PREMIÈRE PARTIE
ONGLE ET PHALANGETTE.
La phalangette est le troisième segment du doigt, c’est elle qui le termine.
Nous insisterons peu sur sa description.
Le squelette est représenté par un os d’ensemble conique et dont l’extrémité est plus ou moins en raquette (voyez fig. 6).
Les parties molles sont représentées par la peau et un tissu cellulaire, abondant surtout à la face palmaire (pulpe du doigt). A la face dorsale, et médiatement rattaché au périoste, est l’ongle.
La phalangette jouit de mouvements antéro-postérieurs médiocrement étendus; ils n’ont lieu que dans le sens de la flexion. Fléchie, elle est ramenée en arrière par le tendon extenseur. Ce dernier s’insère au bord supérieur de la face dorsale de l’os, tandis que le tendon fléchisseur s’attache à toute l’étendue du second quart supérieur de la face palmaire.
Par son lieu d’implantation, l’action du fléchisseur est puissante, et de plus, favorable à la déformation de l’os et du doigt, si, par une cause quelconque, le rachitisme par exemple, l’os perd de sa rigidité.
Ongle . — L’ongle est une production épidermique, comme le sont les poils et les cornes, mais se rapprochant
plus de l’épiderme proprement dit, que de ces derniers :
La configuration de l’os phalangette peut se résumer à deux parties; l’une, la supérieure, est très-courte, large et épaisse, elle est articulaire; l’autre, qui répond aux trois quarts inférieurs, est plus étroite que la première et supporte l’organe appelé ongle.
On a donné le nom de matrice de t ongle à la couche de derme qui supporte et sécrète en quelque sorte cette lame cornée.
Ce derme est assez étroitement uni au périoste, ce qui aüi assure une grande fixité.
L’ongle est plus long qu’il ne paraît, car le tiers supérieur environ se trouve caché par la peau, ou pour mieux dire, par le derme sus-unguéal.
Suivons le trajet de celui-ci, en allant de haut en bas.
A l’endroit où la peau laisse apparaître l’ongle, le derme ne s’arrête pas, mais s’adossant à lui-même, iJ remonte jusqu’au bord supérieur de l’ongle, le contourne et vient, en descendant, se prolonger au-dessous de lui.
Le derme forme donc, en résumé, deux couches sur .,iï
l’ongle et une au-dessous ; cette dernière se prolongeant dans toute la longueur de la face profonde de cette lame, pour se continuer avec le derme de l’extrémité du doigt.
L’épiderme, on le sait, est formé de deux couches séparables par macération ; l’une profonde ou muqueuse, l’autre superficielle, dure, sèche, imperméable aux liquides, et qu’on appelle couche cornée. 11 n’y a peut-être là qu’une question d’âge, car à mesure que de nouvelles cellules viennent profondément augmenter la couche muqueuse, les plus superficielles de cette couche s’aplatissent, se durcissent et forment la surface cornée. Revenons à l’ongle.
Lorsque le derme se replie pour s’adosser à lui-même, la couche cornée de l’épiderme forme unbourreletplus ou moins saillant, et assez adhérent à l’ongle qui l’entraîne plus ou moins. Elle forme ce bourrelet par son propre adossement, puis, remontant profondément, elle vient se terminer et se confondre avec la partie cachée de l’ongle. Celui-ci n’est donc pas une dépendance de la couche cornée de l’épiderme, mais bien de la couche muqueuse, qui le constitue entièrement. La connaissance de ce fait est due au professeur Sappey.
Supprimons l'ongle. Il ne restera que le derme dont nous avons suivi l’évolution, et dont la coupe longitudinale présentera en haut, un sillon d’où partent les deux lames sécrétantes. L’une, la plus étendue, correspondait à toute la face profonde de l’ongle, l’autre au tiers ou au quart supérieur de sa face superficielle. Que toutes deux se mettent à sécréter le plasma unguigène, elles produisent une lamelle épidermique qui aura la même disposiion qu’elles ; c’est-à-dire simple dans toute la partie découverte du derme sous-onguéal, et double dans la partie qui correspond aux deux surfaces cachées et se regardant.
Que résulte-t-il de cette disposition? c’est que l’ongle est produit : d’une part, par sa face profonde, ce qui tend à l’épaissir à mesure qu’il descend, et de l’autre par le sillon qui l’enclave supérieurement, ce qui le pousse constamment vers l’extrémité du doigt.
C’est seulement le dernier fait, que connaissait Galien, quand il dit : « Augentur, non ut aliæ partes in longum. « latum ac profundum, sed pilorum modo in longum « solum, subnascentibus semper aliis unguibus novis et « antîquos propellentibus. » (De usu partium.)
