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son esprit. Jà si vous consirlércz les annales des peuples, vous verrez partout l'incroyance et la superstition s'avançant d'un pas é<^al avec la corruption des mœurs ; le paj^anisme, dans ses diverses phases, a çravé cette vérité en traits effrayants dans les pa^es (le l'histoire'. Même loi, même phénomène dans la vie des saints : plus la loi divine se grave dans le cœur des chrétiens, plus leur connaissance religieuse devient profonde. Aussi quand le grand Maître veut donner une base solide à la foi chrétienne, il commande de garder dans la pratique ses divins enseignements. Or, d'où vient-il que la vie religieuse disparaisse devant la transgression des préceptes? d'où vient-il qu'elle ne porte de fruits que dans les cœurs où règne la loi morale ? Ce fait seul ne démontre-t-il pas toute la fausseté du système luthérien ? Oh ! croyez-moi : celui qui, pour conserver la foi dans sa conscience, se voit obligé d'en bannir la loi morale, celui-là possède une foi fausse dans sa conscience. La foi vive compatit très bien avec la loi, que dis-je ? ces deux choses ne sont qu'une. L'idée de notre dépendance à l'égard du Créateur enfante l'humilité et la confiance, puis naît l'amour qui nous place entièrement dans le domaine de la loi, car il porte en son sein l'obéissance à la volonté de Dieu. Si parmi ces vertus les unes tiennent de plus près à la religiosité, les autres à la moralité, cette différence se résout dans l'amour, le centre de toutes les vertus, l'unité vivante où se résument la religiosité et la moralité.
A présent nous devons comprendre toute la faus-
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seté du do^mc i^rotestant, que la foi justifie seule, sans les autres vertus. Le catholitiue regarde le salut comme le fruit dtt toute la vie supérieure ; il le fait <lériver de la foi, ck- l'amour et de l'accomplissement <lr la loi, o'est-à-dirc du principe rcli^-icux et du ]>rincipe moral réunis ensemble. Attribuant à ces <leux principes une valeur éternelle, il les place sur Il inènie llirne à l'égard de la vie bienheureuse. LuiluT, au contraire, ne voit la source du salut jue dans la toi, car la moralité n'est à ses yeux juiiiie chose terrestre et passagère : Les œuvres, lit il, procèdent d'un i)rincipe moitié corrompu ; donc elles ne peuvent nous ouvrir la porte du ciel. Nous avons déjà réfuté ce raisonnement : puistjue le docteur évangéliiiue reconnaissait aussi des imperfections dans la foi, ne devrait-il pas lui refuser, comme aux œuvres, la vertu de produire la justice et le salut ? Au reste, André Poach, pendant les disputes sur la coopération de l'homme, s'exprima avec plus de logiciue et d'une façon plus formelle que Luther: il dit nettement (jue l'observation la plus parfaite de I.i loi ne contribue, en tpioi cjue ce soit, au l)onheur éternel.
Moelîler termine en rappelant celle idée protestante que le mal est la condition nécessaire de l'homme comme être fini, et en donnant un raccourci des conséquences où m(''ne cette idée.
Il conclut que pour sauver la Justice el la .sainteté divines, pour maintenir la liberté humaine, assurer la dignité de la loi morale, affermir la vraie notion du mérite
Jn4 MOEHLER
et du démt'rite et no pas laisser tourner la n'rdcmption (•n folie, les catholiques doivent rejjousser la (UfClnnc protestante sur la justification (i).
CONCLUSION La Réforme au point de vue moral.
Les apôtres du XVI*^ siècle placèrent l'élément religieux dans une vive lumière et ils firent disparaître l'élément moral dans d'épaisses ténèbres.
Si nous voulons comprendre jusqu'à quel point le protestantisme exalte le principe religieux, rappelons-nous l'idéequeLuther et Mélanchthon donnèrent de la Providence au commencement de la Réforme et que Calvin défendit jusqu'à la fm de ses jours. Selon ces docteurs, non seulement Dieu gouverne l'univers, mais encore il produit et coordonne tous les événements qui se succèdent dans l'ordre moral ; l'homme n'est qu'un instrument sous sa main. Tout est en Dieu et Dieu est en tout. Or, les Réformateurs transportèrent ces principes de l'ordre moral dans le domaine du christianisme ; les rapports que nous venons de voir entre Dieu et l'homme, ils les rétablirent entre le Christ et le fidèle. En effet, dans leur doctrine, le Sauveur est tout en tout ; son Esprit seul produit les pensées religieuses, les bons désirs, la justification, le salut tout entier. Ainsi, de
(i) Symbolik, p. 220-240.
même que l'homme disparaît devant Dieu, de même le chrétien disparait devant Jésus-Christ. Les paroles suivantes vont nous montrer en (luehpu- sorte le ^erme de toute cette croyance dans l'àme de Luther : « Au commencement de la réformation, (juand la vérité commentait à se lever sur le monde, le docteur Staupit/, vicaire général des Augustins, me dit : Ce (jui me procure les plus grandes consolations, c'est (jue ladoctrinede rLvangile, (jui revient maintenant à l.i lumière, donne tout honneur, toute gloire à Dieu et rien à l'homme. A présent il est clair comme le jour (ju'on ne i)eut attribuer à notre Seigneur Dieu trop de gloire, trop de honte, trop de miséricorde, etc. l^ncore une fois, cela me console ; et c'est aussi la vérité (jue l'ICvangile refuse à l'homme tout honneur, toute sagesse, toute justice et n'attril)ue tout cela (ju'au Créateur, (jui fait toutes choses de rien. \\t ne serait-il pas beaucoup plus sur de trop accorder à notre Seigneur Dieu, cjuoiqu'on ne puisse jamais lui trop accorder. . . Certes, ce n'est ni errer, ni j)écher (jue de rendre à Dieu et à l'homme ce (|ui leur revient à tous les deux, ce (jui leur appartient en propre. »
Quand on lit Luther, on se croit ramené tout à coup aux premiers âges du monde, au temps où les enfants d'Adam, encore chancelants dans la chute originelle, ne pouvaient séparer leurs propres actions des actions de Dieu. Luther ne saisit point la vraie notion delà liberté ; il vit dans cette faculté morale la mort de tout sentiment religieux, 1.1 ruine de l'humilité chrétienne ; il la rejeta comme
1256 MOICHLER
un crime de lèse-majesté divine ; être libre, pour lui, c'est être Dieu. Aussi (|u'arriva-t-il ? \'oulant détruire la volonté propre, il détruisit la volonté même ; et pour anéantir l'é^oïsme, il anéantit le moi humain ; essaie-t-il de prouver que l'homme ne possède plus la liberté supérieure^ c'est-à-dire la liberté que donnent la vérité et la vertu, il prouve en même temps et malg-ré lui que l'homme ne possède aucune espèce de liberté. Comme il était placé dans un faux point de vue, jamais il ne put reconnaître, dans l'idée catholique de l'humilité, l'humilité même, pourquoi ? parce qu'il la faisait consister dans la négation de la personnalité, de la spontanéité ; tandis qu'elle est l'hommage volontaire de nos facultés religieuses et morales, le libre sacrifice de tout notre être. Il dit à l'enfant d'Adam : « Pécheur, tu es sous le joug de la nécessité et tu veux être libre, voilà ton péché. » Les catholiques disent, au contraire : « O homme, tu es libre, mais perds ta liberté devant Dieu et tu la retrouveras consommée dans la grâce. » Ici nous comprenons comment l'homme peut aspirer à une fausse liberté, et Dieu est justifié pour l'existence du mal dans le monde, tandis que, dans le protestantisme, Dieu est finalement l'auteur du mal.
