‹ MoehlerChapitre 12 sur 27 · Moijiijj · texte numérisé non relu

Moijiijj

objet de ses veilles, il se laissa tellement dominer par IvUther, (|ii'il admit tr>Lites ses opinions sans réserve; c'est à cette épofjLKt (pie s(' rapporte la première édition de ses Lieux /hco/o^i^irjiics. jMus tard, (juand le temps eut mûri son talent et que l'étude de la théologie eut ap{)orté j)lus de jour dans ses idées, il aperçut les erreurs dans lesquelles il avait été conduit. Dès lors il se retrancha de plus en plus en lui-même ; mais comme des influences étrangères l'avaient maîtrisé dans sa jeunesse, il ne put jamais se former une conviction indépendante, un sentiment à lui. Il flottait désormais entre le catholicisme et le luthéranisme, le luthéranisme et le calvinisme. Aussi, nous fondant d'ailleurs sur l'opposition que rencontra le Corpus Phïlippicuiu, nous ne nous servirons que des LieiLx thcologiques, première édition (i).

Les écrits de Zwingle et de Calvin ne présentent pas de difficultés : les premiers n'ont pour la plupart qu'une valeur purement historique, et le Réformateur de Genève est toujours semblable à lui-même (2).

Le plan de l'ouvrage.

Moehler constate, dès le début, que la controverse entre le catholicisme et le protestantisme s'étend à

(i) Le Corpus Philippicuni est une collection des principaux ouvragées de Philippe Mélanchthon. Cette collection avait été faite par ses disciples, professeurs à Wittenberg. Comme elle ne renfermait que les écrits publiés dans les dernières années du Réformateur, elle fut rejetée par les luthériens rigides, et notamment par les professeurs de léna. (Note du traducteur Lâchai.)

(2) Symbolik, p. 12-1 3.

LA SYMBOLIQl'K 14?

toutes les questions (jui inti'resscnt l'homme et ri:umanilt', du berceau à la tombe.

A l'orii^ine, expliijue-t-il, les partis en présence n'avaient pas conscience d'un aussi complet antat^onismc ; ils y furent amenés par les nécessités du combat. Pas plus en relii^ion qu'en politique, les révolutionnaires ne procèdent tl'après un plan de campagne arrêté d'avance ; descendant le cours des faits, ils ne développent que pro«^ressivement, sous la loi de la réalité, les conséquences de leurs principes, et la lot^ique les pousse toujours au delà du but (|u'ils s'étaient proposé. Au commencement de la Réforme, l'insurrection dressa sa tente, non pas aux deux extrémités du christianisme, mais au centre qui domine tout : elle n'inscrivit point sur son drapeau la question secondaire du puri^Mtoire, ou autres questions secondaires ; mais elle demanda : Comment l'homme, a()rés la déi^radation primitive, est-il restauré dans le fond de son être ? comment le fils d'Adam, pécheur dans son ori^dne, recouvre-t-il la justice et la sainteté ? Hn un mot, la doctrine fondamentale de la justification, tel fut le terrain sur lequel s'en^M^^^ca le conllit. De ce point central, l'attaque se dirijL^'ea comme d'ellr-méme vers la périphérie : on avait chan«;é le principe, il fallut nécessairement en modifier les conséquences ; on avait sapé la base de l'édifice, il fallut reconstruire de fond en comble. Mieux un corps de doctrine est relié comme en un seul faisceau, plus il y a d'ordre et d'harmonie dans ses éléments, plus il est ébranlé profondément des (ju'on déplace une idée fondamentale ; tout le monde comprendra donc que, le catholicisme une foisattatpié dans son centre, on ait été forcé de combattre successivement une foule de vérités dont on avait à peine pressenti l'affinité avec le dogme contesté dans le principe.

