‹ Modifications de la phalangette dans la sueur, le rachitisme et l'hippocratismeChapitre 4 sur 11 · SUJETS · texte numérisé non relu

SUJETS

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Nous voyons que sur 60 rhumatisants, le plus grand nombre, 45, réunit les deux conditions génératrices principales. Puis viennent 8 individus qui, ne vivant pas à •l'humidité, mais transpirant, sont affectés ; la diaphorèse serait donc la plus influente des deux conditions, puisque ici, l’action prolongée de la fraîcheur manque, ou a passé inaperçue. Viennent ensuite 6 rhumatisants qui ne transpirent pas, mais ont subi l’humidité. Enfin, 1 seul est rhumatisant sans avoir eu ni sueur ni humidité.

Que prouve cet examen? c’est que le rhumatisme est avant tout une maladie à sudore, puisque 7 seulement sur 60, soit 11 pour 100 ne transpirent pas.

Mais sur 7 réfractaires, 6 vivent ou ont vécu à l’humidité et surtout couché. Admettons que chez eux le travail de la peau soit peu actif ; mais la sueur sensible, comme l’a très-bien dit le professeur Sappey. (Anatomie

T. III. Glandes sudoripares), n’est qu’un degré plus fort de la sudation insensible ou exhalation cutanée. C’est le même organe qui les produit, l’une est l’autre, le degré seul est différent. On suspendra l'une ou Tautre par les mêmes moyens, le froid ou l’humidité froide.

Qu’un individu transpire facilement ou non, sa peau travaille quand même, et l’action nocive d’une fraîcheur prolongée le prépare aux accidents rhumatismaux avec d’autant plus plus de chances que le travail cutané est ordinairement plus actif; voilà toute la question.

Il nous reste maintenant à examiner les non-rhumasants, 125, ainsi décomposés :

72 qui transpirent, mais qui, n’ayant pas vécu à l’humiaité, n’ont rien eu.

9 qui, quoique transpirant et ayant habité le rez-dechaussée n’ont rien ressenti; cela revient à dire que parmi les sujets qui sont dans les conditions à prendre des rhumatismes, il y a 1|6 d’exceptions. Une explication est nécessaire.

On remarquera que nous avons questionné avant tout sur le logement. Eh bien, les sujets rhumatisants ont-ils ressenti leurs douleurs, ou subi leurs attaqués dès le premier jour qu’ils ont habité la fraîcheur? non point, car bon nombre d’entre eux n’ont appris qu’ils étaient rhumatisants qu’après des mois et même des années de ce séjour. Pour plusieurs même, ce n’est que quelque temps après 1 avoir quitté, et en apparence sans cause.

Il faut bien reconnaître maintenant, avec les chiffres, que l’influence prolongée du froid humide, crée des rhumatisants et non des rhumatismes; cela est d’accord avec l’opinion, un peu exagérée, que par une première attaque de rhumatisme on est constitué rhumatisant.

Nous pouvons encore aller plus loin, et dire sans trop de paradoxe, qu’on peut être rhumatisant sans avoir encore eu de manifestations sensibles. Et je crois que, réciproquement, on peut très-bien avoir un rhumatisme aigu ou des douleurs sans rester pour cela rhumatisant. Ne voyons-nous pas tous les jours des gens âgés qui n’ont jamais eu qu’une seule attaque aiguë, ou une seule fois des douleurs; il est vrai que presque toujours on retrouve, dans ces cas, une circonstance déterminante bien nette.

Mais revenons à nos exceptions. L’appareil locomoteur n’est pas le seul à présenter l’étiologie a sudore ; parmi nos réfractaires, il en est bien quelques-uns qui subissent sur un viscère la détermination pathologique, et cela, je dois le dire, n’a pas été toujours suffisamment examiné. Prenons par exemple l’un de ces sujets.

Un typographe de 32 ans, qui a la transpiration facile, habite depuis deux ans un rez-de-chaussée, sans avoir encore ressenti la moindre douleur. En revanche, depuis quelque temps, il a de l’ascite, puis de l’enflure des jambes etc...., toutes les probabilités d’une cirrhose du foie. Questionné au point de vue de l’alcoolisme, il aurait assez fortement bu de vin, à un moment donné ; mais la quantité et la durée de cet abus, si commun chez les ouvriers, ne m’avaient pas semblé suffisantes pour justifier la maladie, et de plus il ne buvait pas à jeun, ce qui pour beaucoup de médecins et pour nous, a une grande importance. J’avais donc conservé une certaine préoccupation relativement à l’étiologie de cette cirrhose; mais, en considérant la catégorie où nous retrouvons ce malade, serait-il déraisonnable de croire que, dirigée vers

le foie par un peu d’alcoolisme, la manifestation a sudore a porté exclusivement sur cet organe?

Nous relaterons plus loin deux cas qui offrent une certaine analogie avec celui-là. (Voyez au type 9 et au 32, 2me partie). Outre les manifestations viscérales encore latentes, nous pouvons croire que plusieurs n’auront de rhumatisme que plus tard; un jeune homme de 22 ans, entre autres, qui n’a encore habité l’humidité que depuis deux mois et présente un ongle fortement sudoral.

