‹ ModulationsChapitre 4 sur 6 · THERMIDOR · texte numérisé non relu

THERMIDOR

L'herbe haute et douce compne une fourrure fraîche sous ton

creux et mol sous ta tête le coussin vert des mousses, [corpw,

ta chair mûre de l'été en fête.

et lasse, longuement étirée, ô amoureuse, dors :

Les arbres qui balancent les oiseaux dans leurs rêves

bercent tes yeux qui ferment demi-clos

sous leurs paupières pesantes le grand jour trop radieux.

L'ombre d<s cimes balance le sommeil des oiseaux, ô ajnoureuîe. dors.

C'est le moment de ne plus s'éveiller jamais :

tu as connu toute la clarté des cieux,

et toutes les flammes victorieuses;

C'est le moment... et de toujours rêver la paix

conquise à l'aide du soleil sur ton ârae

par la jeunesse souveraine qui a mûri ton corps.

Dors, heureuse,

allongée dans tes songes où tu prolonges l'été.

Si tu t'éveilles,

les bêtes aussi auront quitté

l'étable ou le bercail ou la niche du somlmeil

d'où les tirait, ce matin, encor,

leur âme pour toi de servante.

Et elles ne seront plus tes servantes.

MOIS d'or IOQ

O chasseresse, le chien mangera ton gibier ;

lu perdras tes brebis, bergère !

tes vaches ir»quièles donneront un lait tourné,

déserteront leur auge les porcs

qui, inutir>és, saccageront les fleurs, ô fermière !

El le souci des bêtes qui te servent dans ton corps

dégradera ta beauté.

O «mioureuse, dors !

ce qui nourrit des choses ta chair jeune s'endort,

dans ta plénitude comblé.

Si tu t'éveilles.

tu ne pourras plus retenir le bonheur

qui dans ta chaude jeunesse, de lui-nïôme,

te donne la laine,

ic verse le lait avec sa crème.

te fait même riche des seuls instincts,

et te lèche si doucement les mains

quand tu rapportes le soir une cliarge pleine

des plus chers désirs satisfaits.

Ne t'éveille plus, jamais.

Les simples qui te nourrissaient

de leurs soins faciles de servantes,

sans que même elles ne te fussent distinctes de toi-même,

ô inconsciente,

une à une se détacheront de ta beauté,

si tu t'éveilles d'entre la puissance de l'été,

qui fait encor de toi l'épouse accablée du soleil.

Et c'est toi,

chaque heure plus humiliée,

qui d'un pas lourd d'automne et d'hiver deviendra»

la servante lâche des bêtes

dédaigneuses,

et ton âme t'épuisera dans ta chair dessédiée,

si tu t'éveilles.

O amoureuse,

tu as connu toute la clarté des cieux, et toutes les flammes victorieuses, ô amoureuse, dors !

MOIS d'or 1 1 I

Les arbm qui balancent les oiseaux dans leur» rêves

bercent tes yeux qui ferment, demi-clos,

sous leurs paupières pesantes le grand jour trop radieux...

O anwureuse, dors,

avec tes cliiens. tes vaches, tes brebis et tes porcs

autour de toi et jusque en toi couchés.

Les arbres te bercent, dors,

heureuse, heureuse,

allongée dans tes songes où tu prolonges l'été.

ANACREONTIQUES

ANACREONTIQUES

la Rose à l'Oiseau

Chante, chante, Oiseau !

Je ne me sens

ou'une pointe toute fine encore...

D'un peu de sang

que délaye l'or

d'un rayon entre mes réseaux.

je me gonfle, sans que me déplie

de moi-même ta mélodie.

Chante, chante. Oiseau I

Ne me laisse point ainsi li-«e

comme au noeud dur d'un bouclier.

Hors de l'airain

qui le protège.

que je m'ouvre clu vierge sein

où mon feu naissant

affleure de la neige!

Ah! que ton chant d'amour. Oiseau.

ton chant, ton chant

me déroute jusqu'au cœur, enfin!

Chante, chante. Oiseau du réveil !

Je veux me baigner dans ta voix:

qu'elle m'arrose pour le soleil...

Je m'enfle, m'enfle à ton appel

et me creuse toute, de toi, de moi,

comme uiïe oreille ;

que je t'entende encor, encor ;

pleine, que je m'épanche sur mes bords.

