CONCLUSION
Comment la doctrine catholique laisse dans l'homme des germes de perfection.
La tache originelle, telle que la décrivent les docteurs catholiques, est /a perte des dons surnaturels
(i) Symbolik, p. 89-94-
I,E PI'.CHi: ORK'.INKL ly.^
ri nnc prnfoïuL' blessure in Jlii^éc aux qualités lujturelies. L'union intime avec Dieu, qui ne saurait être le fruit (le principes purement inhérents à la nature, (jui se produit par une opératiori toute spéciale et immédiate de l'I'.ternel dans l'àme humaine, — cette union intime a été interrompue; (juant aux facultés naturelles, elles ont reçu par la souillure une tendance perverse ; en ce cjui reg-ard»' la compréhension de Dieu et de sa volonté, elles ont été affaiblies : néanmoins l'image divine même a survécu au naufrage ; les dons naturels, l'esprit humain n'ont pas j)i'ri ; l'aptitude de s'élever vers le Seigneur sommeille, il est vrai, dans la nuit du péché, mais elle subsiste, à l'état de virtualité pour la vie pieuse, susceptible d'entendre la voix: du Rédempteur, de ressusciter au contact de sa main divine et de parvenir, fortitiée, jusqu'à un plein épanouissement.
La doctrine catholique conserve dans l'homme prévaricateur la conscience de Dieu comme germe de la perfection de la vie spirituelle ; d'après elle encore nous possédons tous la liberté d'obtenir cette vie nouvelle ; par consécjuent l'homme pout apprécier à son gré les bienfaits du christianisme, qu'il lui est loisible d'accepter, et il ne doit s'en prendre (ju'à luimême s'il a le malheur de les refuser. Cette doctrine dans toutes ses parties heurte de front l'enseignement luthérien ; selon celui-ci l'infortuné tlls d'Adam, privé de l'image divine, n'est pas en état de se prononcer sur la réalité ou la fausseté de la nouvelle resseml)lance divine (\\\\ lui est offerte ; il ne saura pas seulement décider si le livre qu'on lui met entre les
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mains, est le livre des Vedas, le Coran ou ri"van;rile. Kejette-t-il toute vérité religieuse, il n'en est pas plus responsable (]ue celui (jui fait un choix entre plusieurs objets à lui offerts ; en effet, au point de vue luthérien, on ne peut même pas cfjncevoir l'homme acceptant une offre divine ; son essence ne révèle aucunetracedebesoinreliirieux; l'homme, comme tel, n'a aucune nécessité de foi religieuse, il ne découvre en lui aucun manque, aucun vide en matière de religion. Dans le système catholique, l'aptitude religieuse, la faculté de s'élever à la connaissance et à l'amour de Dieu, est accordée, il est vrai , à l'homme ; mais elle a besoin d'être réveillée par l'opération du Seigneur, par la participation de la vie divine; il s'ensuit que la foi en Jésus- Christ et la vie chrétienne constituent îtn acte entièrement lihi^e, un acte très intime, très personnel, de l'homme. C'est au-tant l'œuvre de rhomi7ie que celle de Dieu, et autant l'œuvre de Dieu que celle de l'homme ; en effet celui-ci possède en lui la faculté, c'est-à-dire, le besoin, le désir naturel de connaître et d'aimer son Créateur ; mais pour faire passer cette virtualité à l'état ^acte, d'acte véritable et complet, pour pacifier et satisfaire cette inclination vers l'union avec Dieu, il faut toujours un don du Seigneur ( r).
(i) N'eue Untersuchîuigen, p. 60 et 66-68.
CHAPITRI-: IV
La justification
La doctrine catholique.
. /. I^n'iuipc de la dorfn'iic.