Moehier se rend compte que son exposition provoque-

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rait bien j)liis vivement, clans le début, l'intér^-t du lecteur, s'il le plaçait U)n\ frabord au point culminant du coml;at pour lui faire voir d'un seul coup d'œil tout le terrain qu'il occupe. Mais les contradictions entre les deux doctrines se discerneront d'une façrm plus claire et plus inlelli^iblc si, au lieu de nous placer au centre du christianisme, nous partons d'une de ses extrémités, prenant l'homme à sa naissance pour le considérer dans toutes les phases de sa vie jusqu'au delà du tombeau.

Ainsi, après avoir abordé l'état du premier homme dans le paradis terrestre, sa prévarication et les suites désastreuses pour ses descendants, Moehler entrera dans le cœur de la controverse en arrivant à la justification. Puis il fera voir l'iniluence que le catholicisme et le protestantisme exercent sur la vie intérieure du fidèle restauré dans son être spirituel. Ces considérations le mèneront directement à l'église terrestre, et il finira par l'église de l'autre monde, et par les rapports qui unissent entre elles ces deux églises (i).

(i) SymboUky p. 25-27.

CHAPITRI-: II

L'état primitif de l'homme

C'est par la révélation que les Pérès le connaissent, et en prenant pour point de départ riiomme renouvelé en Jésus.

r)uellc était la condition de notre premier père avant sa chute? La révélation peut seule résoudre cette question. L'enfant d'Adam, séparé de Dieu par la faute, est pour ainsi dire étran^rer à lui-même ; il ne sait avec certitude, ni ce qu'il fut dans sa condition première, ni ce qu'il est dans sa condition présente. S'il veut comprendre son orig-ine, il doit fixer ses regards sur l'homme renouvelé en Jésus-Christ : car sa réhabilitation n'est que son rétablissement dans l'état primitif. La connaissance de ce que le Sauveur nous a rendu, révèle donc ce qui nous fut donné dans le commencement (i).

(i) Symbolik, p. 27.

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Les affirmations de la foi catholique.

Moehlcr explique, que, .l'apr-s le concile de rrentc Adam, consicl.-ré dans la plus noble parUe de son .Ire .Hait \'i.r.a,. d. Dieu, c'est-à-dire une cr.'ature douée de l^n et de liberté, capable de connai.re et d'a.mer son divin Auteur. Si celte préroj^ative lui fut commune avec toutle-^enre humain, ce fut. en revanche, un caractère spécial de notre premier p.re, d'être juste et sa.nt en d^utres termes pleinement agréable a Dieu , car en lui, pour parler avec rKcole, les sens obéissaient a la rai,;ol et celle-ci à Dieu, si bien qu'il vivait dans une harmonie parfaite avec lui-même et avec le Ciel. C est ce. heureux état de l'homme dans le paradis terrestre que les anciens théologiens désignent sous le nom de^«./..^

oriç^iuelle, , ^

Empêchant que Dieu ne soit considéré comme la cause du mal, cette doctrine maintient l'idée de la ^-"te te d Dieu créateur ; enseignant que l'homme a goûté 1 innocence Cl le bonheur dans ses premiers jours, qu ainsi son propre péché l'a seul jeté dans le mal et dans l'infortune, elle affermit, d'autre part, l'idée d'une rédemption purement gratuite, dogme fondamental du christianisme M).

Les interprétations de la théologie catholique.

Moehler explique que, d'après les scolastiques, la juslice originelle n'est point l'œuvre des facultés naturelles de l'homme, mais l'effet d'une action surnaturelle de Dieu

(ASymboUk,^. .-- = 8, Moehler, dans \.sNeue Unlersuchungev cite comme document au sujet de cette doctrine, saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, I, i, i6.

