DE LA STANCE
Que la poésie la plus primitive ait été chantée et même dansée, cela ne semble pas devoir faire doute'. Cette poésie lyrique fut certainement antérieure a la poésie épique. Celle-ci, dans les plus anciens monuments que nous possédions, se présente en vers suivis, non en strophes. Telle la poésie d'Homère, telle celle d'Hésiode dans une théogonie, qui peut passer pour l'épopée des dieux. Les plus anciens vers latins, les vers saturniens ; les poèmes épiques les plus anciens de la Germanie (voy. page 23) ne sont pas non plus en stances. De même nos poèmes épiques français.
Pourtant les poèmes épiques de tous les peuples étaient certainement chantés. Mais il s'agissait sans doute d'une mélopée en forme de récitatif, dont on pourrait se faire une idée par nos récitatifs liturgiques, tels que le chant de la préface, ou l'admirable déclamation des évangiles aux fêtes solennelles dans le rite viennois. La stance, au contraire, correspond à la musique proprement dite, avec phrase rythmique régulière et recommencée tour à tour. La stance se conformait à l'air, comme aussi la musique pouvait être faite sur les paroles.
La plus ancienne poésie française apparaît, modelée sur la poésie liturgique, et par conséquent formée de stances. Il est évident que la cantilène de sainte Eulalie (voy. p. 14) se chantait sur un air analogue a celui de la séquence latine qui lui a servi de type. Nous avons vu qu'elle se composait de quatorze stances de deux vers. La vie de saint Léger (voy. p. 38) est en strophes de six vers ; la Passion (voy. p. ié tt 39) en strophes de quatre vers ; Y Alexis (voy. p. 47) en strophes de cinq vers. Ce sont de vrais cantiques.
1. . Au milieu d'eus, dit Homère, ud enfant jnuait de façon charmante sur la lyre harmonieuse tt entonnait d'un; voii frêle le beau chant de Linus; et tous l'accompagnaient, frappant le sol en cadence, chantant, criant et sautant. « Les thrènes étaient des chants funèbres, en usage m> temps héroïques, et entonnés par les aedes qu'accompagnaient des femmes avec des cris et des gémissements. La régularité du chstit et de la danse impliquait l'usage de la stance, vraisemblable nient avec refrain.