Enfin, nous avons le droit fort légitime d’admettre, comme dans toute autre maladie, la susceptibilité individuelle; c'est d’elle que dépendra surtout la précocité des manifestations rhumatismales. Pour terminer, nous mentionnerons le cas, assez rare, d’un homme qui, pendant sept ans, a couché sur la terre sans avoir jamais rien ressenti. Il m’a affirmé qu’autrefois il lui était impossible de transpirer ; toutefois, depuis quelques années, depuis, dit-il, qu’il a eu les fièvres en Afrique, il a la sudation très-facile, mais les conditions de froid humide n’existent plus pour lui maintenant.

Le rhumatisme peut être un accident chez les individus dont la peau fonctionne facilement et largement ; mais ces cas ne représentent que la minime partie des autres.

Cette digression sur l’étiologie du rhumatisme n’a pas été inutile, car nous sommes arrivés à une notion importante, celle d’un travail facile de la peau comme condition primordiale. Ajoutez à cela une humidité habituelle, et je ne me suis guère préoccupé que du logement, le sujet sera constitué rhumatisant, par ce fait, 9 fois sur 10. Tôt ou tard pourront apparaître des manifestations musculo-articulaires qui ne seront, à moins de pré-

cautions suffisantes et de changement d’habitation, que la promesse d’une série d’autres.

Il faut aussi tenir compte d’un autre élément : une fluxion vasculaire telle que celle d’une première attaque, même accidentelle, de rhumatisme, peut laisser une prédisposition à de nouvelles fluxions vers les parties qui ont déjà été affectées.; il n’en saurait être ici autrement que dans toute autre maladie. Un premier assaut peut’ laisser une brèche qui rendra un second plus facile ; tout dépendra alors de la réactivité du sujet contre les causes déterminantes futures.

Dans toutes les classes de la société il y a des rhumatisants, mais, ce qui est passé enproverbe, le rhumatisme est la maladie des classes pauvres , parce que ce sont elles, surtout dans les campagnes qui habitent les rez-de-chaussée.

Nous ne pouvons examiner tout ce qui a été écrit sur le rhumatisme, nous présentons des chiffres et en tirons les conséquences; cependant, il est une manière de voir qui, quoique récente relativement, tend à se faire accepter. Il s’agirait de faire du rhumatisme une diathèse, une dyscrasie urique, d’après cette remarque que chez les rhumatisants, le sang et l’urine contiendraient un peu plus d’acide urique (Todd), moins, toutefois que dans la goutte (Garrod, Bence Jones). Qu’on y prenne garde, ne prendrait-on pas l'effet pour la cause? L’ordre à cet égard n^est pas établi.

Dira-t-on maintenant que l’arrêt du travail de la peau empêche l’acide urique d’être éliminé et que son accumulation dans le sang est la cause du rhumatisme, ou du moins en provoque l’explosion? Mais, outre que l’urine suffirait largement à cette élimination ; comment expliquer que les gens qui ne suent jamais, et qui devraient

par suite accumuler l’acide urique, sont précisément les moins exposés à la maladie.

Après l’étude étiologique, faisons en quelques mots celle du traitement préventif.

Nous n’anémierons pas les rhumatisants par les alcalins, la maladie étant suffisamment anémiante par ellemême. Nous proscrirons le bain de. vapeur, malgré son emploi répandu, puisque les rhumatisants n’ont qu’un tort, c’est justement de trop suer, ou d’être trop susceptibles du côté de cette fonction.

En revanche, hydrothérapie, une seule minute d’eau froide tous les matins pour commencer, plus tard, deux minutes, par cette gymnastique de la peau, nous développerons la tonicité vasculaire, qu’aidera d’autre part l’emploi des toniques tannifères, tels que le quinquina pour les anémiés (1).

Ce traitement de la constitution rhumatisante est bien net : tonifier la peau et le sujet s’il en a besoin, et avant tout se garder de parésier les vaisseaux cutanés par des sudations artificielles, ou anémier le patient par les alcalins. ' |

Les précautions hygiéniques ne présentent rien de nouveau; éviter de séjourner dans un lieu frais, éviter surtout d’y prendre son repos ou son sommeil. Porter de la flanelle, non pour provoquer la sueur, mais simplement pour intercepter le contact de l’air froid.

(1) On a discrédité l’hydrothérapie par l’abus qu’on en a fait, et voici comment : les douches de cinq et dix minutes sont beaucoup trop longues, outre que l’on refroidit inutilement le sujet, on fatigue, on n’exerce plus le système vasculaire, et l’on atteint un résultat précisément opposé à celui que l’on cherche. A côté de cela (triomphe de la logique), ceux qui se refroidissent ainsi pendant plusieurs minutes, se garderont bien de s’asseoir sur un banc de pierre pendant quelques secondes : ils craignent de prendre des douleurs,

Nous ne parlerons point du traitement des manifestations du rhumatisme,, car notre statistique ne regarde que les conditions étiologiques. Nous avons considéré les rhumatisants, et non les manifestations rhumatismales.

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