‹ Modifications de la phalangette dans la sueur, le rachitisme et l'hippocratismeChapitre 3 sur 11 · VARIATIONS D’ÉPAISSEUR DE L’ONGLE · texte numérisé non relu

VARIATIONS D’ÉPAISSEUR DE L’ONGLE

1° Relativement au sexe . — Ayant réuni, d’une part, 55 femmes, de l’autre, 45 hommes, nous avons trouvé comme épaisseur moyenne de l’ongle au niveau de son bord libre :

Chez les femmes, 34,6 centièmes de millimètre.

Chez les hommes, 38,4 — —

L’ongle de l’homme est donc sensiblement plus épais que celui de la femme, et cela très-probablement à cause des travaux plus durs du premier, et des pertes que la seconde subit mensuellement.

2° Relativement à quelques maladies. — Nous ne signalerons que les maladies pour lesquelles nous avions un

nombre suffisant de sujets.

Hommes.

Femmes

Rhumatisme,

Phymie,

Enceintes, couches, suites de

couches récentes,

Chloro-anémie et anémie,

Fièvre typhoïde et convales-

cence de F. T.

Ce tableau nous montre que

1° Le rhumatisme , maladie à sueurs, et chez des sujets qui transpirent déjà naturellement, donne à l’ongle une épaisseur notablement supérieure à celle due aux autres états.

(1) Les épaisseurs sont toujours évaluées eu centièmes de millimètre.

2° La fièvre typhoïde , du moins pour les quelques femmes que nous trouvons dans nos notes, est sensiblement égale au rhumatisme, nous savons que c’est une maladie à sueurs.

3° La tuberculose , prise d’ensemble, sans avoir égard aux périodes de la maladie, donne à l’ongle un peu moins d’épaisseur que la moyenne physiologique.

4° La gestation , comme toute dérivation des matériaux albuminoïdes vers un organe, ou une sécrétion active, diminue beaucoup l’épaisseur de l’ongle.

5° La chloro-anémie , et en général la misère physiologique a semblable résultat.

Les maladies à sueurs, par cela même que la peau fonctionne, et peut recevoir des matériaux, font augmenter l’épaisseur de l’ongle; rien que de naturel; l’organisme souffre dans son ensemble, mais la peau travaille.

Mais dans la tuberculose, où il y a hypertrophie de la matrice unguéale, et une épaisseur croissante de l’ongle (jusqu’à un moment tout au moins), comment se fait-il que la moyenne soit inférieure à la normale ? L’explication serait ici prématurée et nous renvoyons à la page.

Outre les maladies qu’un nombre suffisant de sujets nous a permis de mettre en tableaux, il en est quelques autres dans lesquelles on observe des modifications dans l’épaisseur de l’ongle.

En dehors des maladies du doigt qui se rattachent aux affections cutanées et qui sortiraient complètement de notre plan, il en est, telles que les suppurations, les fractures, dans lesquelles j’ai positivement constaté une décroissance de l’ongle. Ce phénomène qu’on peut suivre chez un même sujet, en le visitant à quelques semaines d’intervalle, ne peut s’exprimer par statistique; ou du

moins, quand je donnerais 37,5 au lieu de 38,4, épaisseur moyenne, la différence n’est pas assez sensible pour acquérir la valeur d’une observation suivie, même sur un petit nombre d’individus.

3° Relativement aux professions . — Les professions ont sur l’épaisseur de l’ongle une grande influence, moindre toutefois que les sueurs, autrement dit que la diaphorèse habituelle, ou travail de la peau.

Nous avons fait pour chaque sexe deux catégories, comprenant, l’une les professions dures (pour les mains, bien entendu), l’autre les professions douces.

72 femmes :

Epaisseur.

1° Domestiques, blanchisseuses, etc. 36,2

2° Couturières, lingères, etc. 30,5

70 hommes :

1° Cochers, jardiniers, menuisiers, etc. 41

2° Tailleurs, valets, peintres en bâtiments, etc. 36,2

Je rappellerai que ces moyennes sont prises avec le compas d’épaisseur, et représentent des centièmes de millimètre.

4° Relativement à la diaphorèse habituelle . — Pour faire une comparaison de ce genre, nous avons réuni ensemble les professions dures, et d’autre part, les professions douces. Puis, dans chacune de ces classes , deux groupes ont été établis comprenant à peu près un nombre égal d’individus.

Femmes.

Proféssions dures. | Professions douces, j

SlIOUl*.

Epaisseur

de 28 à 34

de 35 à 46

de 24 à 31

de 32 à 46

Hommes.

( de 29 à 39

Professions dures. ]

! de 40 à 53

( de 30 à 36

Professions douces. {

( de 37 à 44

Nous voyons clairement que, pour des professions assez voisines, l’épaisseur augmente avec la diaphorèse, le travail ordinaire de la peau.

