‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 87 sur 101 · DES PIÈCES A FORMES FIXES · texte numérisé non relu

DES PIÈCES A FORMES FIXES

s, revenant à tour de rôle, est une des plus aimables impressions que puisse ressentir notre oreille. Quoi de plus agréable en musique que ces rentrées qui ramènent le sujet? Telle la rime dans les vers, mais tel surtout le refrain dans la chanson.

L'intérêt, l'agrément des pièces à forme fixe reposent tout entiers sur le retour des mêmes rimes, joint souvent à la répétition de certains vers.

Le trait distinctif des pièces à formes fixes, suivant M. Jeanroy, est d'avoir été destinées à accompagner la danse. Ceci expliquerait la fixité de leurs formes. L'usage de chanter pour faire danser s'est encore conservé dans nos provinces. Les jeunes filles du Bourbonnais et de l'Auvergne n'auront pas besoin de vielleux, tant que les dieux ne leur auront pas ôté la voix. C'est ce qui explique la quantité de chansons de bourrées, qui seraient bien inutiles, si on les remplaçait toujours par des instruments.

A chaque instant, dans les romances du moyen âge, on rencontre l'exemple de gens qui s'offrent à chanter pour faire danser les dames, comme aujourd'hui les officieux pour faire sauter au piano : Et je vos ferai le virenlit...

« Plus bel ami de {que) vous ai :

« Bernecon qui va chantant

As d'anses le

frdat. »

Sus, sus a

virélinl

Sus, sus a

virelai !

Si l'on admet le système de M. Jeanroy, on pourrait dire que la chanson à baller aurait répondu à une danse simple pouvant se répéter indéfiniment comme la valse. Le poème à formes fixes aurait répondu à une danse à formes fixes, à figures, comme nos quadrilles.

Mais, de même qu'on variait la musique, pouvait-on varier les danses? Je n'en sais rien, mais je remarque tout de suite que ces « poèmes à formes fixes b n'avaient pas de formes fixes. On rencontre des lais, des virelays, des rondels, etc., avec des formes très différentes. Ce ne fut que plus tard, lorsque précisément les poèmes à formes fixes ne servirent plus a danser ou guère, que les raffinés choisirent un type de chaque genre, et voulurent décréter que ce type serait éternellement suivi, ce que chacun a accepté dévotement.

Rien de plus amusant que le fétichisme de cet honnête Banville pour la fôôôôrme de toutes ces petites pièces, tant est grand le respect de la tradition chez certains novateurs! 11 n'admet pas qu'on puisse rien changer à leur disposition : « J'ai nommé pot-nus traditionnels à formes fixes ceux pour lesquels la tradition a irrévocablement fixé le nombre de vers qu'ils doivent contenir et l'ordre dans lequel ces vers doivent être disposés'. » Pour Rîchelet aussi les régies des mots nobles et des repos intérieurs des strophes étaient irrévocablement fixées.

Le plus ancien de ces poèmes est

ou

Dans sa superstitio il imprimant 1= Lai

pou ou 1

la tradition

Banville va cien, onpliu.

niqn

pei

*iger .

ju'en copian

milieu do grand v grand, de façon i lettre de l'autre .

Je.™

que

ns les vers de strophes d la première lettre de l'un mande la belle affaire! L

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Comme il a été abandonné au xvi e siècle, nous avons été privéi du choix, par les auteurs, d'un type irrévocable. Le lai, c'est toi simplement une chanson sans refrain, dont chaque couplet, en x de mètres variés, est sur deux rimes croisées ad libitum. Il a même nullement nécessaire que les couplets aient le même nombr de vers. Voici la première strophe du Lais de la PastoreU :

L'autrier chev

Pensant par u

Si vi les ma

jchoîs

Un poi loin g du cherni

Un trop delitous jardin ;

Illec en l'arbroie,

Sos la cime d'un pin,

Oiseau* mer*

Trop grant e

Si tornai la mo

Cette disposition de vers dissemblables, quasi semblables, n'a pas d'agrément. On pourrait varier davantage le rythme, et, en effet, le plus souvent, dans le lai, les vers employés sont de 5 , 7 et 3 syllabes. Seulement, il manque toujours le grand charme des poèmes à formes fixes, le retour d'un refrain.

En fait, il suffit, pour un lai, d'écrire une pièce à strophes, s'astreignant à construire chacune de celles-ci sur deux rimes.

Le lai engendra le

Il y en a de plusieurs types. Parfois, c'est un lai, avec cette com plication qu'après avoir construit la première strophe sur une 1

1. ■ L'autre jour je chevauchais, pensif, par un matin. Je vis, pris île ma roui, peu loin du chemin, un jardin vraiment délectable. Là, dans le boîquet. sur la ci d'un pin, des oiseau* «primant en leur jargon une tris grande joie. Je tournai

dominante, on prenait la rime subalterne du premier couplet, pour en faire la rime dominante du second. La première et la dernière strophe doivent présenter les mûmes combinaisons.