Approche... je m'épanche toute d'un parfum qui me déploie de mon extase épanou-ie...

ANACREONTIQUES 1 1 7

Approche... écoute cette voix aussi

qui s'exhale de mon coeur

à mes lèvres...

Viens! je me sens belle et si brève,

Reiïie par toi, et pour toi Reine

dans la frémissante rougeur

du mystère que prépare la nudt...

... Oiseau, qu'as-tu fait de moi?

Toutes n-jes beautés éperdues

se confondent dans ma pourpre. — nue...

Je sens la mort dans la semence.

... Su-.s-je \ivante

d'une déchirante volupté

ou d'un délice dans la souffrance ?

- L'une par l'autre, ah ! qu'elles n'épuisent ma

[royauté !

... iVlaie quel silence !...

Pourquoi vous taire. Oiseau }

— Petite oreille ejiveloutée.

coquiHe charnue aux corolles brûlantes.

ne suis- je plus la bouche belle de s'être ouverte

e!t sous ta musique pâmée ?...

Pltis que jcimais Reine de ma perte,

je vis, revis

dans une riouvelle attente...

Ah! ta ressuscitante mélodie,

«Kor, toujours...

Chante donc. Oiseau !... chante, chante !

ANACREONTIQUES 119

l'Oiseau d'Eglé

Là. là...

prends l'oiseau...

prends-le, là,

dans ta main, contre tes seins.

prends-le sous son petit ventre chaud son énr»oi bat

et roule dans tes doigts, sa gorge gonfle,

et d'une petite bouche rouge

s'ouvre à la faim...

Baise-'k:

il a faim de toi; baise-le

et apaise son chant, rapide comme un pouls brûlant, et ruisselant comme une grappe...

Tiens-le,

— il se dresse droit — qu'il ne s'échappe: tiens-le de tout l'amour aux lèvres de ta joie.

Ne l'approche point:

il dort,

— comme le cœur en nous fait après l'aJiKiur

sa boule, — au port.

Ne l'êipproche point:

puisque tu l'aimes.

ANACREONTIQUES 121

lans sa

touffe

ainsi.

le bec fin clos

à l'abandon de son repos,

au creux de la fourche d'amotir

qui le protège.

Ne l'approche point:

qu'il ne s'éveille;

Garde-le, contre la gueule ardente,

la petite gueule rose et blanche

du félin cruel.

Ne l'approche point, puisque tu l'airaes.

Tu es partie :

l'oiseau se secoue.

à l'ombre de sa touffe,

ré\'eillé.

Hélas! Hélas!

il tend son cou de tous côtés.

Que n'es-tu là ?

H ne sait que faire :

l'aiie, quand le coeur e$t loufd, n'est pas libre.

Imanense, unjnense,

la plaine des airs,

dépeuplée de toi est si vide.

Que n'es-tu là ?

il se souvient

de la pressante cage de tes doigts.

Dans sa gorge reste la voix

qui le délivrait sur ton sein.

Qu'est-ce être libre, sans, pTX>che, le nid où l'on se gonfle sous la plume ?

ANACREONTIQJES 1 23

où tout l'infini de la vie

tient dans la petite mort d'un émoi

qiii vous pwint de l'aube à la brune ?

Reviens, reviens...

l'oiseau t'attend,

l'aile tendue en vain,

battante...

Sans toi, son chant divin

•'étrangle :

Que n'e»-tu là ?

Printemps 1902.

laL

umiere

La lumière avait délié les fleurs d'entre les feuilles;

les feuilles tenaient leurs petites mains tendues

suppliantes, au-devant des chenilles velues; [cueille.

maÎ6 les chèvres renouaient le tout en touffe, d'une faim qui

Et les hommes ne sentaient point la vie, espoir et deuil, les songes dormaient des femmes étendues nues par les gazons qui frisent, et font les chairs moussues, [orgueil... pour, sans doute, que d'humbles ombres rases cachent notre

A^i les âmes ne connaissaieni les grandes ailes,

ni les cœurs la volonté de leurs appels,

seules les bouches s' ouvraiertt au plaisir d'être nées;

C'était l'attente vague des existences,

qui ne sentaient pas quand les aurait enfin créés

la Lumière qui relie toutes choses, — par qui l'on pense.

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