U ongle s avance , mais en augmentant constamment en route; de sorte qu’il sera plus épais au bord libre, que vers sa racine.
Le petit croissant qui a reçu le nom de lunule n’est point dû à la minceur plus grande qu’offre l’ongle à sa partie supérieure, c’est dans le derme sous-unguéal que réside cette apparence, et voici comment.
Le derme sous-unguéal a la forme d’une ellipse plus étroite en haut qu’en bas. Cette ellipse est coupée vers son tiers supérieur par une courbe qui regarde en haut, limitant ainsi une seconde ellipse supérieure plus pâle.
La matrice de l’ongle est donc formée de deux parties, l’une rouge et l’autre pâle, et c’est précisément une portion plus ou moins grande de cette dernière qu’on aperçoit. La lunule est très-fréquemment cachée sous la peau, surtout chez les rachitiques; nous verrons plus tard (page 42) la raison de ce phénomène.
La portion rouge du derme sous-unguéal doit sa coloration à une vascularisation plus grande et surtout à des veinules qui seraient dilatées et comme variqueuses en certains points. Cette dernière particularité a son importance, nous la retrouverons à propos de l’ongle hippocratique.
Croissance de V ongle. — L’ongle croît aux dépens d’un plasma fourni par le derme. Les cellules qui la constituent font comme celles de l’épiderme : elles se durcissent et s’aplatissent considérablement au voisinage de la surface libre.
Toutes les conditions générales ou locales qui faciliteront le travail et la nutrition de la peau, seront favorables au développement de l’ongle en longueur, largeur
et surtout épaisseur. Telles sont, avant tout, la transpiration d’une part, et de l’autre l’influence de la profession (1).
Nous avons constamment rencontré une plus grande activité, dans la sécrétion de l’ongle, chez les individus qui transpiraient facilement et dans les maladies à sueurs, comme le rhumatisme, la fièvre typhoïde, etc... (Voy, Arc., page 17).
L’accroissement de la production épidermique, en général, sous l’influence de la transpiration, a été remarqué par tous ceux qui se rasent la barbe; ils sont obligés de se pratiquer cette opération bien plus souvent l’été que l’hiver. Il en est de même pour la croissance des cheveux, il n’en saurait être autrement de l’ongle, qui ne diffère des précédents que par la forme.
Une condition indépendante de l’organisme et qui répond bien au caractère semi-parasitaire des épithéliums, c’est l’influence de la profession. Plus elle est dure pour les mains, plus celles-ci ont à subir les intempéries, plus l’ongle devient épais.
Gomme le poil, l’ongle croît en longueur, mais il faut l’entendre d’une certaine façon, et pour ne pas faire ici de géométrie, nous prendrons simplement une image.
Supposez un cheveu qui, se déplaçant parallèlement à
(1) Il ne faudrait pas oublier l’influence du genre d’alimentation et de l’état de la nutrition générale.
lui-même, continuerait de pousser; sa plus grande longueur correspondra évidemment à la fin de sa course. La croissance de l’ongle étant en tout semblable à cela; mesurer son épaisseur au bord libre, comme nous le ferons, c’est mesurer sa longueur, et les variations que subira cette épaisseur correspondront aux oscillations sécrétoires de la matrice.
Dans notre comparaison, le cheveu croîtra de quantités égales dans des temps égaux, si toutefois, dans son trajet, il rencontre une égale fertilité du terrain qui le produit; mais il augmentera de quantités inégales dans des temps égaux, si dans sa course, il rencontre des parties de terrain inégalement fertiles. Nous trouverons une application de ce dernier fait, dans l’ongle hippocratique.
Remarque . — On ne peut mesurer les variations qui ont lieu dans la production de l’épiderme à la peau, parce qu’il tombe par lamelles à mesure qu’il se produit. D’autre part, il n’est guère pratique d’observer un cheveu, de sorte que mesurer les variations d’épaisseur de l’ongle serait un bon moyen d’observer indirectement le travail cutané et en particulier la production épidermique. Nous appelons l’attention sur ce détail, car il peut être fort utile dans certaines études physiologiques.
Nota . Dans un travail très-intéressant, M. Ancel (1) a étudié l’ongle dans sa physiologie et ses altérations. Malheureusement les points communs à son mémoire et au nôtre sont trop rares, le but est trop différent, pour que nous puissions faire bénéficier la science d’un examen comparatif.
(1) Ancel. Des ongles, anatomie, physiologie et pathologie. Delahaye, 1868.