Suivant les principes Cc'\tholi(iues, deux activités, celle de Dieu et celle de l'homme, se rencontrent et se pénètrent dans la justification, de sorte qu'elle est un ouvrag"e divin et humain tout à la fois. La g-ràce, toujours miséricordieuse, prévient le pécheur sans (^u'il ait pu la mériter ni l'appeler à son aide ; mais le pécheur doit consentir à la çràce, suivre son impulsion bienfaisante, y correspondre librement. Dieu s'abaisse jusqu'à l'homme et lui offre son secours pour le tirer du fond de l'al^ime ; mais il faut (jue l'homme accepte, (|u'il reçoive ce secours en lui. L'I^sprit Saint pénètre tout le fidèle, il est vrai ; mais il n'ag^it pas dans toute la plénitude de sa force, il prescrit des limites à son action suprême, il s'arrête devant les lois delaliberté. La vertu justifiante n'agit donc pas nécessairement ; et voilà pourquoi l'I-^glisc
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.1 condaninr ces propositions jansénistes, f|uc l.i volonté lium.'iine ne peut résister à la grâce, (ju'elle cède toujours sous l'action de la toute-puissance, (jue le vSeiî^-neur parle en maître et se soumet toute chose dans la régénération.
Moehler ajoute que celte doctrine découle naturellement de la doctrine sur le péché originel. Comme l'Ivglisc ne considère j^as que par sa chute l'homme ait jjerdu toutes ses forces spirituelles et toute sa liberté, elle peut le rendre actif dans l'œuvre de sa régénération ; mais si elle avait commencé par lui ravir toute spontanéité religieuse, elle aurait dû lui refuser toute possibilité de collaborer aux intentions de Dieu, et dire que l'activité divine ne pourrait pas trouver plus d'écho dans son être que dans un animal sans raison ^i^.
B. Exposé de la doctrine.
D'après le concile de Trente, la justification est la translation de l'état de péché dans l'état de grâce, c'est-à-dire, la destruction de l'affinité avec le premier Adam prévaricateur et l'association avec le Christ, juste et saint par excellence. Ainsi, considérée négativement, la justification est la rémission des péchés ; prise dans un sens positif, elle est la sanctification. Pénétrant les facultés spirituelles, inhérente au fond des âmes, elle renouvelle l'homme intérieur. Elle le rend effectivement juste, elle le rétablit dans son état d'origine. Elle donne en même temps la foi, l'espérance et la charité ; la grâce unit à Jésus-Christ et fait membre de son corps.
En un mot, la justification est tout à la fois, nécessai-
(i) Symbolik, p. loS-ioj.
reinciit, parce que ces deux choses n'en sont qu'une, le pardon des pèches et la sanctification; non seulement elle déclare juste, mais elle rend tel par les mérites de Jésus-Christ ('i',.
Cependant, si le pécheur est délivré du mal ori^^inel, la concupiscence continue, quand même, d'a*(itcr son cœur ; mais elle ne constitue pas d'elle-même une faute imputable devant le souverain Juge ; si l'IÙTiture sainte lui donne le nom de péché, c'est qu'elle est comme un rejeton do ce ijerme funeste et qu'elle peut le raviver dans les âmes, si la volonté y est docile, écoutons le concile de Trente : « Dieu ne hait plus rien dans ceux (pii sont rétjénérés : car il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont véritablement ensevelis dans la mort avec Jésus-Christ par le baptême ; qui ne marchent point selon la chair, mais qui, dépouillant le vieil homme, se sont revêtus de l'homme nouveau créé selon Dieu ; qui sont devenus innocents, purs, sans tache et a<^réables aux yeux du Sei^^neur ; en sorte que, héritiers de Dieu cl cohéritiers de Jésus-Christ, rien ne s'oppose à leur entrée au ciel. » Le concile, néanmoins, confesse et reconnaît que la concupiscence, ou le penchant au mal, reste dans les personnes baptisées ; mais « cette inclination, n'étant là que comme une occasion de combat, ne peut nuire à ceux qui ne donnent pas leur consentement, mais qui résistent par la grâce de Jésus-Christ : au contraire, celui qui aura combattu courageusement sera couronné. » Puisque le premier péché el, en défmitive, tout mal, provient, d'après le catholicisme, du mauvais usage de la vohjnté libre, il ne peut exister de péché dans l'homme si l'esprit est élevé de la créature vers Dieu, si la volonté est de nouveau guérie, si les dispositions intérieures sont sanctifiées. Ce-
( I ) Symbolik, p . 120-128.