Les Réformateurs méconnurent nécessairement l'essence de la moralité en méconnaissant la liberté, c'est-à-dire le mérite et le démérite. Cependant ils accusèrent les catholiques de manquer d'humilité, alors que les catholiques peuvent seuls, sans contredire leur doctrine, se reconnaître pécheurs devant Dieu, c'est-à-dire pratiquer l'humilité.
LA JUSTII ICATION
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Moc'hier se résume en disant (juc, traduit en paroles claires, le mot croire sijj^nifie, dans le protestantisme, se rendre à Dieu tels qu'il nous a crées et qu'il nous a faits durant le cours de notre? vie ; attendre avec confiance (lu'il nous délivre du mal dont il est l'auteur, et dans le(iuel il nous a lui-même intluits. Dans ce système, sans doute, il ne revient aucune «gloire à l'homme ; mais Dieu pi'Ut-il encore être tjlorifié ? Moehler en laisse le jugement au lecteur i i .
(i) Symbolik, p. 240-244.
CHAPITRI': V
Les Sacrements
Théorie catholique sur la vertu des sacrements ; la formule « opus operatum ».
/*" Origine de cette formule : sacretneiits Juifs et sacrements chrétiens.
Les sacrements catholiques opèrent, dit-on, ex opère operato. Cette terminologie date du Xlil*" siècle ; dès lors on s'en est servi comme d'une expression désignant la nature de la différence entre les sacrements de la loi nouvelle et ceux de la loi ancienne, tels que la circoncision, les sacrifices, les ablutions, etc. Quant à ces derniers, deux systèmes partageaient les savants. Selon les uns, à la tète desciuels étaient l'auteur de la Glose, Pierre de Poitiers, Pierre Lombard, ces sacrements étaient appelés, d'un côté, à représenter emblématicjuement aux Israélites éclairés les mystères qu'un jour le Christ devait réaliser, et, d'un autre côté, à peser fortement sur les Israélites charnels pour les éloigner
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de l'idolâtrie ; cependant ils n'avaient aucune vertu justifiante, alors même (ju'ils se pratiquaient avec la foi et la charité.
Selon d'autres théolog-iens catholifjues ([ui reconnurent comme chef Hugues de SaintA'ictor, lessacrements mosaïciues, outre qu'ils avaient pour fm de faire l'éducation relig-ieuse des Juifs, outre qu'ils étaient les imao^es des choses futures, renfermaient quelque puissance surnaturelle ; excitant la foi au Sauveur et à ses sacrements, contenant une profession de foi, ils avaient le privilèg^e de communiquer la grâce justifiante, non par eux-mêmes, mais par les rapports (ju'ils établissaient, par les sentiments qu'ils provoquaient vis-à-vis des choses futures /"per accidens justijicant, non per sej. Leur opération était assimilée à celle d'une cause extérieure instituée par Dieu, supposant la croyance à la rédemption et produisant ses effets par l'efficacité des mérites futurs du Christ ; la grâce n'était pas une conséquence immédiate de leur essence mème.
A cette autre question : en quoi réside l'excellence, la richesse des sacrements de la loi nouvelle ': les théologiens des deux systèmes répondaient à l'envi : ces sacrements produisent une grâce divine qui leur est attachée d'une manière immédiate, ce qui était refusé aux cérémonies de l'Ancien Testament. Les sacrements mosaïques n'opéraient la grâce que par les actes de foi et de charité de celui qui les recevait, ou encore par un acte de charité fraternelle (opns operaniis) ; les sacrements chrétiens, au contraire, opèrent comme tels, c'est-à-dire comme actions
extérieures d'institution divine, ou ex opère opcrato. Tandis (jue les sacrements de l'ancienne loi étaient (les signes de la g'ràce, ceux de la loi nouvelle en sont é<;^aleinent la cause ; ils apportent à l'àme la i^ràce par leurs propres forces, par les forces (jue le Christ a obtenues par sa mort et (ju'il a déposées dans ces fontaines de salut ; ou, selon rex[)ression de I lu^ues de Saint-\'ictor, ils communi(|uent la i^ràce par la sainteté (ju'ils ont en dépôt (i).
j" Se)2S de la fornmle « ex opère ope rat o ».
De ce (jui précède ressort clairement le sens de la formule ex opère operato ; elle fait antithèse avec les symboles qui étaient en eux-mêmes vides de toute <rràce, avec un culte purement fit^uratif, ima^^e du culte futur et véritable. Ce culte fii^uratif ne pouvait pas par lui-même conduire au salut, le Sauveur ne s'étant pas encore manifesté au monde ; il ne pouvait |)as encore assurer la g'ràce au moyen de signes sensibles, la g-ràce ne s'attachait qu'aux actions intérieures <le l'homme, à l'insu de l'homme. Par 0|)position, la formule ex opère operato a été reçue dans le langage théologique pour indicjuer cju'aux sacrements de la loi nouvelle est attachée, en tant (jue ces sacrements sont des actions extérieures et seiisihles, une force plus haute, une force divine, (jui justifie le croyant, sorte d'analogie avec le Rédempteur lui-même, (|ui est api^aru sous nos sens pour opérer sa besogne rédemptrice (2).
(1) Nette l'ntersuchutti^en, p. 3i.S-33o.
(2) Xeue Untersuchunçeti^ p. 33 j.
262 MOliHLER
J" Collahoratioii nci essai rc de l'/iouunc avec Dieit pour l'cfjlcacité des sacrements.
Inclépcndainnient d'un inf-)uvcment pieux ou des mérites du fidèle, la ^rràce justifiante est déposée dans nos sacrements, dans ce culte réel et extérieur, établi par le Sauveur. Cependant, d'après les scolastiques, l'homme participera-t-il suffisamment à ce culte de miséricorde, sans produire des mouvements pieux, sans poser quelque acte ? Pour que les dons divins atteignent leur but, n'exig-e-t-on pas des conditions subjectives ? Les théologiens laissent-ils le fidèle dans une simple passivité ? X'exigent-ils rien plus, de lui, que le propos d'éviter le péché mortel? On pourrait les accuser, alors, de rabaisser le chrétien au-dessous du juif, de le rabaisser d'autant plus ignominieusement que les merveilles faites en faveur du chrétien surpassent de loin celles qui avaient été faites en faveur du juif.
Saint Bonaventure, dans son court aperçu sur la foi chrétienne, veut que les sacrements, pour produire leurs fruits, soient accompagnés d'une suffisante disposition del'àme. Dans l'adulte aspirant au baptême, il exige la foi et la pénitence, afin que la négligence humaine n'empêche point le sacrement d'obtenir ses effets. Quant à l'Eucharistie, il s'exprime ainsi : « Nous devons recevoir de fait le Sauveur, non seulement dans nos membres corporels, mais dans l'intimité de l'âme ; celle-ci, le reconnaissant, lui donnant sa volonté, contracte l'union la plus parfaite avec lui ; cette union est l'effet delà foi et de la charité. 11
faut donc que celui (lui veut s'approcher clignement du banciuet céleste, le fasse d'une manière toute spirituelle, afin que les lumières de la foi et les ardeurs de la charité puissent jouir du Sauveur et l'accueillir. De cette façon ce ne sera pas tant nous-mêmes (jui consommerons la chair divine, (jue ce ne sera le Christ (^ui nous transformera en lui-même, (jui nous joindra à son corps mystique. De là il est clair ([ue celui ijui s'approche de la table sainte avec négligence, sans attention, sans la conscience de son néant, mange et boit sa condamnation, n'ayant que la dérision pour un mystère si auguste. »
Il n'est pas nécessaire d'examiner à cet égard le sacrement de pénitence, puisque la douleur et le bon propos du pécheur sont immédiatement exprimés au confesseur, puisque c'est seulement à cause du vif désir de rentrer en grâce avec le vSeigneur (jue le prêtre prononce les paroles de l'absolution. On ne peut pas dire, ici, que le fidèle se conduise d'une façon simplement négative.
