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mains ne; peuvent donner, mais seulement recevoir. Alors, seulement alors, il reprend sa véritable position, rentre dans les lois de l'ordre et se met dans un rapport de dépendance ; mais s'il prétendait offrir ses œuvres pour prix de la g"ràce, c'est-à-dire rendre son débiteur celui (jui possède toute chose, il s'égalerait à la Majesté suprême et se placerait hors des rapports qui rattachent la créature à l'Auteur des êtres. Or, quand il renonce à ses propres mérites pour s'appuyer uniquement sur les mérites de la victime adorable, l'homme est passif, sans action, laisse Dieu seul agir ; mais quand il reçoit l'influence divine, il devient actif, agissant, il opère avec Dieu ; et même en reconnaissant qu'il est passif, qu'il ne peut que recevoir, il exerce la plus haute activité dont il soit capable. Si donc les apôtres du xvi*^ siècle nièrent toute action dans le pécheur, c'est (ju'ils ne surent pas distinguer deux choses manifestement distinctes. Suivant la doctrine catholiaue, l'homme est passif en ce sens qu'il ne peut mériter la grâce, forcer Dieu d'agir dans son cœur ; mais il est actif en tant qu'il reçoit librement l'action divine et s'approprie la grâce par sa libre coopération. En se reconnaissant passif dans le premier cas, l'enfant de l'Eglise rend gloire à Dieu ; en se reconnaissant actif dans le second, il remercie Dieu de pouvoir le glorifier, et cet acte même de remerciement implique la liberté (i).
(i) Symbolikj p. 11 5- 116.
LA JUSTIMCAIION iSS
La théorie calviniste de la prédestination.
Moehlcr explique que la doclrine de la prédestination est, pour ( 'alvin, une semence salutaire qui porte « les plus doux fruits » dans les Aines. Car pour (juc le croyant comprenne que le salut de l'homme drpend uniquement de la miséricorde de Dieu, il faut cju'il sache que tous ne sont pas destinés à être des élus, (jue Dieu donne aux uns ce qu'il refuse aux autres. Que le chrétien ii^norc cette vérité, et l'humilité, la reconnaissance, la paix disparaissent de son Ame. Par prédestination, Calvin entend « le décret éternel par lequel Dieu a fixé dans ses desseins le sort de chaque homme ; car il ne les a pas tous créés, ditil, pour partat^er la même condition, mais il a réservé les uns à la «gloire et les autres à la damnation ; et suivant qu'il leur a donné l'existence pour la première ou [)Our la seconde fin, ils sont prédestinés à la vie ou à la mort. » Les paroles suivantes expriment encore la même doctrine : « Nous enseignons que Dieu a décrété, dans les siècles éternels, d'appeler tel ou tel homme au bonheur du ciel, et de livrer tel ou tel autre aux peines de l'I^nfer. A l'égard des élus, ce décret prend sa source dans l'infinie miséricorde ; à l'égard des réprouvés, il est fondé sur un jugement juste, mais incompréhensible. »
Moehler remarque que, même d'après Calvin, la foi est un don de Dieu ; or nous vovons par l 'écriture sainte (ju'on peut avoir la foi sans obtenir le bonheur éternel ; il n'est donc pas vrai, comme le dit Calvin, que Dieu ne donne ses dons, sa grAce, qu'aux élus. A cela Calvin répond : Les réprouvés peuvent avoir les apparences de la foi, mais ils n'ont jamais cette vertu divine. Pour leur oter toute excuse, Dieu, s'insinuant dans leur cœur, produit en eux les mêmes sentiments (jue dans les prédes-
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linc's, si bien cju'ils ijrcnncnl le change sur leurs propres dispositions ; mais il ne les éclaire pas d'une véritable lumière par rMvani^ilc, et ne les touche pas efficacement par la ^ràcc.
— Nous entendons, riposte Moehler : Dieu trompe le réprouvé ! — Mais Calvin allè<^ue que Dieu manifeste sa miséricorde dans les élus, et sa justice dans les réprouvés. — Les attributs suprêmes, demande alors Moehler, existent-ils indépendamment les uns des autres ? Rst-ce que le souverain Juf^e n'est pas juste et miséricordieux tout ensemble envers tous les hommes, ou serait-il comme les juges corrompus de ce monde, seulement juste envers les uns, et seulement miséricordieux envers les autres ? Qu'estce que celte justice de Dieu, qui damne de toute éternité des hommes privés de liberté ? Et quelle mystification que cette miséricorde de Dieu, si elle pardonne à des hommes qui furent éloignés non par leur volonté, mais par une contrainte extérieure, de l'observation de la loi morale (i) !