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pendant riiahiludc du pcch(' et la perversion primitive avaient f()rni(',dansrAmcinf('rieure et jusque dans ce corps mortel, des penchants déréf^h's qui continuent de l'entraîner vers le mal ; en sorte que la volonté «guérie, redressée dans sa direction, n'a pas d'abord un empire absolu sur tous les mouvements du corps et de l'âme. Mais comme l'esprit repousse victorieusement les attaques des sens, de la chair, de la concupiscence, la volonté droite n'est pas pervertie par la fausse direction qu'elle domine, pas viciée par le mal qu'elle surmonte, pas souillée par la corruption dont elle fuit le contact. Point de consentement, point de faute imputable.
Voilà comment la concupiscence perd son venin ; de l'homme intérieur elle passe dans l'homme extérieur, où elle reste comme suite et comme peine du péché. Par cela qu'elle incline sur une pente rapide vers les choses d'en bas, elle est une occasion de gloire ou de honte : de gloire, parce qu'elle met dans la nécessité de remporter toujours de nouveaux triomphes sur le mal ; de honte, parce qu'elle peut surprendre le fidèle, l'abaisser jusqu'à elle ou rentrer dans son cœur. Moehler explique, dans une analyse détaillée, que la chair courbée apprend à reconnaître forcément la loi de l'esprit dans l'état de sainteté, comme l'esprit subissait volontairement ses caprices dans l'état de prévarication ; mais que, quel que soit le repos de son âme, le juste aspire à être délivré du combat et de la crainte du combat. Car d'après la doctrine catholique, il ne peut éviter tous les péchés véniels ; au contraire, il manque en beaucoup de choses ; et ce n'est pas sans raison qu'il demande tous les jours dans l'oraison dominicale le pardon de ses péchés. Cependant, comme ces sortes de manquements découlent en lui de la faiblesse humaine plutôt que d'un reste de perversité coupable, ils ne brisent point ses rapports avec Jésus-
Christ. Ainsi la justification, pour ôtre véritable, n'est pas parfaite, selon le mot de Bossuet ; notre frat^ilitc veut que nous exercions une vi«;(ilance continuelle sur nous-mêmes, et (|ue nous dcMuantlions sans cesse la ^rAce divine et l'au^^incntation do neutre sainteté (i).
M(j(!hler explique que le passa<^e de la vie de la chair à la vie de l'esprit ne se fait pas soudainement ; il doit t^tre prtcrdé de différents mouvements qui se succèdent les uns aux autres. D'abord l'esjjril croit aux vérités divines ; ensuite le cœur est ai^iié par l'espérance, j)ar la crainte, par l'amour et par la douleur ; enfin toutes les forces de l'âme se réunissent pour livrer un combat décisif, et la sjrAce donne la victoire avec les dons célestes. Ainsi l'entant d'Adam, avant d'être enfant de Dieu, est préparé successivement à cette adoption. Iri les disciples des Réformateurs disent (jue cette Ionique préparation fait convcriier toute la doctrine calholiiiue vers le pélaijianisme. Pourcjuoi ? rii^osle Moehler. Disons-nous, par hasard, que l'activité du pécheur, ses bonnes dispositions, ses sentiments pieux, ses pénibles labeurs méritent la justice ? A Dieu ne plaise! Tous ses actes s'enfantent les uns les autres selon des lois nécessaires, et ne forment qu'un ensemble or<;^anicjue. Or, comme nous faisons dériver le premier de la ^ràce et que nous reconnaissons par cela même une origine divine à tous ceux qui en découlent ; bien plus, comme nous attribuons formellement à la vertu d'en haut toutes les ceuvres particulières qui concourent au grand ouvrage de la régénération, pourcpic^i ne dirions-nous pas, de l'irnsemblc, ce que nous alTirinons des parties ? Si l'homme était privé de toute force, de toute énergie, de toute activité spirituelle, aucun de ces actes ne serait possible, pas plus le premier
(i) Symbolik, p. i32-i35.