L'extrême-onction, dit encore saint Honaventure, on l'administrera uniquement à ceux (jui la désirent et dont le sentiment reli<ricux se dresse vers le ciel.
L'homme, explic|ueDuns Scot,dans son pèlerinage d'ici-bas (viatorJyTi reçu de Dieu l'idée, l'image, le symbole d'un bien supérieur ; cette image n'est pas seulement spéculative, capable de retracer à l'esprit un bien proposé, mais encore pratique, assurant l'homme (jue le bien se donnera avec le symbole ; par là s'élève en nous la connaissance certaine de ce bien, le vœu (cffcciiitft ardattcr quœrcrc), le désir
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ardent ((icsidcriiuii causal j d'y atteindre en réalisant l'opération symbolique indicjuée. Ainsi l'homme aura à ne pas né^^^lig^er certaines préparations nécessaires pour (jue le don céleste accompagne la réception du symbole. Il résulte encore de ce qui précède que le silène pratique ne garantira pas une certitude absolue de voir l'effet promis se produire dans toute la généralité des cas ; il ne garantira cet effet que dans le cas où la disposition nécessaire de l'homme, comme coopération subjective à la grâce, aura précédé la cérémonie sainte. La certitude qu'amènera le signe sensible sera donc subordonnée aux dispositions du fidèle. Voilà ce que voulait le maître de l'Ecole en disant que le signe sert d'enseignement, d'exercice préliminaire et d'humiliation devant le Sei<Tfneur.
Après cela que signifiera cette phrase scolastique : « les sacrements justifient ex opère opei^ato ? » Impossible de lui prêter un autre sens que celui-ci : Dans les sacrements est présenté au croyant un principe divin, œuvre unique du Seigneur, indépendant de toute opération humaine ; ce principe a pour mission de rétablir dans le fidèle l'union vitale avec Dieu, de la consolider ou de lui communiquer une nouvelle puissance d'ascension. Cependant pour que le don céleste remplisse sa mission dans l'homme, il est requis que celui-ci se soit préparé dignement à le recevoir, ce qu'il fera en ouvrant tous ses sens spirituels, toutes les facultés de son âme, à l'action des lumières et des forces du Saint-Esprit. Alors la connaissance de Dieu, opprimée par le péché, sera
comme affranchie ; l'àme se dressera, selon sa tni dernière, vers son Créateur, vers son Sauveur ; ima^e de la divinité, portée vers Dieu par des désirs ardents et propres à sa nature, elle lui demandera avec instance secours et consolation, et soupirera après l'union avec lui, ou vers une union plus forte et plus ample.
On voit de nouveau «n tout crci la nécessité de la préparation humaine pour la réception de la justice spirituelle ; en effet les sacrements de baptême et de pénitence, conférant la g-ràce justifiante, exig-ent la douleur des péchés, et les autres sacrements ne donnent leurs fruits, normalement, qu'à ceux (jui, i)ré.ilahlement, jouissent des bienfaits du sacrement de pénitence. Les scolasti(|ues ont montré une orrande saî^acité en préférant l'expression nég-ative de cette doctrine : « les sacrements justifient (unissent le croyant à Dieu) dans la supposition cju'il n'y a pas d'obstacle (o/^cx) du coté de l'homme » ; car, d'un côté l'àme ne peut pas sortir de l'état dans lequel elle est renfermée en elle-même et cantonnée dans le délaissèment, sans s'offrir au service de l'Ktre ^Suprême ; et de l'autre côté, par elle-même elle est dans la plus complète impuissance de contenter les désirs si violents (jui la dévorent ; son activité vis-à-vis de Dieu doit se borner à prendre une attitude passive, à se laisser gouverner, à ne pas mettre d'obstacle aux opérations d'en haut, à exploiter les dons célestes qu'elle a agréés ; voilà ce (jue la formule en (|uestion traduit admirablement (i).
(i) A>«^ UnlersuchungâH, p. 33i-342.
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Théorie luthérienne sur les sacrements, signes d'union entre Dieu et l'homme.
Au début de la Réforme, Luther et Mélanchthon se mirent en abrupte opposition avec les catholifjues ; pourquoi ? parce qu'ils ne comprirent qu'à demi la justification de l'homme devant Dieu. D'abord ils placèrent bien loin en dernière ligne la communication de la sfrâce par les sacrements ; ils allèrent même jusqu'à la révoquer en doute. Jamais ils ne virent dans ces rites divins (ju'un g"age de véracité de cette promesse divine que le péché serait remis ; et c'est pour cela qu'ils n'y assignèrent d'autre fin que celle d'assurer le fidèle du pardon de ses péchés, de le consoler, de le tranquilliser. Mais si vous enlevez aux sacrements la vertu de conférer et d'offrir à l'homme la grâce sanctifiante, il faut, dès lors, en attribuer toute l'efficacité à celui qui les reçoit ; aussi les docteurs wittenbergeois dirent-ils nettement qu'ils ne portent de fruits que par la foi au pardon des péchés. En conséquence, ilsrejetèrent la formule opus operatîtnt^ qui constitue le caractère objectif de ces moyens de salut, et tout fut ravalé à n'être que subjectif.
Une autre opposition dogmatique prend également sa source dans l'idée que les Réformateurs se formèrent des sacrements en général. Les catholiques, aux yeux de qui le pardon des péchés et la sanctification ne forment qu'un seul acte divin, attribuent aux sacrements qui opèrent la justification la vertu de produire en même temps ces deux effets. Si donc les
mystères de Dieu sanctifient l'homme, ils remettent également ses péchés ; ou s'il est déjà purifié de ses souillures, ils augmentent en lui la grâce sanctifiante. Le protestantisme, au contraire, ne préconise que le pardon des péchés ; aussi ne voit-il dans les sacrements (|ue le moyen d'affermir la foi en la miséricorde divine. Mélanchthon, dans la première édition de ses Lickx thcoloiriqucs, ne semble pas même avoir pressenti (ju'on put s'en former une \i\^ç^ plus complète, et telle est aussi la doctrine défendue par Luther dans son écrit de la Captivité de l'Église à Baôy/ofie (\).
Que le protestantisme répute le baptême des enfants comme parfaitement incompréhensible, cela ne comporte aucun doute. Car si les sacrements n'ont en eux-mêmes aucune vertu ; s'ils n'agissent que par la foi, de quelle utilité pourraient-ils être à l'enfant (jui n'a pas l'usage de la raison ? Les anabaptistes ne tirent que tirer les conséquences de la Réforme primitive, et c'est en vain que Luther s'emportait contre eux sans mesure : il ne pouvait les combattre avec avantage (}u'en abandonnant ses propres principes.
