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MODIFICATIONS RACHITIQUES DE LA PHALANGETTE

Pour étudier les modifications de forme que le rachitisme imprime à la phalangette, nous avons dû, à l’aide, du compas, prendre diverses mesures et établir des rapports entre ces dimensions.

Fig. 3.

La ligure 3 montre quels ont été les diamètres étudiés.

A. Mesure la largeur de l’ongle près du bord libre;

B. La longueur de la partie visible de l’ongle.

M et N sont les longueurs visibles de la phalangette d’une part, et des deux autres phalanges (phalange et phalangine) réunies, d’autre part.

T est le diamètre transversal pris, sans pression aucune, au niveau de l’extrémité articulaire.

(1) Gazette médicale. 1834, t. II, Rachitisme des enfants.

V est l’épaisseur du doigt, prise également sans pression, au niveau du bord de la lunule ou au bord supérieur de la partie visible de l’ongle, quand la lunule est cachée ou absente ; la direction de ce diamètre est antéro-postérieure, de la face dorsale de l’ongle, à la face palmaire du doigt.

Pour 400 individus examinés de cette manière, et mis en tableau, 5 rapports ont été établis entre les dimensions prises.

En regard des rapports de chaque sujet, ont été chiffrés les divers degrés de déformations rachitiques observées.

D’après cela, ont été établies des comparaisons dont nous ferons grâce au lecteur, pour passer de suite aux résultats.

1° Rapport TV. — L’épaisseur relative du doigt, prise au niveau de la lunule, est moindre chez les rachitiques que chez les autres . Elle est au maximum dans les doigts hippocratiques.

2° Rapport M N. — Ce rapport mesure la longueur de la phalangette comparativement à celle du doigt. Elle est plus courte pour les doigts rachitiques que pour les autres.

Ce rapport, qui mesure le rachitisme de la phalangette, n’est point en rapport avec les déformations des jambes ; mais il est une assez bonne mesure du rachitisme général.

3° Rapport MR, — Il représente la longueur de l’ongle relativement à celle de la dernière phalange.

La partie découverte de l’ongle est plus courte chez les rachitiques.

Ici apparaît un fait intéressant, c’est que, pour des types nettement rachitiques, la longueur de l’ongle est en rapport avec la fréquence du rachitisme dentaire.

La partie découverte de l’ongle correspond au corps de l’os, à la partie non spongieuse. Ce corps est d’autant plus long que le rachitisme paraît plus tard, et par suite, sera plus à même d’influencer la seconde dentition.

D’après nos autopsies , c’est la portion épaisse de l’ongle qui se raccourcit dans le doigt court ou rachitique; et la portion mince ou cachée se raccourcit beaucoup moins. La lunule tend plus à remonter dans les doigts rachitisés que dans les autres; par suite, l’oscillation, que présenté le derme ou repli sus-unguéal, cachera la lunule bien plus souvent chez les rachitiques. Si nous comparons les doigts de la série 17 à 27, avec les formes normales de 1 à 16 Sis (qui contiennent cependant beaucoup d’ongles courts), nous trouvons que le nombre des lunules, pour le médius, est 8 p. 100 dans le premier groupe, et 40 p. 100 dans le second.

Si l’on vient à considérer les doigts des jeunes enfants, le médius notamment, on sera frappé de l’analogie de forme qu’il présente avec les types 17, 18, 22 et approchants. Faisant deux catégories de nos rachitiques, la première répondant aux types infantiles, 17 et suivants; la seconde, aux types 1 à 16 bis , nous trouvons, pour les

Fig. 4,

sujets qui ont pu préciser l’âge auquel ils avaient marché, 23 mois en moyenne pour le premier groupe, et 19 pour le second.

La série de 17 à 27 répond donc à un retard sensiblement plus marqué, à un rachitisme plus grave, que la série des types normaux de 1 à 16 bis .

La main de l’enfant est potelée, la phalangette de l’adulte rachitique est courte, toutes deux on l’ongle court; telles sont les causes de ressemblance.

4° Rapport M T . — Ce rapport mesure l’apparence plus ou moins effilée de la phalangette; il est très-variable ; cependant le doigt est généralement plus large pour les rachitiques nets; le rachitisme n’a pu que gonfler et raccourcir l’os qui en est la charpente.

