LA VILLANELLE
Je l'ignore, mais eu tout cas je n'en sais point avant lui. L'on connaît ce rythme, qui, ainsi que le rondeau, tire tout son charme de la répétition de certains vers. Ce ron-ron revenant à chaque strophe, est délectation pour l'oreille, mais, comme toujours, c'est à la condition de n'en pas abuser, par conséquent de ne donner an poème qu'un petit nombre de couplets. Les six de la villanelle de Passerat semblent un nombre approprié. J'ai lu une
i. Sonlary était de cem qui n'osent guère, cl, tout en rongeant leur roots, craignent de s' écarter des « régies ». Il s'est donc astreint a celles données par M. de Gramont et confirmées par Banville. « Je donnerai, dit celui-ci, les règles de la sestinc d'après M. de Gramont qui a dû, selon son sens eiquis du rythme, les créer lui-même, puisqu'il avait à décider une disposition de rimes féminines et masculines que ne pouvait lui donner le type italien de la sextine. > Banville ignorait-il donc la sextine de l'onthus de Thyard, qui a introduit le premier en Fiance ce genre de poème, avec des règles, d'ail! .un beUrtOMmeili m ,..i:ds par M. de Gramont.
Ponthus faisait la sextine sur trois rimes, M. de Gramont la fait sur deux. La dillioilté est augmentée ; le charme en est-il beaucoup accru ? — Ceci soit dit sans nitr le rare talent avec lequel M. de Gramont a trait: ce genre dans la sextine que son traite donne pour exemple.
villanelle en vingt-huit couplets, de M. Rollinat, intitulée POrnière, très bien faite d'ailleurs. Au dixième couplet l'envie vous prenait d'étrangler le poète. Cela rappelait ces scies féroces des rapins où pendant des heures on répète la même chose : C'est le grand duc du Maine, — lu digue dtm daine... Que c'est embêtant — d'avoir m aifani — Qui n'a qu'une dent... Ah! (a commence déjà bien, — J'aperçois un jambon de Mayence, etc., etc., etc.
On a déjà eu l'occasion de faire remarquer combien les mêmes rythmes peuvent se prêter à des « états d'âme » opposés. On considère généralement la villanelle comme une sorte de rigodon rustique. Le retour des vers peut cependant, je crois, servir même à l'expression d'une Nuit de décembre :
Sous le mistral mon toit chancelle, J'entends craquer les oliviers :
Je rêve de paix éternelle.
Dans les cieux l'étoile étincelle; L'heure tombe au lent sablier :
Sous le mistral mon toit chancelle.
Tandis que d'ignobles querelles Aiguisent des fers meurtriers, Je rêve de paix éternelle.
Au sein de l'âme universelle, Je me sens flotter tout entier :
Sous le mistral mon toit chancelle.
Tout finit, tout se renouvelle, Mon cadavre est un nourricier :
Je rêve de paix étemelle.
Où sont les nids des tourterelles?
Oii sont les roses des rosiers?
Sous le mistral mon toit chancelle, Je rêve de paix éternelle.