Il est également clair que, dans la doctrine protestante, le dogme de la présence réelle est destitué de tout fondement, dépourvu de toute signification, l'.n effet, n'admettez-vous dans la Cène que le gage du pardon des péchés, il n'est plus besoin dès lors (jue le Christ lui-même réside sur nos autels, dès lors le simple pain et le simple vin peuvent produire tout
2()S MOliHLER
l'effet (|u'on attend du sacrement. De même qu'aux pr(tmi('rs à^es du monde, il n'était pas nécessaire (jue Dieu fut personnellement dans l'arc-en-ciel, pour assurer les habitants de la terre cju'ils ne périraient plus par un déluj:re : de même il est inutile fjue le Sauveur soit réellement i)résent dans l'Eucharistie, pour assurer le fidèle du pardon de ses péchés. Cette connexité log-ique n'échappa pc>int à André Carlostad, et bientôt il vint tourner contre la présence réelle les armes forgées par Luther (i).
Progrés de la négation : de Luther à Carlostad.
Quoi qu'il en soit, continue en substance Moeliler, nous avons maintenant la clef de ce passage de Luther : « Il y a déjà cinq ans que j'ai les mêmes pensées que Carlostad, et je les aurais volontiers exposées au grand jour pour donner un soufflet au papisme, mais j'en ai toujours éiv empêché par la claire parole de l'Évangile. » Ainsi Luther se sentait entraîné par ses principes à nier la présence réelle ; et ce dogme, qu'il crovait fondé sur l'I^criture sainte, ne trouvait aucune place dans son système ! Et d'ailleurs, sur quoi fondait-il son apostolat ? sur celle allégation que l'Église, fourvoyée dans sa route, s'était écartée des sentiers de la vérité. Or, n'est-il pas absurde dédire, d'une part, que l'Église s'est écartée du Christ en tant de graves matières ; d'une autre part, que Jésus-Christ habite en elle réellement, personnellement ?
La conséquence renfermée dans les principes luthériens était la répudiation de tous les Sacrements, ou l'indifférence à leur endroit : dès les premiers temps de la
(i) Symbolik, p. 268.
Rt'formc, Carlostad et Schwenkfeld y inclinent. Luther et Mélanchthoa disaient souvrnt (jue les sacrements ne sont d'aucune utiliti- pour l'iK^nirne ferme dans la foi aux promesses divines, en sorte qu'ils n'ont d'autre but que de certifier le pardon des pc'chcs, Carlostad objecte : « Celui (juia la un-moire du vSauveur possède la paix par le Sauveur ; or, si la paix et l'assurance nous viennent de Ji'sus- ( 'hrist, comment les choses créées, choses sans Ame, pourraient-elles nous donner l'assurance et la paix ? »
Lorsque Luther entendit ses propres pensées dans la bouche des autres, alors, mais alors seulement, il les trouva fausses et dangereuses. Aussi, dans son Cirand Catéchisme, ne laisse-t-il échapper aucune parole tendant à infirmer la nécessité des sacrements ; tout au contraire,. il fu exalte la vcrlu t-t l'efficacité (i).
Doctrine de Zwingle sur les sacrements, signes d'union entre les hommes.
A L'i suite de Luther et de Mélanchthon, et allant plus loin dans leur sillas^e, Zwingle se forma la doctrine la plus indigente sur les sacrements ; il ne vit, dans ces véhicules de grâce, que des cérémonies par les([uelles le fidèle se montre membre de l'I^orlise et disciple de Jésus-Christ. \\x\ conséc|uencc il approuve les réformateurs allemands (juand ils ri'fusent à nos rites sacrés la vertu de contribuer en (juoi que ce soit »i la justification ; mais lorscpi'ils les proclament les gap^es de l'amitié céleste, il les censure : <: Cette foi-là n'est rien, dit-il, qui a besoin de signes visibles pour croire au pardon des péchés ;
( I ) Symbolik, p. 20()- j ; i .
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et du reste, en s'approchant des sacrements, h- fidèle donne plutôt à ri^^'lisc! unc! preuve de sa foi, rju'il n'en reçoit lui-même le sceau et la confirmation. » Ainsi les Réformateurs de Wittenber^, foulant aux pieds la doctrine de l'I^criture sainte et renversant le témoignage de tous les siècles chrétiens, n'avaient montré dans les sacrements que les signes de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes ; le Réformateur de Zurich, allant plus loin, les présenta comme n'étant que des signes d'union entre les hommes. Qui pourrait encore, dans cette doctrine, attacher un sens à ces paroles du divin Maître : « Celui qui croira et sera baptisé, celui-là sera sauvé ? » Et que signifie le passage où saint Paul appelle le baptême /e bain de la régénération opérée par l'Esprit- Saint ? Et que dirons-nous de Zwingle lui-même ? Il n'aborde la matière des sacrements qu'avec incertitude et tâtonnement ; il est plein de tolérance et d'égards pour toutes les convictions sincères, sauf celles d'Emser et d'Eck ; il a donc le droit de réclamer l'indulgence du lecteur, s'il fait quelques faux pas sur un terrain si glissant. Quoi ! s'agit-il d'opinions humaines, de doctrines douteuses, de paradoxes ? L'Eglise seraitelle donc une institution si défectueuse, une société si imparfaite, qu'elle ne sût point et ne pût savoir ce qu'elle pratique tous les jours, ce qu'elle doitpratiquer par l'ordre de son divin Fondateur jusqu'à la consommation des siècles ! Mais sitôt qu'on eut délaissé la base éternellement sûre de la foi, tout devait chanceler, et toutes les définitions devaient être abandonnées aux caprices d'opinions isolées.
LES SACRliMENTS -'7 1
Doctrine de Calvin sur les sacrements.
Calvin contredit Zwinj^^lc directement ; il ne diffère point de Luther, sauf sur un point fondamental. Dès le début, il élève bien haut la dignité des sacrements, il leur attribue la plus <rrande efficacité, et en recommande avec instance l'usage ; mais il tinit par se mettre en opposition soit avec les catholitjues, soit avec les luthériens. Kn effet il sépare la vertu sanctifiante du si<^ne extérieur, il ne veut pas (jue la i^ràce soit unie à la substance matérielle ; aussi, dit-il, ce ijui est offert à tout chrétien, ce n'est point la nourriture divine, mais bien cet élément matériel.
Qui ne voit, au reste, la nécessité de cette doctrine dans le système de Calvin ? Car si la^ràce n'est donnée qu'aux élus, il est clair ciu'clle ne peut être attachée à un si^ne sensible. D'un autre coté, la ^ràce divine a^jit irrésistiblement, dit le réformateur ; donc un réprouvé pourrait passer au nombre des élus, si sous un i)ain matériel le Ciel lui présentait une nourriture et une force divines. En consé(iuence le réprouvé, dans le baptême, n'est lavé cjue d'une manière purement extérieure, et il ne reçoit dans la Cène que du pain et du vin ; doctrine tjui parait avoir été aussi enseignée par Goltschalck, le prédestinatien du ix'' siècle.
lùifin le réformateur de (ienève n'admet non plus <iue deux sacrements, le baptême et l'Kucharistie (i).
(i) Syfnbolik, p. 271-274.
MOi:irij:F<
Doctrine catholique et doctrines protestantes sur la pénitence.
En recevant le bapt^tme, le fidèle promet àri-L^lisc de ne violer en matière grave aucun commandement du Seig-neur, mais de faire constamment de nouveaux prog-rès dans la vertu . Cependant s'il a le malheur de commettre un péché mortel, aussitôt les ténèbres du monde, la folie du siècle, la vie profane rentrent dans son esprit, il a perdu la grâce du baptême et ses rapports avec Dieu sont interrompus. Comment donc rétablira-t-il ces rapports ? Par un autre sacrement qui renouera ses rapports avec Dieu : la pénitence. Ce saint mystère, toutefois, n'est pas seulement institué pour ceux chez qui l'Esprit du Christ a cessé d'habiter ; il apporte à tous les fidèles de nombreux bienfaits ; il éclaire, encourage, amende, pacifie et console.
