‹ Modifications du liquide céphalo-rachidien chez 100 malades internes pour troubles mentaux alcooliquesChapitre 12 sur 35 · LES MALADES EXAMINES · texte numérisé non relu

LES MALADES EXAMINES

1°. — Le choix des malades

Le service spécial des alcooliques de la Préfecture de la Seine ne reçoit pas uniquement des alcooliques. Un assez grand nombre de malades y sont internés qui présentent des affections psychiatriques sans rapport avec l’alcoolisme. Ils ont élé éliminés ainsi que ceux chez lesquels l’alcoolisme n’intervenait qu’au titre d'appoint.

De même, les sujets qui pouvaient ètre considérés comme des alcooliques certains maïs qui étaient également maniaques ou déprimés, schizophrènes, paralytiques généraux, etc., n’ont pas été retenus.

Tous les malades de cette étude sont donc entrés comme alcooliques chroniques. À deux ou trois exceptions près, tous les certificats les concernant débutent par « alcoolisme chronique ».

(Ces exceptions étant dues à ce que l’alcoolisme chronique était impliqué dans un diagnostic de syndrome de Korsakoff par exemple, ou, dans un autre cas, au fait que les renseignements recueillis ne permettaient pas encore, devant un syndrome de confu-

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sion mentale, de l’attribuer certainement à l’alcoolisme).

Si ces malades sont également des syphilitiques, des traumatisés craniens, d’anciens paludéens, etc. ce sont là des faits qui ont dû être recherchés et qui ne se trouvaient généralement pas mentionnés dans le certificat d'entrée. Nous nous sommes, bien entendu, interdit un choix parmi ces alcooliques, et, dans le cadre des conditions précédentes, nous avons retenu l’observation de tous les alcooliques entrés dans le service du 12 avril au 26 juillet 1939, puis du 26 septembre au 25 octobre de la même année.

Nous ne reviendrons pas en détail sur les antécédents qui ont été déjà étudiés dans diverses publications antérieures. Mais nous désirons, toutefois, les passer en revue chez les malades de cette statistique, dans le but de confirmer les chiffres précédents, d’une part, et d’insister sur les possibilités de leur répercussion sur le liquide céphalo-rachidien, d’autre part.

2°. — Age des sujets

Voici la répartition des malades suivant l’âge : — 8 cas de 20 à 30 ans.

— 40 cas de 30 à 40 ans.

— 31 cas de 40 à 50 ans.

— 2 cas entre 60 et 65 ans.

Mais 34 de ces sujets ont déjà présenté des troubles mentaux alcooliques ayant nécessité un internement ou un séjour dans un service ouvert. Or, c’est l’âge auquel les premiers troubles mentaux sont sur-

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venus qui fournit les indications les plus intéressantes. Celui-ci se trouvait :

— 15 fois entre 20 et 30 ans.

— 40 fois entre 30 et 40 ans.

— 27 fois entre 40 et 50 ans.

— 16 fois entre 50 et 60 ans.

— 2 fois entre 60 et 65 ans.

On voit donc que les premières manifestations mentales de l’alcoolisme apparurent entre 30 et 50 ans dans 67 % des cas, ce qui concorde avec le chiffre de 66 % trouvé dans les mêmes conditions dans une précédente statistique (1).

Par contre, la période de cinq ans dans laquelle le début des troubles mentaux est le plus fréquent se situe très nettement entre 35 et 40 ans dans notre statistique (29 % contre 13 % entre 40 et 45 ans) alors qu’elle est, pour SIMON, entre 40 et 45 ans (2).

Chaque fois que nous avons pu faire préciser au malade la date approximative des premiers excès alcooliques, ceux-ci se situaient pendant, ou immédiatement avant ou après, le service militaire. Il semble donc qu’il faïlle, en moyenne, une intoxication quotidienne pendant 10 à 20 ans avant de voir éclore les accidents psychopathiques de l’alcoolisme.

C’est après une durée d’intoxication égale que survient, d’ailleurs, la polynévrite alcoolique (3).