En outre, pour des différences assez faibles dans la sueur, il y a de grandes différences dans l’épaisseur; ce qui prouve bien l’énorme influence qu’une sudation facile a sur l’épaisseur de l’ongle.

On se demandera comment nous avons pu mesurer la diaphorèse de nos sujets: d’une manière bien simple, en le leur demandant, avec toutes explications de façon à être parfaitement compris par eux. Puis, un jour toutes ces notes furent traduites en chiffres variant de 0,5 à 3, suivant la valeur des déclarations.

Cette traduction fut faite le même jour pour les 3 oü 400 feuilles qui présentaient cette sorte de renseignement; et comme après tout nos conclusions portent toujours sur un nombre assez considérable d’individus, la valeur en est absolue.

Sans l’extrême rigueur que nous avons apportée dans toutes ces recherches, il nous eût été impossible d’arriver à quoi que ce fût, au milieu d’un dédale de faits et d’influences complexes.

Sueur.

Epaisseur.

COURBURE TRANSVERSALE DE l’oNGLE.

Lorsqu’on regarde l’extrémité du doigt en raccourci, comme si on voulait se l’enfoncer dans l’œil, on voit que la courbure transversale se traduit, pour le bord libre, par un certain arc.

Celui-ci varie chez les divers individus , et suivant certaines circonstances.

Les changements, dans la forme de l’arc, ne sont possibles que pour la partie inférieure de l’ongle, car plus haut l’adhérence à l’os est trop grande pour lui permettre aucun mouvement.

Pour faciliter nos recherches, nous avons établi trois séries d’arcs ; nous en donnons ici la reproduction.

La série A est composée d’arcs à courbure régulière ;

La série B comprend les arcs plats sur le milieu et abattus sur les bords ;

Enfin, la série C offre la combinaison des deux genres précédents, les arcs y sont bombés sur le milieu et abattus sur les bords.

Chaque ongle à examiner était comparé à ce tableau, et était marqué du numéro de l’arc qui lui ressemblait.

Comme dans le paragraphe précédent, la diaphorèse a été traduite en chiffre, et l’épaisseur de l’ongle relevée en centièmes de millimètre.

Nous allons montrer ici l’influence de la diaphorèse sur la courbure des arcs, et si nous comparons les épais-

Esbach. C1

seurs, le chapitre précédent sera de nouveau confirmé dans ses conclusions relatives au travail de la peau.

Ne pouvant comparer une forme d’arc avec une autre, nous ferons deux groupes dans chaque série : le premier avec les chiffres inférieurs, le second avec les degrés les plus accentués.

Sueur. Epaisseur.

I Arcs 1, 2, 3 (26 sujets). 8,1 32,8

A \ 4, 5, 6, 7 (54 sujets). 18,4 37

j Arcs 8, 9, 10 (31 sujets). 16,7 38,7

B | —11, 12, 13, 14 (20 sujets). 18,7 39

l Arcs 15, 16 (23 sujets). 8,9 34,2

C I — 17, 18, 19 (24 sujets). 20 35

Nous voyons par ce tableau que les arcs les plus plats

correspondent, dans chaque chapitre, à une diaphorèse et une épaisseur moindre.

En considérant les deux séries A et C, on voit surtout bien l’influence considérable de la sueur sur l’accentuation de la courbure. Quant à l’épaisseur, bien que progressant dans le même sens, elle ne présente pas des différences aussi marquées.

La série B nous montre également, mais moins bien que les deux autres, l’influence de la diaphorèse; l’épaisseur reste sensiblement la même et le degré de sueur peu différent.

Il faut remarquer que si, dans cette série, la loi posée est moins évidente, les coefficients absolus de sueur et d’épaisseur sont très-élevés. Ce qui peut légitimement faire admettre, que les arcs plats et à bords abattus sont par eux-mêmes une preuve d’épaisseur, et le signe d’un travail actif de la peau.

Le fait d’augmentation de la courbure transversale, par augmentation de la diaphorèse, ou, d’une manière plus générale, du travail de la peau, n’est pas seulement démontré par les chiffres, il est explicable. (Dans la seconde partie, où nous donnons comme exemples un certain nombre d’observations, il y a des hémiplégiques; nous avons toujours constaté une moiteur particulière du côté paralysé; en même temps l’ongle est plus épais et plus arqué qu’à l’autre main.)

La matrice unguéale et l’ongle sont plus épais sur le milieu que sur les bords; la production sera plus active suivant le premier méridien, que suivant les deux autres.

Soit donc 4 la production sur le milieu, et 3 celle des

bords, la différence est 1; un certain arc est en rapport avec cette répartition, soit l’arc 2, par exemple.