Il en est tout autrement dans la doctrine des luthériens et même dans celle des réformés. Comme à leurs yeux l'Esprit divin ne peut détruire le péché dans la régénération, comme le mal héréditaire subsiste encore dans l'homme justifié, les rapports du fidèle avec le Christ se présentent sous un tout autre point de vue, et ses péchés, même mortels, n'apparaissent plus comme détruisant la grâce du baptême, ni par conséquent l'union avec le vSauveur. D'un autre côté, si nous les en croyons, tous les péchés sont les formes particulières du péché primordial non aboli^ mais pardonné, dans le baptême, et l'homme est entièrement passif dans l'œuvre de sa sanctification. Or
LES sacrkmi:nts 27.>
(jue suit-il de cette doctrine ? C'est que non seulement le baptême donne l'assurance dr la rémission des péchés passés, mais qu'il est encore le g*a^e du pardon de tous ceux ([ui seront commis dans l'avenir. Le baptême est donc une absolution générale pour la vie entière ; à chacjue péché, il suffit de l'appliquer de nouveau par la foi, de rafraicliir les promes ses dont le baptême est le sceau (redressas ad ôafih'simtni). C'est ainsi (jue les protestants attribuent au baptême les effets de la pénitence ; disons mieux, c'est ainsi qu'ils effacent la pénitence du nombre des sacrements.
Aussi Luther ne peut-il pardonner à saint Jérôme d'avoir appelé la pénitence la seconde planche de saint, car la première, (jui est le baptême, ne peut se perdre, dit notre docteur, tant (|ue l'homme effrayé par ses péchés retourne aux promesses de ce sacrement, et Luther allègue ici le précepte ecclésiasti([ue cjui interdit de réitérer le baptême. Les catholiques conçoivent les effets du baptême comme s'étendant à la vie entière en ce sens qu'il y a, pour cette vie, une oblii^ation morale de s'écouler pure et sans tache ; d'après Luther, les effets du baptême consolent toujours l'homme, dans tous ses péchés ! Si les Réformateurs avaient attribué aux eaux du baptême la vertu de renouveler intérieurement et de sanctifier le croyant, s'ils avaient fait de cette sanctification et de la justification une unité indissoluble, ils auraient vu que la g^ràce du l^aptême peut se perdre par un péché mortel, et dès lors ils eussent placé la pénitence au nombre des sacrements.
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Mîiis comme pour eux l.i justificition n'était fju(! ]r. pardon des ])échés, et (jue le baptême certifiait ce pardon, ses effets subsistaient jusc|u'à la mort (i).
La crainte des juf^'ements de Dieu, aux yeux des catholiques, n'est (ju'une disposition au repentir ; c'est un germe duquel doit sortir et s'épanouir, après qu'il s'est par ailleurs fécondé, (luelcjue chose d'éminemment plus noble, la contrition parfaite. Marchant avant le repentir, la confiance et la foi, disent les catholiques, doivent encore enfanter la haine du péché etl'amour de Dieu, en sorte que ces deux sentiments sontaussi renfermésdans la pénitence. Ou'estce donc que la contrition parfaite ? C'est la douleur du péché conçue par amour de Dieu, avec le ferme propos d'accomplir à l'avenir tous les commandements. Dans tous les cas, pour qu'un mouvement du cœur mérite d'être appelé contrition, il faut au moins qu'il renferme la volonté sincère de ne plus pécher, lors même que cette volonté ne serait point produite par un complet épanouissement des motifs les plus purs.
Si l'on met ces principes en face de la Réforme, on verra se reproduire toute la controverse sur la justification. D'après les protestants, l'effroi de la conscience nous rend seuls dignes des mérites de Jésus-Christ ; puis la foi comme organe, délivrant l'homme de ces terreurs, le fait juste aux yeux de Dieu ; puis, quand le fidèle est justifié, le dessein de changer de vie et l'amour de Dieu sont attendus
(i) Symbolik,-^. 277-280.
comme fruit de la foi, mais ne contri!)uent en aucune façon à rendre l'homme agréable à Dieu, et ne caractérisent donc pas l'idée protestante de contrition. Selon la doctrine catholi(iue, au contraire, la sanctification et la rémission de l'offense constituent une unité inséparable ; donc pour (|ue l'homme obtienne le pardon de ses péchés, il faut cjueson àme soit mue |)ar d'autres sentiments que la simple crainte (2).
La confession dans le catholicisme.
La doctrine de la contrition exerce une grande influence sur le dogme delà confession. Les catholiques disent : Tout ce qui affecte profondément l'homme doit s'exprimer au dehors ; ainsi l'amour de Dieu se manifeste dans les œuvres d'amour envers le procliain, et tout ce que nous faisons cà nos frères, nous l'avons fait à Jésus-Christ même. 11 n'en est point autrement de la contrition et de l'aveu de nos fautes devant Dieu : quand l'dme est brisée parle repentir, ce sentiment veut se révéler au grand jour ; alors nous confessons nos péchés à l'I^glise, et tout ce cpie nous faisons au prêtre, nous l'avons fait à Jésus-Christ, car il tientsa place. De même cju'un aliment malsain, dit (Jrigène, altère la santé, vicie les organes tant (ju'il reste dans le corps ; ainsi le péché tourmente l'homme intéri<?urement, tant (ju'il n'a pas été arraché de la conscience par la confession. Que deux ennemis désirent sincèrement se réconcilier, ils se sentent entraînés par une force invincible à s'avouer
(2) Sytnf^olik, p. 283-284.
leurs torts, et cet .ivcii ramène seul la paix et la concorde au fond de leur c(r*ur. Telle est, en effet, la nature de l'homme, (ju'il ne croit point lui-même à ses propres affections, s'il ne les voit manifestées à l'extérieur ; et dans la réalité, les mouvements de l'àme ne sont parvenus à leur dernier complément que lorscju'ils ont reçu une forme visible. Au reste, pour être vrai, l'aveu intérieur doit entrer dans les détails et se dévoiler à lui-même toutes les plaies de la conscience. Nous ne péchons pas seulement en général, mais nous nous rendons coupables de telle et telle faute en particulier : donc la confession devant Dieu doit embrasser le dénombrement des péchés ; de même par conséquent la confession faite au prêtre.
Nous devons dire précisément le contraire dans la doctrine protestante. Ici la contrition du cœur, l'aveu intérieur, ne renferme que la crainte des vengeances divines ; le repentir n'est pas la douleur, la haine du péché, car ce n'est qu'après l'absolution que ce sentiment éclot dans l'àme du chrétien. Un aveu montrant le péché au grand jour est donc absolument impossible, puisque l'homme ne se trouve point dans la disposition qui pourrait seule le déterminer à cet aveu. Le mal est encore enraciné dans la conscience : comment pourrait-il se produireàlalumière? Dans cet état, la honte égare l'esprit du chrétien, car le péché n'est point devenu étranger à la volonté. Au contraire celui qui déteste, abhorre le péché, le confesse avec douleur, et tout ensemble avec joie : avec douleur, parce que le péché est le mal propre
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du pécheur ; .ivcc joie, parce cjue le pécheur s'en sépare et s'en éloigne en le confessant. Cela cIdIi nous faire comprendre l'aversion des protestants pour l;i confession catholique : effectivement elle dev^ait leur paraître le bourreau des consciences (carfii/ici/ia conscicntiantin). Aussi (juehjue favora- I)K's ([u'aient été les premiers Réformateurs à la confession auriculaire, bientôt elle fut abolie et elle devait l'être nécessairement, puistjue dans leurs principes elle est à tout jamais impossible. l"^h ! comment l'homme pourrait- il déclarer ses péchés, lorscjue le péché lui ferme la bouche ? comment le mal pourrait-il sortir de son cœur, si ce cœur ne peut point se séparer du mal ? Cependant les nouveaux docteurs voulaient conserver l'absolution du prêtre ; ils disaient : Puisque le fidèle doit participer à la rémission g^énérale des péchés, il est très louable de l'absoudre en particulier.