() (A paraître dans l’Encéphale).

(2) Congrès des Al. et Neur. de L. Fr. 1937. Discussion du Rapport de BARGUES, p. 114.

(3) H.-P. Kzorz. La polynévrite alcoolique (Thèse Paris 1937, p. 25).

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Parmi les facteurs qui réduisent cette période de latence, l’hérédité, tant psychopathique qu’alcoolique, nous paraît avoir une place importante. En effet, sur 27 cas dans lesquels ces antécédents ont été retrouvés {2 cas d’hérédité alcoolique, 11 cas d’hérédité psychopathique, 4 cas d’hérédité à la fois alcoolique et psychopathique), on trouve 12 fois avant 35 ans les premiers troubles mentaux, soit dans 45 % des cas alors que le chiffre corerspondant est de 21 % seulement dans la statistique générale.

3°. — Motif d'entrée

La liste des motifs d’internement s’établit ainsi : — Dans 41 cas, il s’agissait d’un épisode confusoonirique simple.

— Dans 15 cas, d’un épisode confuso-onirique associé :

— à des hallucinations auditives : 6 fois; — à des troubles graves du caractère et du comportement : 5 fois; — à des idées de persécution plus ou moins systématisées : 2 fois; — à des crises convulsives : 2 fois.

— Dans 25 cas, de troubles du caractère et du comportement.

— Dans 5 cas, de troubles du caractère associés : — à des hallucinations auditives : 1 fois; — à des idées de persécution : 1 fois; — à des crises convulsives : 1 fois;

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— à un affaiblissement intellectuel : 2 fois.

— Dans 5 cas, d'ivresse délirante chez un alcoolique avec troubles du caractère.

— Dans 4 cas de delirium tremens.

— Dans 4 cas : d’idées de persécution, avec hallucinations auditives dans deux.

— Dans un cas, enfin, d’un syndrome de Korsakoff.

La prédominance des épisodes aigus ou subaigus (60 % des cas) sur les troubles du caractère (25 %) établit une proportion inverse à celle que nous avions trouvée précédemment (4).

Peut-être faut-il invoquer la différence de saison et surtout l’augmentation des excès alcooliques qui a suivi la mobilisation générale et le début de la guerre pour expliquer la plus grande fréquence des accès subaigus. Presque tous les malades internés depuis septembre l’ont été, en effet, pour confuso-onirisme.

Sur les 10 cas dans lesquels il existait, à l’entrée, un syndrome d’automatisme mental plus ou moins complet, nous avons trouvé une fois un pouls normal, quatre fois un pouls nettement ralenti (56, 58, 60, 60 pulsations par minute). Ces cinq observations (n°° 12, 20, 49, 60 et 76) répondent donc au syndrome d’alcoolisme subaigu avec pouls normal ou ralenti décrit par HEUYER et LACaAN (5). Deux de ces malades se sont rapidement améliorés, mais les trois autres conservent toujours, après 8 à 10 mois de séjour, des phénomènes d’automatisme mental actifs. Ce curieux

(4) Dans une statistique qui paraîtra dans l’Encéphale. (5) Ann. Méd. Psych., nov. 1933, n° 4.

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syndrome mériterait une étude plus approfondie car il correspond à un type très spécial de malades, chez lesquels nous avons retrouvé, ainsi que le signalaient les auteurs qui l’ont décrit, la fréquence des idées mélancoliques (avec tentative de suicide dans l’un des cas).

4°, — Aveux de boisson

Nous éliminerons d’abord 3 cas dans lesquels les malades niaient systématiquement et avec une mauvaise foi évidente l’absorption de toute boisson alcoolisée alors que les renseignements recueillis les révélaient ivrognes invétérés (le premier avait déjà été interné pour alcoolisme, le second mis à la retraite et le dernier radié du chômage pour ivresse).

