‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 79 sur 101 · A DIÉRÈSE DANS LES DIPHTONGUES OU 1 EST EN HIATUS · texte numérisé non relu

A DIÉRÈSE DANS LES DIPHTONGUES OU 1 EST EN HIATUS

t un des points où la prononciation poétique est le plus en désaccord avec la prononciation de la prose. En prose on dit dia-manl, ac-tion, et en poésie âi-a-mant, ac-ci-on.

La diérèse est évidemment une ancienne tradition, et je reconnais que, dans beaucoup de cas, surtout lorsque !e mot est court, elle est plus euphonique. Dans le vers de Laprade déjà cité :

Cest du soleil de mai qu'Hermia nous est née; Mettez w monosyllabique, et dites :

C'est du soleil de mai qu'Hermia naquit un jour

Comme toute la mollesse euphonique disparaît ! comme le vers devient plat!

Cependant i-on n'est guère beau parfois, surtout dans les grands mots. On connaît ces vers célèbres d'un grand académicien :

Considération, Considération,

Ma seule passion, ma seule passion !

La solennité de la diérèse ajoute fortement au comique. Je voudrais donc qu'il fût permis au poète de faire la diérèse n, suivant que l'une ou l'autre forme se prête mieux, so l'expression de la pensée, soit simplement à l'euphonie. Ces

liberté qu'a prise Barbier dans les deux vers suivants. Dans le premier il a fait ion monosyllabique, et dans le second dissyllabique :

Et, se

Si lu.

emblam de civilisation, subi! leur action...

a pas

C'est-à-dire qu'il a fait la diérèse dans le mot court c faite dans le mot long.

Mais les rimes en ion sont rarement aimables, et c'est peut-être ce qui a donné à ces vers de Barbier un accent prosaïque si fortement marqué. Il y a des exceptions à tout, et la longueur des mots, la lenteur de la scansion donnent au contraire un caractère solennel et mesuré comme le mouvement d'une armée grecque aux deux vers superbes par lesquels débute le poème de Jean Tisseur, le Javelot rustique :

Dans la plaine d'abord on voit les légions Commencer lentement leurs évolutions.

Musset, l'un des poètes qui ont eu le moins la superstition des o règles d, mais le sens le plus juste de la cadence, n'a pas fait la diérèse de ia dans ce vers :

O Maria-Félkia ! le peintre et le poète...

Au rebours, un peu plus loin, il a fait la diérèse de iè dans le suivant :

Hélas, Marietta, tu nous restais encore.,.

Et si chacun des vers sonne agréablement. Nos poètes devraient bien, sur le patron de Musset, agir bonnement au mieux de l'ouïe et de la mesure,

Ce que l'on peut dire, c'est que, le plus souvent, la diérèse donne de la douceur et du moelleux au prononcer. De vérité, il y a pure pédanterie de !a part de Banville à reprocher à Hugo ia diérèse de ia dans h'ani pour ce qu'il a plu aux traités de faire liard monosyllabique ', cependant qu'ils faisaient de caviar un trisyllabe :

i. Quelle raison de faire de liard un monosyllabe? L'analogie? Voyez cavi-ar, tï-ttre, ctali-nn, Hi-mh. l.'ttymologie? — On l'ignore. Logique des traités : ia est monosyllabique dans milliard et disyllabiquï dans milliadi.

Deux liards couvriraient fort bien

La faculté laissée aux poètes de scander certains groupes de voyelles de telle ou telle façon, existe en anglais pour divers mots : exemples bower, dower,flower, qu'on peut faire, à son choix, monosyllabiques ou non. C'est aussi le cas en français pour hier, duel, etc. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour d'autres vocables ?

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