Mais il est des virelays à refrain, qui, en leur genre, sont des espèces de rondels. La pièce commence par un refrain, ordinairement de plusieurs vers, qui, se liant au commencement de la strophe, est ramené à la fin d'icelle. Voici un type de virelay, d'après un exemple d'Eustache Deschamps. Le refrain du début a sept vers, le couplet treize. Le second couplet est identique, fors qu'il ne porte le refrain qu'en queue et non en tête :

Dame, je vous retnercy

Et gracy De cuer, de corps, de pensée, De l'anvoy qui tant m'agrée,

Que je dy Conques plus biau don ne vi

Plus plaisant ne plus joly,

Ne qui sy (ainsi) M'ait ma leesce doublée (ait doublé n Car du tout m'a assevi (touché)

Eu l'amoureuse contrée.

Je le porte avecques rny,

par rapporz hay, Et par fausse renommée :

Dame, je vous retnercy

Et gracy De cuer, de corps, de pensée, De l'anvoy qui tant m'agrée

Qye je dy Conques plus biau don ne vi Faire a créature née.

Long temps a mon eue

Et fremy En doleur désespérée,

En ta

e et en soucy,

Jusqu'à cy Que pi ici est dévalée, Qui ades loyaulx mercy'.

Que n'en croye a la volée Fausse langue envenimée,

Car par lui Sont maint loyal cuer traby :

De mal feu soit embrassée.

Dame, je vous rcraercy, etc,

Cette pièce, horriblement ennuyeuse (comme, du reste, presqu toute cène poésie artificielle du moyen âge, qu'on appelle courtoise), pourrait être agréable, si elle était moins démesurément longue et rabâchée, refrain et couplet. Mais il existe toute espèce de types, et un virelay du même auteur (Suis-je, suis-je, suis-je belle'?) est aussi preste et piquant que le premier est traînant et brode. Cette fois le refrain n'est que d'un seul vers qui se répète, identique pour la rime, mais alternativement modifié pour le texte. C'est sur ce type, avec quelques modifications nécessaires ' qu'a été écrit le Firetay de la Vieillesse solitaire

...Jusqu'à hier, que la pitié ai descendue ji

ssitot, loyal, i

j. Tente donné par M. Clédat, Morciaux choisis dis aatmn frantuà, p. 364.

1. t-e virelay d'Eus!. Descbamps est fait sur trois rimes. Le quatrième vers première strophe, 1g troisième de la deuxième, le septième de la sixième, le troi de la dernière, sont sur une rime séparée de sa correspondante par trois vers sur deux rimes différentes. Cet éloigneraient n'est plus admissible à nos oreilles. 11 nous i semblé de même que la répétition pure et simple de la première strophe en queue d la sixième était singulièrement monotone, et qu'il valait mieux, en ramenant le mêmes rimes dans le même ordre, donner su vers un conteste différent. Enfin le virelay de Deschamps est en hepusyllabes, et nous avons employé l'alexandrin. Ces une puérilité des poètes modernes, qui écrivent des ballades ou des rondeaux, de s'astreindre à les faire dans le même mètre que leurs modèles. Il ne s'agit pas d'un pastiche (impossible d'ailleurs puisque les langues sont différentes) : le jeu n'eu vaudrait pas la chandelle. 11 s'agit de voir s'il serait possible de tirer parti, dans la poésie nouvelle, de rythmes anciens et intéressants.

Bien sont appariés vieillard et solitude.

Voiler les traits fâcheux de la décrépitude Au sage est un devoir exigeant peu d'effort : Il sait qu'il faut mourir devant que d'être mort. Dieu vous donne vieillesse avecques solitude!

Qui ne touche à personne à nul ne fait du tort ;

Avec son compagnon jamais de désaccord :

Bien sont appariés vieillard et solitude

En paix, dans l'insomnie il rêve au dernier sort. Si dans son cœur s'élève un vent d'inquiétude, Le silence des champs et la berce et l'endort. Dieu vous donne vieillesse avecques solitude !

Aux vieux le monde est froid, et l'âpre vent du nord Nous y cingle souvent de sa courbache rude.

Celé, je me soustrais à toute dent qui mord : Bien sont appariés vieillard et solitude.

Graves sont mes défauts, et j'en ai du remords ; Du moins je les supporte avec mansuétude :

Pour eux un tiers serait d'un esprit moins accort. Croyez-nous, mariez vieillard et solitude :

Nulle épouse plus douce à la décrépitude.

Heureux de m'épargner la contrainte et l'effort, J'attends de m'endormir dans les bras de la Mort. Dieu vous donne vieillesse avecques solitude !

Fiers jeunes gens qui rongez votre mors, Un jour aurez même vicissitude ; Vous où la vie éclate en chauds transports, Lors redirez, brisés de lassitude :

Bien sont appariés vieillard et solitude.

On s'étonne que le virelay ait été complètement délaissé pour le rondel par les poètes des xv e et W siècles. Il était tout à fait oublié, lorsque, à la fin du XVII e siècle, le P. Mourgues imagina

d'en forger un à sa guise qu'il intitula Fîrclai nouveau. Les traités de versification se hâtèrent de l'enregistrer pieusement comme un type « irrévocable n.

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