Sur les 97 cas qui restent, on trouve, d’après les aveux du malade, rectifiés, quand il y a lieu, par les déclarations de la famille :

— 23 fois du vin rouge seulement, avec une moyenne quotidienne de 2 litres dans 12 cas, de 2 à 3 litres dans 7 cas, de 3 à 4 litres dans 2 cas, de plus de 4 litres dans les deux derniers cas.

— 3 fois de 2 à 5 litres de bière, avec dans deux de ces cas des apéritifs et des cafés arrosés.

— 1 fois de 3 à 4 litres de cidre, avec cafés arrosés.

En dehors de ces cas, il s’agit d'associations suivant des proportions variables de vin rouge avec un ou plusieurs autres éléments : vin blanc, bière, cidre, cafés arrosés, apéritifs.

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C’est donc, avant tout, le vin rouge qui est à la base de lintoxication alcoolique, pour ces buveurs de la région parisienne, tout au moins. Il se retrouve dans 93 cas et il s’agissait d’une consommation quotidienne :

— de 1 à 2 litres dans 30 cas;

— de 2 litres dans 36 cas;

— de 2 à 3 litres dans 12 cas;

— de 3 litres dans 9 cas;

— de plus de 3 litres (jusqu’à 12 litres dans l’observation n° 32) dans 6 cas.

Dans 31 cas, on obtient l’aveu d’apéritifs quotidiens ne dépassant deux par jour que dans 7 cas. Dans 11 autres cas, la consommation d’apéritifs était hebdomadaire.

Les malades se défendent d’ailleurs de boire des apéritifs et l’aveu en est moins facile que celui de deux ou trois litres de vin rouge par jour considérés comme la ration normale du travailleur.

Malgré cette réticence devant l’aveu des spiritueux, tous les renseignements s’accordaient pour limiter les excès du malade uniquement au vin rouge dans de nombreux cas. Nous avons la conviction que celui-ci peut, à lui seul, être à l’origine de troubles mentaux alcooliques.

Le vin blanc conserve la détestable réputation que nous avions déjà signalée (6). La quantité absorbée se chiffre ici par verres, pris le matin de préférence,

(6) (Dans une statistique qui paraîtra dans l’Encéphale).

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et les malades l’accusent, avec des expressions identiques et parfois très imagées d'accentuer le tremblement et d’être beaucoup moins bien toléré. « Il me fait sucrer les fraises », nous disait l’un d’eux. Notons enfin que dans l’observation n° 87, le malade, d’origine slave, absorbait de l’alcool à brûler, sans qu’on ait pu lui faire préciser la quantité qu’il ingérait.

Il est bien évident que l’on ne doit accorder aux chiffres ci-dessus qu’une valeur relative. On doit tenir compte, non seulement de la mauvaise foi possible du malade et de sa famille, mais encore du fait que les buveurs évaluent difficilement leur consommation moyenne et que celle-ci est sujette à des variations fréquentes et parfois considérables.

5°, — Antécédents d’alcoolisme

On retrouve l'existence de soins antérieurs pour troubles mentaux alcooliques chez 34 de nos malades.

— 4 ont été traités dans des services ouverts.

— 21 ont été internés une fois.

— 2 ont eu un séjour dans les hôpitaux et 1 internement.

— 2 ont été deux fois internés.

— 2 ont subi trois internements.

Six malades avaient eu des contraventions pour ivresses, trois avaient été renvoyés de leur emploi pour le même motif. Nous ne nous attarderons pas sur les signes d’imprégnation alcoolique (pituites, insomnies, cauchemars, crampes, etc), fréquemment retrouvés.

Par contre, nous voudrions insister sur la rareté des troubles hépatiques dans les antécédents comme dans le tableau clinique de ces alcooliques : un seul de nos malades avait présenté un début de cirrhose atrophique avec hématémèse deux ans auparavant (obs. n° 32). Nous n’avons jamais trouvé en dehors de ce cas, d’hémorragies, d’œdèmes, d’ascite. Les deux ictères que l’on peut noter sont survenus l’un à 14 ans, l’autre à 28 ans chez un malade qui en a actuellement 47.

