VERS FRANÇAIS
Le plus ancien monument rythmé en français, la cantilène ( sainte Eulalîe (fin du ix e siècle) est calqué sur une séquence latin dont la versification n'a pas le caractère simplet des proses litui giques.
Sur le patron de la pièce latine, la pièce française se compose de quatorze stances de deux vers, plus une clausule de sept syllabes. On a cru reconnaître que la pièce se divise en trois parties, en manière de strophe, antistrophe et épode, chacune des premières parties comprenant six stances et la troisième deux, plus la clausule.
Les deux vers de chaque stance (non sans l'aide de quelques corrections) ont le même nombre de syllabes, quoique ce nombre varie depuis dix jusqu'à treize. Tous les vers se terminent par une syllabe accentuée. Le nombre des accents diffère de stance en stance depuis quatre jusqu'à six, mais, d'après M. Kosrînvitz, non seulement dans les deux vers composant chaque stance, le nombre des accents serait le même, mais encore les lèves et les baisses s'y suivraient dans le même ordre. Par exemple, chacun des deux vers de la première stance donnerait -uu-uu-uu- :
Buona pulcella | fut Etllalia Bel avret corps, ] bellezour ai
Une si parfaite concordance à toutes les stances ne va pas sans laisser quelques doutes. Outre qu'elle n'est obtenue qu'à l'aide de certaines corrections, il est impossible de ne pas remarquer que l'accentuation de cette stance, par exemple, est a l'en contre de la phonétique. On ne saurait accentuer anima ni eulâlia, et l'accentuation c
Buona pulcella fut EulaKai
Bel avret corps, bellezour anima.
Mais alors les accents ne se correspondent plus dans les deux vers'.
Une composition en pieds réguliers, isochrones de vers à vers, serait d'ailleurs en contradiction avec tout ce que nous connaissons îens monuments rythmés de notre langue, et ne serait guère moins surprenante que la conception de M. Simrock, qui croyait retrouver dans la cantilène le vieux vers germanique des Niebeluuge». Celle-ci serait une œuvre hybride, semi-latine, semi-fran-
>e, absolument isolée en son genre. Supposition médiocrement rai semblable. Il est plus naturel d'y voir un ouvrage analogue aux poésies françaises qui suivirent, mais d'un art hésitant et qui s cherche encore.
Les caractères du rythme sont : i n l'assonance ; 2° l'iso-syllabism dans les vers correspondants ; 3° la césure, variable, errante, mais pourtant marquée. Dans chaque vers, deux places déterminées pour les lèves : i° à la syllabe rimante (ici la dernière); 2° a la dernière syllabe avant la pause (césure masculine) ou a l' avant-dernière
lu lu corps et plus belle lame. »
s i clii maent sus en ciel- l'accentua'
ciel. Dans U stance 7, il fait des deux
; Ubiliiin. Déjà parait 1
(césure enjambante '). Les autres lèves g iécasyllabe avec sa césure à quatre ou à s
Le vers français allait se constituer définitivement sur les t éléments, mais de façon moins indécise.
St le latin populaire et le latin liturgique ont été le suhs/ratum du s français, celui-ci ne leur a cependant pas tout emprunté, ces quatre facteurs : i° syllabisme ; 2 homophonie du son fin; (assonance ou rime); 3 pause à place déterminée; 4° alternance des accents, le vers français n'a retenu que les trois premiers, s'est contenté d'assigner aux lèves deux places dét d'abord dans tous les vers une lève à la syllabe finale (ou pénultième si la rime est féminine); puis une lève sur la quatrième syllabe dans l'octosyllabe et dans le décasyllabe 1 , nos plus anciens vers, et plus tard sur la sixième dans le dodécasyllabe, C'est après cette lève intérieure (ou après l'atone qui la suit) qu'il a exigé 1 pause, ordinairement à la même place que dans les i populaires ou liturgiques. Pour la place des autres lèves aucunes lois que celles dictées par le sentiment général de l'harmonie.
Voici les types les plus anciens de ces trois vers :
Octosyllabe masculin (Vie de saint Léger, x= stède.) Et sanez Lethgiers raolt en fud trist.
Octosyllabe féminin (La Fanion, fin du x= s.) De la: la croz estet Marie.
Décasyllabe féminin (Chanson de Rohnd, xie s.) Ad ambes mains, derompt sa blanche barbe.
Dodécasyllabe masculin (Plkrin. de Cliarkm., fin du El dis li Emperere : Or gaberar Ogiersi.
1. M. Kosdi-ivit/ Ljii.ilili- ceni «sure Je (emicine (y.i-ii-lii dite féminine ou épique, employée par nos poètes du mayf pri-cèiant l.i pause ne compte pas dans le nombre des syllabe: au contraire, la syllabe compte, comme dans les vers italiens, présence, non de la césure féminine, mais de la césure dite e
2. Ou plus rarement dans le décasyiljb'J, après la sixième. j. Dt ifl£, auprès de; amlus, deui; icnmpt, arrache; gnba
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A quoi tient la différence entre l.i constitution du vers français et la constitution du vers latin populaire et liturgique? Évidemment à ce que le français, dès ce temps-la, avait son caractère propre, qui est d'être une langue sans chant. Sans doute il était alors plus chantant qu'aujourd'hui, mais il l'était dê]à beaucoup moins que le latin, et il répugnait à élever et a baisser sans cesse la vois dans un vers'.
Le vers français était conforme au génie national, nuis aurait-on pu lui substituer un vers de formation savante, qui aurait représenté un art plus rafliné ou prétendu tel ? En soi, la chose n'avait rien de radicalement impossible. Les lettrés latins avaient introduit un vers exotique, taillé sur le type grec, qui est devenu classique. Au XVI e siècle, les Espagnols ont transformé la structure de leur vers indigène et les formes générales de leur poésie en se modelant sur
Iles Italiens. L'extraordinaire eût été qu'au xvi ( siècle les adorateurs de l'antiquité n'eussent pas essayé de substituer au vers autochthone M