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sur l'homme, INtiiivre de la «^ràce. Il n'y a que Dieu qui soit juste et saint par essence, et c'est pourquoi il est tel invariablement et éternellement. Si l'homme avait été juste pur essence, il eût été tel nécessairement et à jamais ; dans cette supposition, non seulement il serait sans péché, naais encore il serait impeccable. Ainsi, la justice, la saintet»'-, s'est trouvée dans Adam à titre d'accident, de (pialité ajoutée à une substance permanente. Quand nous (lisons tjue l'imajje divine n'a pas constitué la substance humaine, nous entendons faire, dit Moehler, la tlistinction suivante : cette imaj^je, comme aptitude pour les choses de Dieu, fait [jartic de notre essence ; mais en tant qu'elle implicjuait, de la part de l'homme, un amour I)arfait pour Dieu, il y a eu Là un priviléi^e, un accident, puisque l'homme a cessé d'aimer parfaitement son Dieu. Si Adam avait reçu la justice par là même qu'il participait à la nature humaine, nous posséderions aussi la justice comme participant à la même nature, et nous n'aurions aucunement besoin de la justice ap|)ortée à la terre par le Christ (i).

La doctrine de Luther : il nie le caractère surnaturel et accidentel de la justice primitive, il nie la liberté.

Le père de la Réforme ne révoqua nullement en doute (|ue l'homme fut sorti juste et saint des mains de son Auteur. Sur ce point donc, il ne se sig^nala par aucune singularité de doctrine ; il se contenta de choisir, parmi les nombreuses théories de l'Mcole, celle qui sourit davantai^e à ses opinions ; puis, après

(i) A^**//^ Vntersuchungctt , p. ()9.

IDU MOliïlUiR

l'avoir exposée avec assez de maladresse, il en fit la base de l'édifice doctrinal fiu'il allait construire, en sorte cjue, sans elle, on ne peut comprendre sa doctrine.

Adam était donc juste et saint dans le paradis terrestre ; mais en cjuoi consistait sa sainteté et sa justice ? C'est ici que commence la première opposition doctrinale entre les catholicjues et les protestants. Contre les scolastiques qui voyaient un attribut accidentel dans la justice primitive, Luther avançaque cette prérogative appartenait à la nature de l'homme, formait une partie de son essence, esse de naturâ, de essentiâ houiiiiis ; et contre les théologiens qui professaient qu'elle lui avait été donnée comme un don surnaturel, parla grâce, il prétendit qu'elle était simplement l'œuvre de ses facultés naturelles. L'homme encore pur, disait-il, possédait, dans l'heureuse condition de son origine, tout cequi pouvait le rendre agréable à Dieu. Par une vertu qui lui était propre, toutes les parties de sa nature étaient entre elles dans une harmonie parfaite avec la raison, et tout son être dans un rapport intime avec le ciel. Ses facultés religieuses, surtout, devaient se développer au plus haut degré ; par cela seul qu'il les possédait dans son être, il avait la connaissance de Dieu, l'amour de Dieu, la confiance en Dieu.

En orénéral les Réformateurs, confondant la cause avec l'effet, appelèrent iiJiage de Dieu, non seulement les facultés religieuses, mais encoreleur vivant développement, si bien qu'Adam pouvait de lui-même, sans aucun secours surnaturel, par là même qu'il avait

L ÉTAT l'RIMITIF DE L HOMME I r> I

ces facultés, se mettre en rapi)ort avec son Créateur, accomplir la loi divine et pratitjuer toutes les vertus. I .es théologiens catholiciues, aucontraire, distinguent soigneusement entre ces deux choses ; et pour bien préciser la différence, ils appellent itnairc de Dieu les facultés spirituelles de l'homme, et ressemblance avec Dieu le développement de ces facultés. Cette opposition de doctrine entraînera des conséquences décisives.

La seconde opposition dogmatique sur l'état primitif de l'homme a sa source dans la question du libre arbitre, lui effet, Luther enseigna que l'homme ne possède aucune liberté, que les actes que nous croyons libres ne le sont cju'en apparence, et que, comme Dieu conduit l'homme avec une nécessité irrésistible, les œuvres de l'homme ne sont au fond (|ue les (puvres de Dieu ( i ).

La doctrine de Calvin.