Sans doute, on trouve dans 24 cas une modification apparente, jamais très marquée, du volume du foie (augmenté dans 20 cas, diminué dans 4). Deux fois, on note également un météorisme abdominal assez marqué — et trois fois un subictère conjonctival — mais là se bornent les signes cliniques d’atteinte hépatique.

Or, les explorations fonctionnelles (7) et les examens anatomo-pathologiques (8) révèlent une atteinte discrète du fonctionnement hépatique et par contre des lésions histologiques souvent considérables chez ces malades. IL faut donc admettre avec Mar- CHAND <« qu’il s’écoule une période de latence très longue entre le début anatomique et le début clinique de l’affection hépatique ».

Notons enfin que l’on retrouve dans un seul cas (Obs. n° 9) l’existence d’une polynévrite antérieure.

(7) Mlle TrucHE (thèse) et BARGUESs, Rapport au Congrès des Alién. et. Neurol. de L. Fr. 1937.

(8) L. MARCHAND, Maladies mentales, p. 25 et p. 38.

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6°. — Antécédents héréditaires et collatéraux

Nous avons relevé un alcoolisme parental dans 16 cas :

— 12 fois il s’agissait du père seul.

— 2 fois du père et de la mère.

— 2 fois du père, du grand-père et des oncles.

Il existait donc un alcoolisme chez les ascendants, dans 1/6 des cas environ, chiffre déjà trouvé dans notre précédente statistique, et très inférieur aux 76% à 97 % signalés dans les diverses statistiques citées par LEGRAIN (9).

IL exisait dans 15 observations des antécédents familiaux psychopathiques :

— 4 fois un des parents suicidé.

— 1 fois un frère suicidé.

— 2 fois un des parents internés.

— 5 fois un frère ou une sœur internes.

— 3 fois un oncle ou un cousin germain internés.

Dans 6 cas, il y avait coexistence d’alcoolisme et de psychopathie chez les ascendants. Dans l’observation N° 5, le pere est mort de cirrhose alcoolique, la mère s’est pendue. Dans l'observation N° 62, le grand-père paternel alcoolique, s’est pendu; un oncle paternel, alcoolique, s’est également pendu; le père alcoolique, est atteint de cirrhose; deux frères sont alcooliques et une sœur épileptique.

Sept de nos malades étaient enfants naturels.

Dans 14 cas on note plusieurs frères ou sœurs mort-

(9) LEGRAIN. Hérédité et alcoolisme (Doin, 1888).

nés ou morts dans les premiers jours. Quatre fois leur nombre s'élevait à 5 et deux fois à 10.

Parmi la descendance des malades, on relève huit fois de 1 à 4 fausses-couches de la femme; huit fois de 1 à 2 enfants mort-nés et deux fois des enfants hydrocéphales, arriérés, ayant présenté des convulsions.

7°, — Antécédents sociaux

Ainsi que nous l’indiquions dans un travail précédent, les antécédents sociaux sont encore le meilleur reflet des troubles caractériels de ces sujets. Ceux-ci précèdent, de longue date parfois, les excès alcooliques. Bien souvent ces malades ont été des enfants difficiles. Dans quatre de nos observations (N°* 46, 64, 67, 76) la première condamnation a été prononcée de 15 à 19 ans et le placement en maison de correction suivi deux fcis de fugues. Le service militaire de ces sujets a été effectué aux bataillons, d'Afrique où trois d’entre eux ont contracté le paludisme et l’un de ceuxci un chancre. Nombreuses aussi sont les observations dans lesquelles les premières sanctions (conseil de guerre, peines de prison, etc.) survinrent au régiment.

Après avoir été des enfants difficiles, ces individus deviennent des « adultes difficiles » chez lesquels l'instabilité professionnelle et les actes anti-sociaux sont couramment observés.

Chez 18 malades nous avons obtenu l’aveu de con-

damnations, dont 4 en conseil de guerre pour coups à un supérieur, insoumission, désertion.