Augmentons, doublons par la pensée le travail actif de la matrice ; il deviendra 4X2 = 8 pour le milieu, et 3X2=6 pour les bords; et la différence cette fois est égale à 2.

Il tombe sous le sens que la seconde différence étant plus grande que la première, il faudra qu’entre les deux parties latérales se loge une plus grande quantité de substance, dès lors l’arc s’exagère et deviendra 6 ou 7, par exemple.

Voilà ce qui se passe dans la fièvre typhoïde, maladie à sueurs. Dans le rhumatisme articulaire, la chose est moins nette parce que le travail ordinaire de la peau a déjà imprimé un arc accentué, lequel est souvent déjà limité par les résistances que l’ongle rencontre latéralement . Nous reviendrons sur les particularitéspropres àla série B, et ferons remarquer que toutes les coupes transversales de matrice ne se ressemblent pas. Il en est qui décroissent graduellement d’épaisseur du milieu sur les bords, tandis que d’autres, uniformes dans la partie moyenne, ne diminuent tout d’un coup que vers les bords ; on comprend, à l’aide du raisonnement proposé plus haut, que la différence de production n’existant que près des bords, ceux-ci seuls , ou à peu près, se recroquevilleront en dessous.

Pour cette série B, le phénomène restera, comme pour les autres, le résultat d’une augmentation d’activité de la surface sécrétante.

Tout ce que nous avons dit des arcs est vrai, abstraction faite de circonstances accessoires qui peuvent modifier en plus ou en moins l’accentuation du phénomène.

Celui-ci, pourra être atténué, mais jamais empêché, par la résistance des parties molles.

Nous allons bientôt voir que les chances de rhumatismes sont d’autant plus grandes que le travail de la peau, mesuré indirectement 'par la diaphorèse , est plus actif; il en résulte que l’ongle peut révéler, par son arc, la prédisposition à cette maladie. C’est ce fait qui, reconnu dès le commencement de nos recherches, nous conduisit à étudier l’étiologie du rhumatisme.

Le rhumatisme étant, comme nous allons le prouver par des chiffres, une maladie a sudore, la sudorèse imprimant à l’ongle une courbure particulière; tous deux ayant même origine, se rencontreront dans l’immense majorité des cas, mais sans que l’un soit la conséquence de l’autre.

En résumé, Y ongle sudoral ou rhumatismal est tel que les bords tendent à se recourber vers la face palmaire, que le milieu soit arqué ou reste plat.

ÉTIOLOGIE SUDORALE DU RHUMATISME

Nous venons de voir que l’ongle rhumatismal n’est en réalité que l’ongle sudoral.

C’est la relation si fréquente du rhumatisme avec la diaphorèse ordinaire que nous allons étudier dans ce chapitre.

Nous avions saisi une relation entre l’arc sudoral et le rhumatisme, lorsque un certain nombre d’exceptions nous décidèrent à noter les autres influences étiologiques

et en particulier le degré d’humidité auquel chaque sujet avait été exposé dans le cours de sa vie.

Au lieu d’humidité, c’est fraîcheur que nous devrions dire, car l’humidité chaude ne donne pas de rhumatisme. D’un autre côté, quand nous parlons de diaphorèse, c’est indirectement le travail de la peau que nous désignons ; celui-ci étant mesuré par le plus ou moins de facilité de transpiration.

Toutes les sueurs ne viennent pas uniquement d’une élévation de la température du corps ; nous voyons au contraire des gens, peut robustes en général, qui transpirent au moindre mouvement, d’autres n’ont que des sueurs partielles, mains, pieds, mais presque continues. Ces sueurs, actives ou parétiques, ne constituent pas moins la prédisposition au rhumatisme, si l’individu couche par exemple dans un lieu frais ou sur la terre.

A côté de cela, des gens couchent pendant des années sur la terre et n’ont jamais rien ressenti ; chose remarquable, ils ne peuvent jamais transpirer. J’ai rencontré* plusieurs de ces cas, nous en citons quelques-uns dans la seconde partie.

Dira-t-on que c’est précisément la disposition au rhumatisme qui fait que les rhumatisants transpirent; mais alors nous aurions bien plus de rhumatismes sans humidité que nous n’allons en trouver; et de plus, que signifierait cette réunion presque constante de deux faits : sueur, humidité?

Nos questions ont été posées aux malades avec tout le développement possible, et ce que nous désignerons dans le tableau statistique par humidité, veut dire 98 fois sur 100, rez-de-chaussée, humide ou non.

Le total des sujets interrogés, au triple point de vue

du rhumatisme, de la diaphorèse et du séjour froid ou humide, est de 184, sur lesquels 60 ont eu des rhumatismes ou des douleurs, soit 32,5 pour 100 adultes de 15 à 50 ans.

Tableau étiologique du rhumatisme.

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