Ainsi, termine en substance Moclilcr, la contrition forme l'essence de la [)i'nilcnce, la confession lui donne sa forme et son compK inc-nt, la satisfaction la confirme et l'affermit. A ces trois actes si nous ajoutons l'absolution, nous aurons le sacrement. Au reste, l'absolution n'est pas la simple déclaration que les péchi's sont remis. Dans les principes catholiques, l'effroi (hi ca.'ur ne constitue pas l'idée de la pénitence, et la foi comme or^jane ne rend i)as seule juste aux yeux de Dieu ; mais c'est l'absolution du prêtre jointe aux trois actes du pénitent, c'est le sacrement dans toute son intégrité, qui donne la *jri\ce divine, cjui purifie l'homme de ses souillures et le sanctifie dans tout son être. On dit souvent que le prêtre
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calliolicjiKî al:).sout en son nom, et le ministre j^rolesiant au nom de Dieu. Celte appréciation est fausse: jamais liomme raisonnable n'a prétenrlu remettre les pc'clu's par son propre pouvoir (i).
Laquelle des deux conceptions, catholique ou protestante, prédispose le mieux au pardon des péchés ?
La question importante dans le parallèle des deux confessions est celle-ci : Comment surgit une douleur plus profonde du péché, là où l'iniquité est tout à fait effacée, là où l'homme est tout à fait renouvelé? Le catholique répond aussitôt : ce n'est pas le système luthérien qui inspirera la contrition la plus sentie, car avant de laisser l'homme parvenir à un vrai et complet sentiment du péché, il lui apporte déjà par la foi les joies du pardon. Les terreurs qui sont l'effet des menaces de la loi sont aussi impuissantes pour produire ce sentiment puisqu'elles ne s'appuient pas sur la véritable connaissance de Dieu et de l'homme. Le pécheur, s'élevant aussitôt par la foi jusqu'au Christ, est déliv^ré du poids de ses iniquités, et conséquemment les oublie pour ne plus penser qu'au Sauveur. Avant de s'être réellement reconnu coupable, il a cessé de l'être devant Dieu. De là, la nécessité pour les protestants, quoi qu'ils fassent, de ne pouvoir déclarer la sainteté un organe requis pour le salut.
Qu'enseigne en revanche le catholique ? L'homme,
(i) Symholiky p. 283-289.
avant de saisir la malice du péché, doit avoir la foi réelle au Christ, ainsi (jue le germe de l'amour de Dieu par le Christ, c'est-à-dire une disposition le portant à ouvrir son cœur à cet amour ; toute la malice de riiiicjuité, il la concevra seulement alors <|u'il commencera à comprendre par expérience ces paroles : « Dieu a aimé le monde au point de sacrifier pour lui son Fils unitjue. » Voilà l'admirable motif (jui dans l'Hi^lise catholit|ue sert de base à la vie intérieure. Par là le péché se montrera à riiomme avec toute sa difformité ; avant qu'une inspiration du Saint-l^sprit l'eut appelé à des considérations plus relevées, il ne possédait pas d'échelle pour mesurer avec justesse l'éloig-nement de Dieu, suite de l'abus de la liberté, et pour apprécier au fond de son cœur ce (lu'un tel éloit^nement a d'horrible. Le pécheur n'obtient pas tout de suite la certitude (|ue ses fautes lui sont pardonnées, mais la certitude que Dieu est disposé à les lui remettre ; sans cela le désespoir s'emparerait de son àme. Si vous accordez dès le principe au coupable l'assurance que tout est pardonné, vous coupez court à sa dou leur avant (ju'il ait eu le temps de s'y enfoncer; d'autre part le désespoir serait l'enfer même ; que faut-il donc? le sentiment né du germe de l'amour, <jui est caché dans le cœur, soutient l'homme par l'espoir du pardon promis par le Seigneur ; et ce sentiment nourrit la contrition jusqu'au moment où il s'est mûrement préparé à rentrer en grâce avec son Créateur, à recevoir la sanctification (i).
(i) Symbolik, p. 366-367.
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La confession des péchés à Dieu, et l'institution de la confession des péchés à un homme ; efficacité de cette institution.
La confession sacramentelle, telle que l'entendent les catholiques, est entièrement propre aux idées chrétiennes ; avant l'établissement de l'K^lise par le Sauveur, à peine trouve-t-on dans la révélation quelque chose qu'on puisse lui comparer, ce qui est rarement le cas pour les autres institutions chrétiennes. C'est qu'en effet l'esprit du christianisme a seul pu créer cette force du sentiment du péché, cette efficacité de contrition nécessaire pour la déclaration des iniquités. Ce fut alors que le péché, connu clairement et dans toute sa malice, en vint à s'avouer ; la conscience ne sut plus retenir en ellemême l'idée de s'être souillée de crimes affreux. Aucun catholique qui s'est examiné avec soin, n'ignore la différence qui existe entre l'aveu du péché que l'àme se fait à elle-même et l'aveu qu'elle en fait au confesseur. On se repentira cent fois de ses fautes, et l'on frémira encore à la pensée qu'on devra s'avouer coupable de prévarications déterminées devant un simple mortel comme nous. La douleur restera toujours plus ou moins impuissante, et nous laissera toujours dans une grande inclination vers le péché ; cependant le repentir se fortifie et parvient par des développements continuels à nous rendre facile l'accusation de nos fautes ; alors il nous paraît impossible d'avoir
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encore de l'afTection pour rinitjuité. C'est dans ces dispositions (jue le pécheur s'approche du sacré tribunal. Des millions d'hommes n'auraient jamais accjuis, sans le moyen sacramentel, la contrition qu'ils ont puisée dans l'aveu de leurs fautes.
Je ne veux pas parler de ces chrétiens, dont le nombre est immense, (jui ne donneraient jamais un coup-d'oeil à la disposition de leur conscience sans les exhortations périodicjues par lescjuelles l'Kjrlise en^a(re ses enfants à recourir à cette institution salutaire. Je ne parle pas non plus de ceux (jui ont reçu dans l'exercice de la confession l'instruction, les avis, dont ils avaient un besoin si urgent ; je n'ai (ju'à m'occuper de l'essence de la confession et non des avantages (jui raccompa<rnent.
(^)uand nous nous interrogeons devant Dieu sur nos man(iuements à l'égard de la loi, le résultat de cet examen est bien triste pour nous ; cjuand ensuite nous nous humilions devant notre Créateur, (jue nous lui confessons nos fautes, notre faconde pensera Dieu n'est-elle pas bien confuse, bien embrouillée, bien légère ? 11 n'en peut être autrement de la confession que nous adressons directement à Dieu. Très souvent nous croyons nous confesser au Seigneur, et nous nous confessons à nous-mêmes ; les pensées que nous croyons lui adresser sont des pensées de notre esprit ; la lionte ciue nous nous imaginons éprouver vis-a-vis du Seigneur se pose uni(|uement devant notre « moi » amélioré. Les choses changent de face par la confession sacramentelle ; la volonté divine se dresse à nos yeux concrète et précise ; tout prend
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une nouvelle vie par la présence d'un lionime avec cpii nous conversons, d'un homme revêtu de l'autorité suprême, tenant la place du Sauveur lui-même. Les pensées sur nos manquements, sur nos trans;:(ressions, se concentrent, prennent cohésion, et par suite se traduisent en paroles claires et faciles à saisir ; l'homme, se trouvant seulement vis-à-vis de sa propre conscience, est tenté de se cacher à lui-même, mais aux pieds du prêtre il est forcé de décrire intégralement l'état de son âme. Cela prouve sans réplique comment la confession est l'achèvement, la perfection de la contrition, comment elle relève l'esprit de pénitence, comment elle le rend plus intense que ne le ferait une simple confession intérieure adressée au Seigneur (i).