5° Rapport ol. — Le rapport a , ou coefficient de l’ongle , est le quotient de sa longueur B par sa largeur A.

Plus l’ongle sera court, plus il sera rachitique, plus a sera petit. De toutes les dimensions que nous avons prises, c’est a qui suit le mieux les degrés de l’affection rachitique.

Tous mes sujets ont été rangés en quatre classes, de valeur croissante, établie sur le total des déformations rachitiques. Et, il se trouve que ce sont les déformations excessives des jambes qui ont élevé le total.

Le rapport a n’est, pas plus que les autres chiffres, en rapport avec les déformations des jambes; mais, en revanche , il répond à celles des autres parties qui, comme les bras, n’ont point subi d’influences étrangères à la maladie proprement dite.

Cette circonstance que ce sont les déformations des

jambes qui ont surtout fourni les degrés supérieurs de ma classification, confirme d’une manière assez nette la loi établie par J. Guérin : les jambes sont davantage et plus souvent déformées que les autres parties du corps.

Je dois ajouter que ces déformations sont très-capricieuses, et qu'elles sont rarement en rapport avec les traces laissées sur les autres parties ; d’après mes résultats, force est d^attribuer à des circonstances étrangères au rachitisme, l’excès souvent considérable que présentent les altérations des jambes sur celles des autres parties.

Si, par exemple, j’examine les types infantiles 17 et suivants dans la deuxième classe (rachit. net), et dans la quatrième (rachit. très-accentué), je trouve dans le premier cas: jambes 115 et bras 81; dans le second: jambes 357 et bras 87. La troisième classe est intermédiaire entre les deux précédentes.

Peut-on rattacher à une cause unique et bien déterminée cette prédominance du côté des jambes? Je ne le » vois pas. Dans ma quatrième classe (r. très-accentué), plus des deux tiers des sujets n’ont marché que tard, de 18 mois à 4, 5 et même 6 ans ; quelques-uns ont marché de bonne heure et n’ont jamais été arrêtés, mais seraient restés boulots (1) pour ne grandir, tout d’un coup, qu’à 15 ou 18 ans; enfin un petit nombre auraient été arrêtés après un commencement de marche précoce. Voilà bien des conditions différentes dans lesquelles les jambes se sont fortement déformées. On a invoqué, séparément, il

(1) Nous emploierons souvent cette expression familière , parce qu’elle traduit bien la pensée des malades, et est assurément comprise de tout le monde.

est vrai, soit la marche persistante, soit l’action musculaire, pour ceux qui n’avaient pas encore marché, soit la manière de porter les enfants ou l’habitude fréquente, quand les jambes sont insuffisantes, de laisser les petits malades à terre, où ils prennent certaines attitudes. Toutes ces causes sont admissibles et, de plus, observées tous les jours; toutefois l’influence toute-puissante de la marche doit être reconnue pour ces cas nombreux où les sujets ont marché de bonne heure, n’ont jamais été arrêtés, et portent des déformations indéniables des jambes. La maladie n’a pas été assez intense pour empêcher la marche ; le poids du corps et l’action musculaire, entretenue par l’exercice, ont agi efficacement, et souvent beaucoup, sur des os à peine malades; et, avec cela, les bras, qui n’ont pas été soumis aux mêmes influences, n’ont presque rien. Il y a là une langueur de la nutrition générale que nous retrouverons plus loin, car deux faits s’y ajouteront : le développement de la scrofule et l’altération rachitique des dents.

Si maintenant, laissant de côté les déformations des jambes, j’examine les rapports établis sur les dimensions de la phalangette, je trouve une grande uniformité entre des types semblables d’une part, et pour des marques peu différentes du côté des bras d’autre part.

Voici un petit tableau qui résume assez heureusement les faits principaux que nous avons signalés.

Prenons, pour nous dégager des nuances, une série de phalangettes nettement rachitiques et par la forme et par les dimensions, les types 17 à 27, par exemple. Il est clair que, dans chaque classe, ces types seront d’autant plus nombreux que le rachitisme des doigts sera plus accentué.

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