La doctrine protestante sépare la justification de la sanctification.
« Justifier, disent les protestants dans le Livre de la Co)tcoi^de, c'est déclarer juste, absoudre du péché et des peines éternelles du péché à cause de la justice du Sauveur dont Dieu impute les fruits à la foi. En conséquence, poursuivent-ils, notre justice est tout entière hors de nous, elle ne réside qu'en Jésus-Christ Xotre-Seigneur. » Les réformés n'enseignent pas une autre doctrine ; Calvin dit, lui aussi : « Nous sommes censés justes en Jésus-Christ, mais nous ne le sommes point en nous-mêmes. » D'après cela,
( I ) Symbolik, p. 1 20- 1 2 3.
LA JLSTH ICATION 1^7
qu'est-ce que la jusiification ? C'est un jujj^erncnt par letjuel Dieu dilivre de la peine du pt'chc, mais non pas du péché même. Les catholiques, au contraire, voient, dans le <^rand ouvragée de la miséricorde, d'abord la reinisc du péché, de la dette et de la punition, puis la sanctification positive. L'Iv^lise dit : Jésus-Christ s'empreint dans le fidèle et le rend l'image vivante de sa sainteté ; la Réforme répond : Jésus-Christ couvre le croyant de son ombre, et dérobe son iniquité profonde aux yeux de Dieu ^i).
Caractère plus extérieur de la justification dans la doctrine protestante ; caractère intérieur de la justification dans la doctrine catholique.
Le do^me catholiciuc porte que l'homme, devenu l'ennemi de Dieu, ne possède pas la justice, (jui par suite est tout à fait hors de lui. Le Sauveur cependant la présente à l'homme sans cjue celui-ci l'ait méritée le moins du monde ; l'offre est-elle a<^réée, le fds d'Adam croit il au Christ comme à son rédempteur, la justice est déjà très proche de lui ; enfin de la foi monte-t-il à l'amour surnaturel de son Dieu, la justice est déjà en lui, il est ///s/i/îé, et il est justifié au /o^/d de luimême. L'acte de charité par lecjuel se réalise l'acte de foi, a établi la conformité de volonté entre lui et le Sauveur ; la justice du Sauveur, (jui, auparavant, n'était pas c/d/zs l'homme, était an-dessus de lui, est devenue sa propriété, c'est-à-dire que l'homme reçoit du Christ, source de toute justice, la vie de l'àme, la
(i) Symbolik, j>. i35-i36.
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vi(î iN/rricinr, et p;ir là devient de nouveau l'objet de l'amour vX des complaisances de Dieu. En d'autres mots : les tt-ndances pieuses, les actes de vertu du régénéré sont de telle nature (^ue le Seigneur h: consi dère comme juste en lui-même, comme diurne de la récompense céleste, comme méritant cette félicite. La vie, la volonté du Christ deviennent notre vie, notre volonté, et de la sorte ses mérites aussi deviennent les
nôtres.
Que proclame l'enseignement protestant ? Il s'accorde avec le nôtre en ce point que sans la vie du Christ nous sommes privés de la justice ; dans les deux systèmes celle-ci est en dehors de l'homme encore éloigné de Dieu. Mais le protestantisme ajoute que même le régénéré ne possède pas de justice capable de plaire au Seigneur, c'est-à-dire, qu'il reste en lui-même un objet de déplaisir pour le Tout-Puissant, un pécheur digne d'être rejeté et maudit; que néanmoins, sans être juste véritablement, il est déclaré tel par la foi à la justice qui lui est imputée.
Ainsi la justification, pour les protestants, est tout extérieure à Thomme, toute judiciaire et ne constituant nullement notre propriété ; elle nous revêt seulement de la justice du Sauveur, elle ne pénètre pas dans notre àme, nous ne sommes que les porteurs d'un bienfait divin ; les relations qui s'établissent entre Dieu et nous restent toujours extérieures, alors même qu'on envisage la justification immédiatement en elle-même (i).
(i) Nette Untersîichungen, p. 172-174.