Las œuvres satisfactoires, d'après les théories protestantes, sont seulement des remèdes ; d'après les catholiques, elles sont aussi des peines.
La satisfaction est de deux sortes : l'une reofarde le passé seulement, l'autre concerne le passé et l'avenir tout ensemble ; la première doit réparer le péché, la seconde a pour but d'en prévenir le retour.
Le pénitent s'accuse, supposons-le pour un instant, de s'être approprié le bien d'autrui ; il faut, pour obtenir le pardon de ses péchés, qu'il restitue. Mais il arrive souvent que le bien dérobé ne peut être remis entre les mains du propriétaire légitime ; alors
(i) Xeiie Untersuchungen, p. 3 70-37 3,
que fait le confesseur ? Il exi^e d'après les temps et les lieux, selon les personnes et les choses, une compensation étjuivalente. On voit d'ailleurs (ju'on ne peut détester le vol, et conserver le bien mal accjuis. Ainsi, point de pardon à l'injustice sans restitution, par consé(iuent point de miséricorde sans œuvres satisfactoires. Voilà pour la première espèce de satisfaction ; elle consiste à faire ce (jue le repentir exigerait seul du pénitent.
Ensuite la santé recouvrée dans les eaux de la grâce doit être ménagée avec beaucoup de soin : il faut (|ue le pécheur, encore chancelant après sa chute, reprenne de nouvelles forces pour le bien. Aussi, connaissant l'état intérieur du pénitent, le prêtre lui prescrit les remèdes que réclame sa position, lui impose de pieux exercices qui éveillent l'attention du pécheur sur lui-même et concentrent sa volonté sur les points où il a le plus besoin de forces.
Cependant les œuvres satisfactoires ne sont pas seulement des remèdes, elles sont aussi de véritables peines ; et les catholiques leur ont toujours donné, dès la naissance du christianisme, ce second caractère*. I'-xpli(iuons-nous. l{n transgressant la loi morale, l'homme commet une faute infmie, (ju'il lui est à jamais impossible de réparer. Or Jésus-Christ, le juste par excellence, s'est chargé des iniquités du monde : et (juiconcjue entre en rapport intime avec lui, reçoit le pardon de ses péchés. Mais lors(]ue Dieu porta le décret de la rédemption, il ne lui plut point d'exempter l'homme des peines temporelles <iu'il peut subir : et. à moins d'anéantir sa justice
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pcnir («lire éclater s.i miséric(;rdc, il ne pouvait ctal)lir un autre ordre de choses, d'autant moins cjue le fidèle est devenu par le baptême membre du corps de Jésus-Christ et cju'il a tout pouvoir de garder les commandements. Nous voyons dans l'J^criiure sainte une foule d'exemples où le pécheur, (juoique pardonné, est encore sujet â des châtiments ; ce qui serait inexplicable si, une fois justifié, il n'était plus en rien redevable à la justice divine.
Cependant les Réformateurs dirent que les peines sont uniquement des moyens de correction.
vSans doute ils seraient revenus de cette erreur, si seulement ils avaient bien interprété ces paroles de l'homme aux prises avec le malheur : je l'ai bien mérité. Oh ! que le sentiment naturel et l'humilité savent bien voir autre chose dans les souffrances que des moyens de correction ! Il y a plus, c'est qu'il faut rejeter les peines éternelles réservées au méchant, dès qu'on nie les peines temporelles infligées à l'homme juste. En effet, il s'agit de la notion et de l'essence des peines, et non pas de ce qu'elles peuvent avoir d'accidentel : si donc vous dites que les peines sont des moyens de salut entre les mains de Dieu, elles ne peuvent pas être destinées, dans un cas, àlaguérison, dans l'autre cas, à la seule punition ; si vous dites, au contraire, qu'elles sont essentiellement vindicatives, elles doivent, soit temporelles soit éternelles, conserver ce caractère. Au demeurant, ces deux hypothèses sont également fausses. De même qu'en Dieu la bonté et la justice sont étroitement unies, de même les peines sont des remèdes à la fois
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et des châtiments ; et ce n'est (juc lorscjne riioinine ferme son cœur à II miséricorde, (ju'il ressent uni- <liiement les coups de Ki justice céleste.
C'était donc une inconsécjuence des réformateurs, de laisser intacte la doctrine de l'I'xriture sur les peines de l'enfer, et d'autre part, de ne considérer les peines temporelles (jue comme des moyens d'amélioration (i ).
Les indulgences.
/" Onoijir /liston'qiic des iiidiii^^ciiccs.
On se fleure très imparfaitement l'âge primitif de ri\i,dise en le considérant en tout comme une époque d'efflorescence de la vie chrétienne ; au second et au troisième siècle il y eut beaucoup dt! fautes atroces l)rovo(iuantdes peines proportionnées ; dès lors les pénitences prirent placedanslerégime ecclésiastique, et l'expérience vint confirmer l'excellence de cette mesure. Le (juatrième et le cinciuième siècles, (jui amenèrent dans l'empire romain les peuples barbares du nord, prêtèrent une nouvelle force au princi])e du mal ; ces nations étaient encore païennes dans leur <:(Eur. l{n bien des endroits, nommément en Afrique, selon le témoignage de saint Augustin, les prévarications étaient si énormes, (ju'on était dans l'impossibilité d'applicpier les pénitences publicjues, vu (|ue la plus grande partie des communautés aurait dû y i tn- soumise. Dans ces circonstances la Providence,
(i) Symbolik\ p. aSq-^gS.
2S6 MOEHLIiR
selon l.'i rcm<'ir(iu(' clc l'évLMjuc d'I lipjjonc, semblait ne clis])Oser d'aucun autre remède que l'envoi de calamités extraordinaires. Le commencement du moyen ài^e vit naître des monstres de crimes, et la discipline de D'église tomba dans une décadence presque complète. vSe relevant sous Charlema^ne, elle se modifia d'après l'esprit du temps. 11 ne sera pas étranger au sujet qui nous occupe, de nous arrêter un instant pour assister à un spectacle émouvant, propre à nous initier à l'idée d'une indulgence telle que la comprenait tout le moyen âge.
