‹ Modifications du liquide céphalo-rachidien chez 100 malades internes pour troubles mentaux alcooliquesChapitre 10 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le présent travail est la suite de recherches que M. le Docteur DUBLINEAU et nous-même avons entreprises depuis décembre 1938 sur les malades du Service spécial des Alcooliques de la Préfecture de la Seine.

Dans une première série de recherches que nous nous permettons de rappeler brièvement d’abord, nous avons Crû pouvoir insister, après d’autres auteurs, sur l’importance du terrain dans l’éclosion des troubles psychiques de l'alcoolisme chronique.

D’importants travaux récents (1) ont attiré l’attention sur le rôle de divers facteurs infectieux, endocriniens, dysmétaboliques dans le déclenchement de la polynévrite alcoolique.

Malgré leur très grand intérêt nous ne pensons pas que ces facteurs tiennent dans la genèse des troubles mentaux, la place prédominante qu'ils occupent dans la pathogénie de la polynévrite.

L’alcoolique d’asile, en effet, n’est pas l’alcoolique d'hôpital. Tous deux semblent, chacun dans sa ligne, voués à une certaine série de troubles qui se combinent rarement aux troubles de la ligne adverse.

Mais il est plus difficile de déterminer pourquoi un buveur se trouve aiguillé dans la ligne psychopathique.

(1) H.-P. KLorz. La polynévrite alcoolique (Thèse Paris 1937).

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Avec M. le Docteur DUBLINEAU, nous nous sommes efforcé, par la publication de quelques cas ou séries de cas de préciser la nature du terrain.

Nous insistions :

1° Sur l’existence d’un facteur congénital, le type caractériel paraissant entrer en ligne de compte dans la détermination et le genre des troubles.

2° Sur la présence de facteurs acquis : syphilis, traumatisme cranien, paludisme, hypertension, dans les antécédents de nombre de buveurs internés.

Systématisant nos recherches, nous établissions par la suite, sur une série de 100 sujets entrés au service spécial des alcooliques, le bilan de ces malades au point de vue de leur passé, congénital ou acquis, et de leurs symptômes (y compris la recherche de la syphilis humorale).

Dans ce travail, qui parailra incessamment (2) était rappelé l'importance de l’intrication des facteurs acquis et congénitaux que nous venons de signaler et du terrain qui conditionne la nature et la durée des troubles psychopathiques.

Restait à compléter ces recherches par une étude du liquide céphalo-rachidien. Or, les résultats des ponctions lombaires, chez les malades ayant fait l’objet de précédentes recherches, avaient attiré notre attention à la fois sur la fréquence et la complexité pathogénique probable des modifications liquidiennes

(2) L'Encéphale (sous presse).

observées. Un examen systématique de ces dernières nous paraissait donc s’imposer.

Comme on le verra dans l'historique, nombre de travaux sur le liquide céphalo-rachidien chez les alcooliques ont considéré l’alcoolique en soi, sans trop faire le départ entre ce qui revenait au terrain congénital ou acquis, ou à l’alcool proprement dit.

Ce que nous voudrions, au contraire, c’est discuter les résultats obtenus par rapport à ce terrain. Dans quelle mesure interviennent syphilis, paludisme, traumatisme cranien, hypertension, facteurs héréditaires ou congénitaux ?

Peut-on, dans l’état actuel des choses, aboutir à une conclusion Sur l’origine de ces modifications liquidiennes ?

Nous avons donc examiné le L.C.R. chez 100 malades internés avec le diagnostic d’alcoolisme chronique, afin de préciser la fréquence des modifications liquidiennes at de les étudier dans leur coexistence avec les divers antécédents si souvent trouvés chez ces malades.

Ainsi cette étude concerne des malades internés depuis quelques jours, pour des troubles mentaux alcooliques. Sont éliminés, par conséquent :

1° les sujets à la phase aiguë ou subaïiguë, plus ordinairement observés dans les services libres ou à Infirmerie Spéciale de la Préfecture qu’à l'asile, ainsi que les cas d’ivresse ou d’accès subaigus non suivis d’internement;

2° les alcooliques d’hôpital à symptomatologie essentiellement neuro-hépatique.

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Les examens de laboratoire mentionnés dans ce travail ont été pratiqués à l'Hôpital Henri-Rousselle. Ils ont porté sur :

— le dosage de l’albumine,

— Jes réactions de Pandy et Weichbrodt,

— la numération des leucocytes,

— a réaction du benjoin colloïdal.

— la réaction à l’elixir parégorique,

— les réactions de Meinirke et Bordet-Wassermann.

Tels sont, avec la mesure de la tension rachidienne au manomètre de Claude, les seuls renseignements recueillis sur ces liquides.

Nous n’avons pas, en effet, l'intention d'aborder tous les problèmes que soulève l’étude du L.C.R. dans l’alcoolisme.

Ceux-ci sont très nombreux et du plus grand intérêt, croyons-nous, Car leur solution apporterait un éclaircissement à la pathogénie encore assez obscure de l’alcoolisme neuro-psychique.

Nous laisserons donc de côté un certain nombre de recherches telles, par exemple, celle des polypeptides, étudiée par quelques auteurs (3) et discutée lors du Congrès des Médecins aliénistes et neurologistes de Langue française de 1937 (4).

De même, la question de la présence et du dosage de l'alcool dans le L.C.R. et des conclusions qu’on

(3) CLAUDE, MASQuIN, DUBLINEAU et Mlle BonnarD (Presse Médicale 1932).

(4) Cf. Discussion, p. 118 du compte rendu.

peut en tirer sur l’accoutumance à l’alcool après les travaux de Gréhant, Nicloux, Balthazard, etc., a fait l’objet de la thèse d’Ythier, de Lorre, puis d’Esparceil. Plus importante encore peut-être serait l’étude de la perméabilité méningée chez les alcooliques. Les examens de Hauptmann (5) au cours du delirium tremens, l’étude expérimentale de Stern et Lokschina (6) montrent la possibilité de l’augmentation de la perméabilité méningée sous l’influence de lalcool. Certains faits personnels, trop peu nombreux et trop discutables pour que nous puissions en faire état nous laissenit croire que cette augmentation existe de façon notable chez l’alcoolique chronique.

Après un chapitre d'historique nous exposerons d’abord les principales caractéristiques se dégageant de l’ensemble de nos observations, puis les données relatives à l’albuminose, à la réaction du benjoin colloïdal, aux modifications de la tension rachidienne, et aux autres examens.

On trouvera ensuite les observations, que nous avons réunies en plusieurs tableaux afin d'en rendre la lecture plus facile.

(5) HAUPTMANN. Deuts. Zeits. f. Nerven, 1927, p. 91. (6) STERN et Loxscxina. C. R. Soc. Biol., 16 fév. 1929, p. 465.

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