C. Cojiscqncuccs
a) Suppression dic me rite et du démérite, — Mr)ehler explique que les Rcformatcurs ont fait de vains efforts, j)Our maintenir l'idée de mérite et de démérite. Ils disent que, si l'homme ne peut ai^ir avec l'HspritvSaint, il peut résister à son action, ce qui suffit pour le rendre coupable. Nous pourrions tout d'abord leur objecter que le pécheur, privé de toute énergie, frappé de mort dans sa partie spirituelle, ne peut que résister à l'opération du souverain Etre. Au surplus, voilà deux hommes dont l'un parvient à la justification, dont l'autre reste dans le péché : pourquoi cela ? Vous ne devez en demander la raison qu'à Dieu : la grâce écarte les obstacles dans le premier et les laisse subsister dans le second, voilà tout.
b) La p7''édestinatio?i absolue, — Moehlcr insiste : Si tous les enfants du premier père sont passifs, c'est Dieu, c'est Dieu seul qui doit les amener à la justice. Donc il a résolu dans ses décrets éternels d'agir sur tel homme et non pas sur tel autre, parce qu'il a prédestiné les uns à la gloire et les autres à la damnation. On voit que le dogme calviniste, la prédestination absolue, se trouve au fond du système luthérien.
c) L'identité du moi détruite, — Moehler fait un pas de plus : Si le péché originel a détruit radicalement l'intelligence et la volonté, la justification doit avant tout rétablir ces facultés religieuses et morales. Aussi, tandis que les catholiques disent : Le premier effet de la grâce est d'éveiller, de raviver et de purifier les forces spirituelles, les protestants répliquent : La première opération divine crée de nouveau la raison, l'esprit, l'entendement humain. Voilà pourquoi le Livre de la
LA JUSTIFICATION l83
Concorde ensei<^nc qiu- le croyant a^it dans le développement de sa ré^^énération ; il ai^il non pas certes au moyen de ses facultés naturelles, car tout ce qu'a touché le mal héréditaire est frappé de mort pour toujours, mais à l'aide de sa partie restaurée, par les nouvelles puissances (jue lui a données le vSaint-Hsprit. Mochler se demande ce que l'homme rétjénéré selon le pr(3cédé luthérien pense de sa personne et de sa vie passée. (Comment pourrait-il conserver la conscience de lui-même et se reconnaître pour le même individu ?
li ) Impossibilité de la pénitence, — lùifin, termine Mochler, tout sentiment de pénitence ne lui devient-il pas radicalement impossible ? Il a fait divorce avec sa première existence. Kst-ce l'homme nouveau qui fera j)rnitence? maisil n'a pas fait de mal. Le vieil homme ? mais il est privé de tout sens pour les choses spirituelles et ne peut concevoir la douleur du [)éché (i).
En quel sens riiomme est-il passif, en quel sens est-il actif dans l'œuvre de réconciliation avec Dieu ?
Les Réformés confondirent l'objet et le sujet dans l'œuvre qui réconcilie le pécheur avec Dieu. Sous le premier rapport l'homme est passif, mais il est actif sous le second. Esclave du péché, relégué loin du ciel et courbé vers la terre, il ne recouvre la justice et les dons spirituels que par l'aveu de sa profonde indigence, de sa misère extrême ; il doit reconnaître avec humilité cju'il est vide de tout bien, que ses
(i) Symbolik, p. 109- 112.