Dans huit cas, il existait plusieurs condamnations (de 2 à 8) pour des motifs divers : vols, coups et blessures, vagabondage, grivèlerie, etc... L’une d’elle avait été prononcée pour outrages aux mœurs et nous signalerons à ce sujet que l’un de nos malades était souteneur et quatre autres pédérastes.

Au chapitre, nous rattacherons également la fréquence du tatouage qui se retrouve chez 28 de ces sujets, depuis les trois ou cinq points à la base du pouce jusqu'aux fresques ne laissant que de rares intervalles de peau libre.

Chez l’un de nos malades ayant présenté le syndrome individualisé par Heuyer et Lacan (alcoolisme subaigu avec automatisme mental et pouls ralenti), les tatouages apportaient d’une façon pittoresque et indélébile, la preuve de la précocité des tendances dépressives. Envoyé à 16 ans en maison de correction pour récidive de vol, ce sujet se fit tatouer par un camarade les inscriptions : « L’avenir me tourmente » sur le poignet gauche, &« Pas de chance » sur la poitrine. La première phrase, moins banale que l’autre, est très caractéristique et exprime des craintes malheureusement trop fondées. (Obs. N° 64.)

En ce qui concerne le chômage, la ‘thèse récente de Rallu a montré que, contrairement à l'opinion de certains auteurs, il ne semblait pas un facteur direct d’alcoolisme.

Toutefois, il nous semble intéressant de noter que

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37 de nos malades étaient, au moment de leur internement, en chômage depuis une période allant de 6 mois à 10 ans et plus (certains malades comme celui de l’observation N° 2 n'ayant pratiquement jamais travaillé depuis la guerre 1914-1918). Le chômage, malgré la réduction du pouvoir d'achat qu’il entraîne, semble impuissant à réduire la consommation de vin chez les alcooliques chroniques. Il résulte d’ailleurs assez fréquemment de l’impossibilité dans laquelle le malade se trouve de rester dans un emploi stable, à cause de ses troubles caractériels, de son instabilité professionnelle aggravée par les ivresses et la diminution de la capacité de travail qu'entraîne l’alcoolisme chronique.

8°. — Antécédents pathologiques a) LES TRAUMATISMES CRANIENS.

On a déjà insisté sur la fréquence des traumatismes craniens chez les alcooliques (17 % des cas dans une statistique portant sur 832 alcooliques) (10). Nous les retrouvons dans 24 cas, dont :

— 2 cas suivis de trépanation.

— 2 cas avec coma d’un à deux jours.

— 1 cas avec surdité consécutive.

— 5 cas avec perte de connaissance de plus d’une heure.

(0) Mienor, Ann. Méd. Psych. 1933, tome I, p. 300.

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Dans les autres cas, il y avait en général une perte de connaissance de quelques instants. Toutefois, lorsque le traumatisme était suffisamment important, nous avons fait entrer dans le chiffre ci-dessus des cas où elle n’a pas existé. Dans une de ces observations il s’agit, par exemple, d’un malade ayant par deux fois fait une chute libre de la hauteur du 2° étage sur la tête et qui affirmait n’avoir subi aucune perte de conscience à la suite de ces chutes. Or nous avons le souvenir d’un malade que nous avons pu observer chez notre Maître le Professeur Agrégé Petit-Dutaillis et dont l’observation a été publiée (11).

Cet homme de 33 ans était venu consulter pour une céphalée très douloureuse : cinq mois auparavant, roulant à bicyclette, il s'était heurté à un autre cycliste et avait reçu un coup assez fort dans la région fronto-pariétale gauche. Il y eut un hématome local léger, une courte période d’obnubilation, une céphalée passagère, mais pas de perte de connaissance et, pendant cinq mois, aucun symptôme anormal ne s’était manifesté. L'intervention révélée nécessaire par l’encéphalographie et les divers examens pratiqués montra l’existence d’une poche de méningite séreuse comprimant le pôle frontal gauche et permit une guérison parfaite. Ce cas illustre bien la possibilité pour un traumatisme de moyenne importance, non suivi de perte de connaissance, de‘provoquer des lésions qui peuvent rester latentes de longs mois. Mé-

(1) Perrr-DurarLzis et SIGWALD, Revue Neur. 1937, tome I, p. 294.