Calvia enseigna avec Luther, contre les oaiholiqucs, que la justice primordiale ne découlait point d'un principe surnaturel ; et, contre les luthrriens, que notre premier père trouva la liberté dans le fond de son être.

Une question se pose : comment Calvin pouvait-il admettre la liberté, lui qui partageait avec Zwinijle la doctrine de Luther sur le caractère de nécessité divine (le tout événement, et qui même mettait cette doctrine au premier plan ? Sentant lui-même l'incompatibilité de ces principes, il s'efforça d'écarter provis(^iremenl le dogme de la nécessité divine ; il disait : Dans la (juestion

ir)J MOKIILKR

sur r<'tat primitif de l'iiomme, il s'a<(it de savoir, nf>n p'ds Ci', qui a pu arriver (Quid accidere potueritj, mais quelle (jtait la nature originelle de l'homme. Calvin prétend séparer deux doctrines dont l'une attribue tout à la nécessité, tandis que l'autre fait tout dériver du libre arbitre ! Kst-ce Dieu qui a^jit dans mes actes, ou bien est-ce moi ? ces deux questions ne tiennent-elles pas étroitement l'une à l'autre ? ne faut-il pas avoir ni<': le premier point pour affirmer le second ? Aussi Mélanchihon avait-il cru devoir les unir par des liens intimes et les traiter en même temps. Calvin dit, d'une part, rjue la chute originelle avait été résolue de toute éternité, d'autre part, que l'homme est libre !

Les symboles de la secte reproduisent les contradictions du maître ; tantôt ils affirment la liberté d'Adam, tantôt ils passent ce point sous silence.

Mais pour quelles raisons Calvin sacrifiait-il la liberté humaine à la prédestination divine ? Quand Mélanchthon refusait à l'homme la faculté de se déterminer lui-même, spontanément, librement, il voulait réprimer son orgueil. Calvin voulait, lui, non pas humilier le chrétien, mais lui donner des consolations : seule, d'après lui, l'idée que Dieu, dans le détail, détermine expressément tous les événements, peut donner à l'homme cette sécurité de se sentir entre les mains d'un Dieu qui sait tout, qui dispose tout, qui est puissant et qui est bon. Pour porter une sécurité complète dans les âmes, il ajouta que Dieu veut et ordonne les assauts mêmes de l'ennemi contre l'àme élue.

Théodore de Bèze, son disciple, eut peine à se défendre, d'après ces doctrines, de faire de Dieu la cause de tout mal (i).

(i) Symbolik, p. 38-42.

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Le problème du mal.

i" L'explication catholique.

Craignant que la Kcfurmc, cjui enchaînait l'homme sous les di-crets de Dieu, ne fût conduite, parla force des conséquences, à décharger le méchant de la responsabilité de ses crimes pour la faire retomber sur Dieu, les théologiens catholicjues déclarèrent avec un surcroit d'instances que l'homme avait la justice et la liberté dans les premiers jours de son existence, qu'ainsi la faute retombe entièrement sur l'homme.

Moehler explique pourcjuoi il n'est pas possible de considérer le péché comme étant une condition essentielle de la créature :

On ne saurait nier (jue le Nouveau Testament défende le péché sous les peines les plus fortes. Or, si le péché n'est autre chose (jue le //;//" de l'hoinme ou la condition essentielle de la créature, l'ordre divin d'éviter le péché signifiera nécessairement : je vous ordonne de protester constamment contre l'acte (jui vous a créés, de voiisejfon'er sans cesse de vous anéantir. Kn effet puisque la créature est nécessairement limitée, la défense d'opérer le mal é(|uivaut, si le tini embrasse nécessairement le péché, à un efTort pour supprimer cette condition même de la création 1 Autre consé(iuence : la prière cjue nous faisons à Dieu pour obtenir la rémission de nos fautes, prière extraite textuellement de l'I^vangile, reviendrait à une supplication pour sortir du monde ; la promesse d'éviter la rechute reviendrait à celle de ne plus

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