qui joignait au goût révolutionnaire la superstition des vieux fétiches, s'écrie, sous une forme encore bien plus drôle :

Chassons l' ! — Arrière tous, il faut que j'entretienne Cet homme.

Cependant les parnassiens et la plus grande partie des romantiques n'ont pas osé faire ce contre-sens euphonique, et n'osant pas non plus mettre le en hiatus, ils ont évité la rencontre de h pronom régime, avec une voyelle commençant le mot suivant. J'avoue que d'éviter l'hiatus ne m'en semble pas valoir la peine. La voyelle e, dénuée de tout accent grammatical, est un son très sourd, même lorsque est placé à la tonique, et sa rencontre avec une voyelle ne choque pas l'oreille. Pour le vers de Musset, j'aurais écrit carrément :

Fends-le en quatre...

Ce qui, assurément, serait plus doux à Toi

que

de la République, u

Coupe l'en quatre (nt et indivisible).

pas confondre a

Marot, la Fontaine, Racine, Voltaire, Musset, Augier, Hugo ont suivi à l'aveuglette une régie qui ne peut s'appliquer à tous les e, mais seulement à Ve atone.

A fortiori, s'il y a une pause après le. C'est ce qui rend si comique le vers d'Hugo, cité plus haut : a Chassons l'I — Arriére... » Celui-ci de Voltaire ne l'est guère moins :

Plaignez-1' ; il vous offense, il a trahi son roi.

Combien ne scraît-il pas plus euphonique (et aussi plus logique

pourrait faire rimer crient et rabougri, ce qui, si accoutumé que je sois a l'audace, me semble audacieux.

J'ignore si cette prononciation monosyllabique de crient est celle admise à Paris, mais à Lyon nous avons conservé la prononciation traditionnelle, et nous disons Marie et non Mari. J'ai peine à croire qu'au Théâtre- Français, on ne prononce pas comme nous.

C'est à regret que je n'oserais pas mettre, comme on le faisait encore au xvi« siècle, Marie à l'intérieur d'un vers, en le comptant pour trois syllabes, comme dans ce charmant vers de Ronsard :

Marie, Ira.-»

us, vous êtes paresseuse ;

Dt de m'atnye,

comme dans ce vers de Marot

nm.dis.nt:

Mamye Maguelonne... »

Je crois bien que, après tout, étant admise comme correcte, sinon usuelle, notre prononciation Mari-e, c'est pur préjugé que de ne pas suivre l'exemple de Ronsard, mais enfin je reconnais que la tendance générale aujourd'hui est d'étouffer de plus en plus l'e final. Je le déplore, mais ne puis aller contre.

Il fallait bien que du temps de la Fontaine on prononçât ri-cfVjï), car c'est pour éviter l'emploi du pluriel que, par un latinisme, d'ailleurs très heureux et que je voudrais voir souvent employer, il a dit :

...Malgré son noir sourcil Jupiter et le peuple immortel rit aussi.

Et je ne pense pas que, même avec la prononciation moderne,

Jupiter et le peuple immortel rient aussi

Pût faire un vers correct.

Par les mêmes raisons, je ne crois pas qu'on puisse davantage mettre à l'intérieur d'un vers Us fuient, ils s'ennuient, etc.

Mais pourrait-on y mettre les baies, les joies? Suivant la lettre des règles, on ne l'a pas fait jusqu'ici. Pourtant, dans ces mots, la prononciation la plus étudiée ne fait pas sentir Ye, et je ne vois pas

qu'entre les haies et tu hais, i! y ait aucune différence de son. L'emploi du premier mot, comme de celui de joies, serait donc évidemment justifié. Et j'écrirais hardiment, modifiant légèrement un vers de Laprade :

Et les joies de l'hymen s'éteignaient dans les ombres.

Il n'en serait plus de même au singulier, et dans la haie, la joie,

prononcés oratoirement, \'c doit i conséquent s'élider.

faire légèrement sentir, et par

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