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me après plusieurs années on peut supposer que les lésions cicatricielles sont capables de jouer un rôle dans la genèse des troubles neuro-psychiques.

« Nous ignorons complètement le rôle lointain que peut jouer sur le dynamisme de la vie mentale un traumatisme cérébral diffus ne laissant aucune séquelle neurologique. Ne voit-on pas l’épilepsie avec ses accidents convulsifs et psychiques apparaître très longtemps après les commotions cérébrales et personne ne conteste le rapport de causalité » (12). Or, quels sont les arguments qui permettront de rapporter des troubles mentaux aussi bien que neurologiques à un traumatisme antérieur ? Avant tout les résultats de l'examen du liquide céphalo-rachidien que nous retrouverons à la discussion de nos résultats.

b) LE PALUDISME.

« Chez les alcooliques mentaux le paludisme est d'observation si banale qu’il joue certainement un rôle dans la pathogénie complexe des délires toxialcooliques » écrit MIGNOT qui trouve 12 % de paludéens sur 832 buveurs (13). Sur nos 100 cas ce facteur est noté 19 fois. On peut se demander si c’est l’atteinte hépatique du paludisme qui rend ces malades plus sensibles à l’intoxication alcoolique ou bien si c’est le « complexe instinctivo-moteur » (14) qui, dans ses formes extrêmes d’instabilité sociale et d’amoralité, pousse ces malades à l’engagement dans les troupes

(12) MarcHan»p, Maladies Mentales, p. 302.

(13) MicnorT, Ann. Méd. Psychol. 1933, tome I, p. 300. (14) DuBLiINEAU et DUCHÊNE. Ann. Méd. Psych., juin 1939, p. 89.

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coloniales, à l’expatriement, à des actes anti-sociaux qui les mèneront aux bataillons d'Afrique ou aux travaux publics : ils vont chercher leur paludisme et celui-ci devient, au même titre que l’alcoolisme, une conséquence des troubles du caractère de ces malades.

c) LA SYPHILIS.

Dans 13 cas nous avons découvert une syphilis certaine chez nos malades :

— Dans 4 cas nous avons eu la notion d’un chan-

cre datant de 3 à 25 ans;

— dans 7 cas, d'accidents cutanés ou de réactions positives au cours d’un examen systématique, de 1 à 22 ans et, dans un cas, 32 ans auparavant. (Observation N° 68); ,

— dans 2 cas les réactions furent trouvées positives dans le sang à l’entrée dans le service.

Nous n’avons pas tenu compte des cas douteux tel celui de l’observation N° 84 (aortite avec insuffisance aortique chez un homme de 40 ans), ceux dans lesquels de nombreux stigmates et une mortalité collatérale élevée évoquait l’hérédo-syphilis, ni de ces trois cas (Obs. N°° 90, 98 et 99) dans lesquels la réaction de Meinicke est devenue sub-positive dans le liquide céphalo-rachidien à la troisième ponction.

Dans quatre cas (Obs. N°° 7, 34, 61, 76) il existait cette association de syphilis et de paludisme qui, on le sait, se retrouve fréquemment dans les formes frustes de syphilis nerveuses (15). Nous n’insisterons pas

(5) DugziNEAU. Ann. Méd. Psych., février 1956.

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ici sur les modifications du liquide céphalo-rachidien dans les formes cliniquement inapparentes de cette dernière (16). Ce sera là un deuxième facteur dont il faut tenir compte dans l’étude du liquide céphalorachidien de nos malades.

d) HYPERTENSION ARTÉRIELLE.

La question du rôle de l’alcoolisme dans la pathogénie de l’hypertension artérielle a été et reste très discutée (17).