que le dernier ; Dieu ne pourrait produire en lui ni l'amcjur, ni rcspoir, ni la croyance, ni par consrqucnl la juslificati(jn à laquelle ccjntrihuent ces vertus. Kst-cc à dire qu'aux yeux des catholiques Dieu donne de nouvelles grâces parce que l'homme, collaborateur de Dieu, n'a pas refusé les premières ? Ce serait, d'après Moehler, confondre la condition des grâces avec la cause des grâces, et c'est la confusion que commettent les protestants en lançant le reproche de pélagianisme(i;.
La doctrine des Réformés.
A. Pi^mcipes de la doctrine.
Les Réformateurs font consister le péché originel dans la destruction de l'imag-e de Dieu, c'est-àdire dans l'extinction des facultés qui peuvent seules collaborer avec l'Esprit d'en haut ; aussi nient-ils la libre coopération à la g-ràce, disant que la régénération tout entière est exclusivement l'œuvre du souverain Etre, que l'homme n'y apaslamoindre part. C'est la doctrine que soutint Luther, dans la célèbre dispute de Leipzig-, contre le docteur Eck ; il affirma que le pécheur était, sous l'action de la grâce, comme une scie qui subit tous les mouvements de la main du charpentier ; et plus tard, il se plaisait à le comparer à un tronc, à une pierre, à une statue privée de vie, qui n'a ni cœur, ni yeux, ni oreilles.
Moehler cite ensuite un texte de Nicolas d'Amsdorf, d'après lequel rien ne résiste à la puissance de Dieu, pas
(i) Symbolik^ p. i3o-i32.
LA JUSTIFICATION l8l
plus la lihertr que le bois et la pierre. Ainsi la Ri^forme confondait, avec les lois ;4;énérales du monde i^hvsicjue, les relations particulières (jue le MiMiateur a établies entre le Père céleste et son enfant sur la terre (i).
I) . nif/icii/tcs fjui rc s ni taie lit de ces principes pour la prédication.
Moehler se demande, en substance : si l'homme ne peut contribuer en rien à sa justification, s'il n'a pas même la capacité de recevoir la g:rAce, s'il n'y a plus en lui de vesiit^es de sa parenté divine (pii puissent offrira l'action divine un point d'attache, quelle peut être la faute de celui qui reste loin de Dieu ? Ce malheureux a perdu toutes facultés rcli trieuses, et vous lui dites de lire la sainte écriture, d'écouter les vérités divines, dites-lui plutôt de prendre son essor et de s'élever dans les airs, il comprendra du moins vos paroles, tandis que, dans sa disette de (acuités lelii^ieuscs, il ne peut comprendre ce qu'on lui veut lorsqu'on le convie à une prédication.
Le Livre de la Concorde explique : Si l'homme déchu ne peut disposer de son cœur, il peut commander à ses membres ; s'il n'a ni intellii^^ence ni volonté, il a l'ouïe et la puissance locomotrice : qu'il se serve de ses pieds et de ses oreilles, (ju'il aille entendre la i)arole de Dieu dans les assemblées religieuses, et c'est sa faute s'il ne se convertit pas. Ainsi, tandis cpie les catholiques reconnaissent des facultés spirituelles dans le descendant d'Adam, les luthériens substituent les pieds à la volonté, mettent les oreilles à la place de la raison et charj^^ent le corps de penser p(nir l'inlellifrence (j).
(i) Symbol ik, p. io;-io8.
(a) Symbolik, p. log-no.
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