LOIS DE LA POESIE LITURGIQUE
Ces irrégularités devaient disparaître, et les lois de la nouvelle poésie se fixer dans le latin liturgique. L'accentuation y suit les régies suivantes : dans les mots de deux syllabes, l'accent se place la première, qu'elle soit brève ou longue de sa nature : deus, mater ; dans les polysyllabes, l'accent affecte la pénultième, si elle est longue de sa nature : beâtus, divïna; ou l'antépénultième, quelle que soit sa quantité, si la pénultième est brève : spiritus, misericors.
Jusque-là nous n'avons à faire qu'a la vieille accentuation latine, mais comme la voix humaine (au moins la voix moderne) entremêle instinctivement les syllabes fortes et les syllabes faibles, les toniques et les atones, il arriva que, l'accent tonique éiant déterminé, la voyelle qui suivait ou précédait immédiatement l'accent, s'affaiblit, a voisine, en avant ou en arrière, prit à son tour l'accent : dominils, imperatOrem. Ainsi s'accentuent ces vers d'une chanson à boire :
C'est ce qui explique comment, dans les mots latins où il y avait deux post-toniques, la dernière a pu, sous de certaines conditions, se conserver en français.
De ce qui précède, il résulte que le vers latin, tout naturellement, se plia à cette règle, non encore observée dans les premières poésies populaires, a savoir que deux syllabes accentuées ne doivent jamais être en contact et doivent toujours être séparées par une atone. Voici les premiers vers d'une hymne attribuée à tort par plusieurs critiques à saint Augustin. Elle est visiblement bien postérieure, mais cite met en relief l'évolution de la poésie latine rythmée '.
Le vers a quinze syllabes (rythme fréquent à l'origine de la poésie
ipulaire latine), avec deux pauses très régulières , après la jatrième et la huitième atones '.
Ad perennis [ vitae | fontem | mens sitivît arida, Claustra carais | praesto frangi ] clausa quaeri: anima : Gllscit, ambit | eluctamr | esul frui patria...
Les poètes, plus tard, de ce long vers, en ont fait deux, dont le premier, de huit syllabes, se trouve ainsi à désinence féminine ou atone, et le second, de sept syllabes, à désinence masculine ou accentuée :
Altitude! quld hic jaces In tara vlli stabulo 1
En somme, la poésie rythmique rie se compose de rien de plus ue de rangées plus ou moins longues de syllabes où alternent les iccentuées et les atones. Ce seront des trochées ou des ïambes ; en principe ce ne pourra jamais être des dactyles ou des anapestes. Toutefois les poètes se donnaient quelquefois la licence d'un changement de rythme, c'est-à-dire qu'a l'occasion ils pouvaient mettre deux atones (mais jamais deux accentuées) en contact. Ainsi l'on a :
Contendere non ■ potestis.
De cette manière le nombre des atones était augmenté d'un, celui s accentuées diminuées d'un : le total restait le même, Le cas, lilleurs, n'était pas fréquent et ne pouvait se présenter que dans
les longs vers s.
Les vers de nos proses liturgiques, dont les premières remontent
au moins jusqu'au moine Notker, né vers 830, suivent très fidé-
1. Cette double césure est dictée par un gentiment très jusie de la eadence et par la "té, pour faciliter la respiration, de couper en tronçons les vers longs. C'est voir méconnu ces conditions que nos pocies français ont été si malheureux s leurs essais de vers comptant pins de douie syllabes. i. Le second pied devient ainsi un anapeste au lieu d'un ïambe. j. t'our plus de deuils, à cet égard, cf. M. W. Meycr, Ln.hu de Antiehrista.
lement la loi de l'altéra méralemcnt trochaïques
; des lèves et des baisses. Elles s
Cbiamus tremor | est futarus, Qaando Judcx | est venturus, Cuucra stricte | dlscussums !
Dans les vers de plus de sept syllabes, une pause intérieure existe toujours, et même dans le plus grand nombre des vers de sept.
Cette poésie populaire et liturgique a donné naissance, avec des modifications bien entendu, au