Que ce soit l’alcoolisme qui mène à l’hypertension par artério-sclérose (18), par atteinte de la surrénale (11), ou, ainsi que deux observations récentes en ont suggéré la possibilité, par névrite du système dépresseur (2), que ce soit l'hypertension qui favorise l’alcoolisme (sujets pléthoriques, gros mangeurs et grands buveurs), que les deux phénomènes ne soient pas directement dépendants, un fait clinique nous apparaît incontestable : la grande fréquence de l'hypertension artérielle chez les alcooliques chroniques.

Signalons que, dans son étude sur l’hypertension artérielle pseudo-tumorale, DEREUX (21), à propos de l’étiologie, écrit : « Nous avons eu l’impression dans un de nos cas que l’intoxication éthylique avait une action sur l’apparition des accidents ».

(16) P. RaAvauT, Une nouvelle syphilis nerveuse (Masson 1934). (17) GALLAVARDIN, « La tension artérielle en clinique », p. 621. (18) C. Lran. Bull. Ac. Méd., 9 nov. 1915.

(9) H.-P. KLoTz. « La polynévrite alcoolique » (Thèse Paris 1937, p. 45 et 63).

(20) Et. May et Mme BROUET-SAINTON, Soc, Méd. Hôp., 22 janvier 1937, p. 103. — L. River et W. AuBRUuN, Soc. Méd. H6p., 29 janvier 1937, p. 155.

(21) DEREUXx. Presse Médicale, 15 sept. 1937.

Pour les malades de cette étude nous avons mesuré la tension artérielle à deux reprises au moins, à l’entrée et au certificat de quinzaine.

Lorsque des mesures ultérieures sont indiquées, elles étaient toujours pratiquées à quinze jours d’intervalle. Bien entendu les mesures s’effectuaient dans les conditions requises : sujet au repos, en dehors des heures de digestion et toujours à la même heure, etc...

Nous avons choisi l'appareil de Vaquez et la méthode mixte (auscultation et palpation) le Pachon nous ayant donné, dans un précédent travail, des chiffres très supérieurs, et ce d’une façon inconstante, à ceux du Vaquez.

Si l’on prend la moyenne des 2 à 5 chiffres que nous avons recueillis pour chaque malade, on obtient le classement suivant pour la tension maxima :

— au-dessous de 12 cm.: 3 cas.

— de 12 à 14 cm. : 21 cas.

— de 14 à 16 cm. : 25 cas.

— de 16 à 18 cm. : 33 cas.

— de 18 à 20 cm. : 15 cas.

— au-dessus de 20 cm. jusqu'à 24 cm. : 3 cas.

Si on admet, avec la plupart des auteurs, le chiffre de 16 cm. comme la limite supérieure de la tension artérielle au Vaquez, (lorsqu'il s’agit d’une moyenne) on voit donc que nos malades sont hypertendus dans 51 % des cas. Ce chiffre concorde parfaitement avec celui de 50 % trouvé dans une statistique antérieure (22). Cette hypertension n’est pas liée à l’âge car

(22) L’Encéphale (sous presse).

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la majorité des hypertendus ont moins de 45 ans. D'ailleurs on sait que l’on admet à l'heure actuelle que l'hypertension est relativement indépendante de l’âge et que sa plus grande fréquence chez les gens âgés tient à l’augmentation des conditions pathologiques prédisposantes, La tension Mx. de 15 à 16, en moyenne, au Vaquez, pouvant être considérée comme normale forte, si l’on groupe les deux catégories, on voit que 67 % des malades ont une tension normale forte ou une hypertension,

Cette hypertension était modérée, essentielle et muette dans presque tous les cas : absence de lésions rénales, un seul cas d’aortite avec insuffisance aortique (Obs. N° 84), absence des « petits signes » de l'hypertension dans la quasi-totalité des observations.