LA JUSTIFICATIUN 189
La foi romaine attache à ces moi'^ n' miss iofi des pèches un sens tout autre (lue l'enseignement protestant. Selon celui-ci ils dénotent un simple acte déclarant (jue rinitjuité, restant toujours dans l'àme, est oblitérée ; selon celle-là, ils expriment un décret divin détruisant le péché dans sa racine, dans la perversité de la volonté, important dans l'àme un principe positif, la ^ràce sanctifiante, don de l'amour du Sei<^neur. Les paroles divines remettant le péché sont liées intimement à l'acte opérant cette rémission, car en Dieu la parole et l'acte s'identifient ; de cette fa^on le positif accompagne toujours le négatif, comme les théolo<^iens du moyen à<je l'ont très bien dit. Mais l'iiomme régénéré garde à la fois un souvenir perpétuel de la miséricorde divine et une douleur perpétuelle de son péché. La rémission, il est vrai, est la destruction du principe du péché, mais non celle de toutes les suites de la prévarication ; il peut toujours craindre d'entretenir en luimême, sous des formes subtiles, le principe du péché, craindre aussi (jue les conséquences du péché, demeurées en lui, ne soient comme des points d'attache pour ce péché. Aussi ne parvient-il jamais à se rassurer entièrement ; il connaît parfaitement la miséricorde du Seigneur, mais il ne connaît pas de la même manière l'état de son àme ; il se trouve toujours entre la bonté divine d'un coté et le souvenir de ses fautes de l'autre, et juscju'à la fin de sa vie jamais il ne pourra se soustraire à des sentiments aussi opposés.
Moelilc-r explique comment, de ce do<;jme catholique, soiU sorties les institutions monastiques, et pourquoi elles n'ont pas de place dans le système protestant. Si la misrricorde divine seule, sans la libre coopération de l'homme, délivre du péché, la pénitence du cloître est parfaitement inutile ; c'était là le ^rand argument de Luther contre les couvents.
Passant à la littérature catholique, il montre à quel point le dogme romain est fort pour inspirer la componction ; il allègue les méditations de saint Anselme, la séquence « Dies irae, dies ïlla, » qui n'est pas seulement la prière ordinaire du prêtre, et qui se trouve encore dans tous les livres d'oraison ; enfin l'œuvre du Dante et les descriptions dantesques de l'horreur du mal.
Pour ce qui regarde le culte catholique, qu'il exprime admirablement la conviction de notre culpabilité ! Le fidèle n'assiste pas au sacrifice qui s'offre tous les jours dans nos temples, sans que le Sauveur se présente à ses yeux comme la victime pour ses péchés et ceux du monde entier (i).
Dans quel sens la justification par les sacrements catholiques est instantanée.
Le baptême catholique, tout autant que le protestant, confère la ofrâce d'une manièreinstantanéeetnon par des actes successifs. Le prêtre, donnant l'absolution sacramentelle, produit un effet instantané. Mais l'enseignement catholique exige une disposition suffisante dans le pécheur recevant la justification. Dans l'Église primitive, l'idolâtre, demandant à être reçu
(1) Neîie Unters2icJningen, p. 188-193.
parmi les fidèles, devait passer par les différents degrés decatccliuménat,degréscomprenant une durée proportionnée à son état. L'explication de ce point disciplinaire est bien facile : la préparation à la justification se compose d'une série d'actes, mais la justification même est instantanée.
Le catéchuménat n'était pas la seule institution de ce genre ; on avait encore la pénitence publicjue pour ceux tjui après le baptême se rendaient coupables de certains crimes notoires ; la réconciliation avec ri'^glise ne se faisait cjue par degrés. Encore ici, la préparation à la justification se faisait progressivement, ([uoicjue la justification même restât toujours un acte instantané.
Le catholicisme en ceci est conséquent avec son dogme : la régénération spirituelle, l'union avec le Sauveur, n'est autre (jue l'acte libre par lequel l'homme accepte le principe divin, émanant des mérites de l'IIomme-Dieu. Le pécheur n'est capable de posercet acte, de commencer cette union, (jue lorsqu'il a compris lemalheurdesonéloignementdeDieu, la grandeur de l'infortune (jui l'accable, le besoin de secours qui le presse, et (ju'il soupire ardemment après le moment de la réconciliation. La préparation au pardon est elle-même l'œuvre de la grâce, aidant l'homme à revenir vers son Dieu, lui représentant au vif sa fin dernière, et le disposant à écouter la voix de son rédempteur.
L'enseignement catholicjue porte aussi que le chrétien peut croître en justice (justificaiio secunda). Mais, si l'on parle d'un accroissement de vie, on sup-