Nous avons été frappés par l’instabilité tensionnelle de ces malades. Dans 11 cas nous avons noté un écart de 4 à 6 cm. sur les deux maximas mesurées à quirze jours d'intervalle. Il semble qu’il existe fréquemment des poussées d’hypertension paroxystique et ceci est confirmé par le fait (qui vient s’ajouter à plusieurs cas similaires observés dans le service), que les deux décès survenus chez nos sujets furent provoqués par un ictus : un de ces malades (Obs. N° 17) âgé de 37 ans, avait une tension de 16-9 à l’entrée. Il avait 21-14 à la quinzaine et trois mois après, brusquement, au cours du travail, il succomba à un ictus. L’autopsie révéla un ramollissement temporal droit assez ancien et une dilatation cardiaque marquée.

Sur nos 100 malades, 34 ont dépassé 45 ans. Pour

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ces sujets (nettement hypertendus dans 21 cas) et surtout lorsqu'ils sont syphilitiques, se pose la question d’une artériopathie cérébrale, nouveau facteur d’élévation de l’albumine céphalo-rachidienne, d’extension de la précipitation du benjoin dans la zone méningitique.

e) L’EPILEPSIE.

Les crises convulsives pourraient être considérées comme résultant, en plus de l’alcoolisme, de la plupart des facteurs ci-dessus. En réalité, dans les 22 cas où nous les avons retrouvées, il s'agissait de crises provoquées par des excès alcooliques. Ce qui le démontre c’est que dans 21 cas, malgré l’absence de gardénal, les malades n’ont pas eu de crises dans le service au cours d’une observation ayant toujours duré plus de trois mois. Dans un cas (Obs. N° 55) le malade, âgé de 49 ans, syphilitique et hypertendu, a eu une crise au bout de deux mois d'observation. Gratifié de 0 gr. 10 de gardénaï par jour, il n’en eût plus dans les six mois qui suivirent. D'ailleurs 9 fois sur les 22 cas où l’épilepsie était notée, il y avait eu un seul accès antérieur.

Cependant on sait qu’une crise convulsive peut amener une véritable réaction méningée transitoire chez les alcooliques (23). Aussi avons-nous vérifié qu'il n’y avait pas eu de crise récente avant la ponction lombaire.

(23) TouLouse, CourrTois, PicHarp. Soc. Clin. Méd. Ment., juillet 1929. — CounrrTois et PicHanp, Soc. Clin. Méd. Ment., 20 janvier 1930.

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f) TUBERCULOSE ET DIVERS.

Huit de nos malades sont atteints de tuberculose pulmonaire. Trois fois celle-ci fut découverte dans le service. En dehors d’un cas de tuberculose bilatérale, cavitaire, à hémoptysies très abondantes, avec poussées évolutives (Obs. N° 57), il s’agissait le plus souvent de formes fibreuses latentes et sans atteintes de l’état général.

Trois fois on notait une pleurésie séro-fibrineuse, une fois une coxalgie, une fois une tuberculose ganglionnaire, dans les antécédents.

En somme, on retrouve la tuberculose dans 13 cas, mais, à une exception près celle-ci était bénigne, peu évolutive ou complètement cicatrisée, ce qui ne répond pas à la notion classique de la gravité de la tuberculose chez les alcooliques. Peut-être cette gravité se voit-elle surtout chez le cirrhotique et le polynévritique, plus que chez l’alcoolique d'asile.

D'ailleurs la fréquence de la tuberculose n’est pas comparable chez ce dernier et chez le polynévritique (24 fois sur 50 observations dans la thèse de KLOTzZ). La coexistence de polynévrite et de tuberculose est si courante que LEMIERRE, BOLTANSKI et JUSTIN-BESANçon (24) ont pu décrire les polynévrites alcoolo-tuberculeuses.

Par contre nous n’avons jamais observé de coïncidence entre une poussée évolutive de tuberculose et le déclenchement d’un accès subaigu.

(24) LEMIERRE, BOLTANSKI et JUSTIN-BESANÇON, Les polynévrites alcoolo-tuberculeuses (Bull. Acad. de Méd. 1931, 21 avril, p. 676).

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