Paulin, évêcjue d'Aquilée, imposant la pénitence publique à un meurtrier de son épouse, lui tint ce langage : « C'est avec larmes, une douleur bien amère, que je t'avertis, ô mon fds Heistulf, si toutefois tu mérites encore d'être appelé de ce nom, toi qui as consommé un affreux homicide, l^u as tué ton épouse, cette partie de ton propre corps ; celle à qui tu étais uni par les liens sacrés, tu l'as tuée sans pouvoir alléguer le moindre motif pour te disculper ; elle n'exerçait aucuns sévices contre toi, elle n'en voulait aucunement à ta vie. Tu ne l'as pas surprise dans l'infidélité, mais vaincu par une rage impie, tu as surpassé en cruauté les animaux sauvages. Après ce premier méfait tu t'abîmes de plus en plus dans le mal, tu deviens le spoliateur de tes propres enfants. . . Si ton accusation à l'égard de ton épouse était fondée, était justifiée légalement, la coupable aurait été condamnée à huit années de pénitence ; et toi, tu aurais pu la congédier, mais il ne t'était en aucun cas permis de la tuer. Car Dieic ne vent pas que le
pi'c lie II r pc risse, mais qii 'il se cofiverfisse et qii 'il vive, J^coute donc notre conseil, et choisis ce (jui te paraît préférable, ce (lui te paraTt le plus facile à porter. Aie compassion de ton ànie, afin (jue tu ne deviennes pas ton propre meurtrier. Nous t'en prions, homicide, cpiitte ce monde pervers qui t'a pousse à un acte aussi abominable, b^ntre dans un cloître, humilie-toi sous la main de l'abbé, soutienstoi par les prières de l)eaucoup de frères. (3bserve avec soumission tout ce qui te sera commandé, et I )ieu peut-être, dans sa miséricorde infinie, te pardonnera et rafraîchira ton âme avant (ju'elle soit précipitée dans les tourments des flammes éternelles. \'oilàsans doute ce (jui te sera le plus facile. Si tu préfères cependant faire une pénitence publi(|ue sanscjuitter le monde, nous t'avertissons tju'elle sera beaucoup plus lourde et qu'elle consistera dans les articles suivants : tu ne boiras ni vin ni boisson forte ; tu ne toucheras à une viande quelconcjue, à l'exception des fêtes de IVuiues et de la Nativité. Tu n'useras que d'eau, de pain et de sel. Tu passeras tes jours dans le jeûne, les veilles, les supplications et l'aumône. Tu ne te revêtiras d'aucune arme, tu ne porteras aucune cause devant les tribunaux. Tu ne contracteras point de nouveau mariag^e, tu n'auras point de concubine. Tu ne t'accorderas point l'usaçc du bain, tu ne prendras aucune part à quelque assemblée joyeuse. A l'église, séparé des autres fidèles, tu auras ta place sous le portique. Tu te recommanderas aux prières de ceux (jui entrent dans le lieu saint ou (^ui en sortent. Tous les jours de ta vie juge-toi indigne de participer au
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corps et AU sang- de Notre vSei;^neur et ne présume pas de les recevoir. A ton dernier jour néanmoins la sainte Communion, par indulg-ence, ne te sera plus refusée, si tues digne que cjuelqu'un te la donne. »
Pour com'prendre toute la portée d'une telle sévérité, il faut consulter Hincmar dans le tableau qu'il trace des abominations, des atrocités de ce temps funeste ; et l'on rendra à l'Eglise de sincères actions de grâce d'avoir su puiser dans elle-même des moyens capables d'arrêter et de briser la barbarie. Si elle ne domptait pas toujours les puissants de cette terre, si, à différentes époques du moyen âge, des secousses terribles, l'ébranlant elle-même, enchaînaient son action, elle n'abandonnait jamais ses principes ; elle n'attendait que des occasions plus favorables pour les remettre en pratique. C'est ainsi qu'elle parvint progressivement à porter ou à ramener sur l'Europe la civilisation. Qu'aurait, dans de telles conditions, obtenu le protestantisme, lui qui prétend concentrer l'homme dans son sentiment intérieur ? Les mesures sévères auxquelles Paulin et les autres évêques avaient recours, sont pour les protestants autant d'outrages aux mérites du Sauveur, que l'âme ne peut s'approprier qu'en vertu de cette foi que Dieu seul agit ; ils auraient proclamé que nos satisfactions causent un vrai préjudice à celles de l'Homme-Dieu ; mais l'élément moral religieux aurait-il par là avancé d'un seul degré ?
Revenons à notre exemple : Heistulf n'avait pas jusque-là compris l'atrocité de son crime ; loin de songera la pénitence, il était sur le pointde contracter
LLb bALUEMliMS jStj
d'autres liens, il était clans la cécité spirituelle, il t allait (ju'il ^^a^rnàt du temps pour avoir le loisir de se reconnaTtre, cju'il fut mis dans une situation (jui le lui faciliterait. Le jugement (|u'il devait porter sur son icte, et des lors sur lui-même, n'était, tout d'abord, '[ue le juorement de l'Eglise, jugement (jui était encore, pour lui, purement extérieur ; c'était le jugement d'une autorité dont il ne saisissait pas d'abord l'excellence, mais enfm (ju'il acceptait aveuglément et peut-être même, seulement, avec une crainte ser vile. La puissance intérieure du bien lui manquant, c'était une puissance extérieure ciui réveillait sa conscience inattentive. Séparé du monde et de ses joies, d vit (ju'il était à lui-même la cause de ces privations et il eut une douleur extérieure de son méfait. La séparation d'avec les fidèles et d'avec le divin Sauveurlui dépeignait, lui faisait sentir à l'avance la damnation (lui l'attendait s'il ne revenait à résipiscence. Aucommencementducarême, le mercredi des cendres, il se mêla aux autres pénitents dans l'église principale ; sa tête fut couverte de cendres, les sept psaunn-s delà pénitence furent récités sur lui, puis Larclii diacre le chassa du temple comme indigne d'assister aux saints mystères ; cette cérémonie se renouvela cliariue année. Une crainte plus sérieuse s'empara de lui. Il ouvrit son àme aux inspirations d'en haut, à la parole du Rédempteur, à la voix de l'espérance et de la charité qui sont seules capables de faire de nous des membres du corps mysticpie du Christ ; il se sou mit aux privations pour des considérations de meil- K-ur ;il(.i (|ue celles dont il s'inspirait au début
lors(iu'elle.s lui avaient été imposées malgré sa résistance.
Jl allait de soi (jue le repentir plus profonrl s'exi)rimait dans l'ensemble de l'attitude extérieure ; et il y avait aussi des hypocrites ; pourtant des témoi^naj^es aussi convaincants d'une conversion radicale ne sont pas de la nature de l'homme inconstant ou endurci ; sans être infaillibles, ils correspondaient dans la plupart des cas à une contrition sincère et acerbe. Le coupable, au milieu des afflictions canoniques, ne manquait pas d'implorer sa réconciliation avec l'Eglise ; on la lui promettait à des conditions sévères et pour un temps bien éloigné. Alors les instances se renouvelant, on lui assignait la solerfnité prochaine pour terme de ses amertumes ; enfin il se voyait reçu à l'absolution sacramentelle, à la sainte table et à la réconciliation publique, après lesquelles il avait soupiré si longtemps. Ainsi la durée de la pénitence qui, d'après les canons, était pour la vie entière, s'abrégeait notablement, et cette concession miséricordieuse s'appelait indulgence. L'indulgence n'est donc pas le pardon des péchés, mais la remise partielle des punitions ecclésiastiques, et cette remise se justifiait par la raison que le but de ces punitions était ou paraissait moralement atteint. Les prévarications mêmes ne recevaient pas le pardon par ces œuvres de pénitences, mais par la disposition intérieure, par la foi vivante, par l'espérance ferme, par la charité pleine de repentir ; les œuvres devaient seulement stimuler et raffermir ces heureux sentiments.
Lies SACRIÙMIÎNTS jc^I
La pénitence publiciue regardait les gfrancles fautes, telles (iiie le meurtre, l'adultère, U-s iinpudicités en général, l'usure, l'avarice, etc.; ces péchés avoués devant les fidèles soumettaient les coupables aux [)eines canoniques. Outre cette pénitence il y en avait encore une tju'on appelait solcniic/h' ; elle était destinée aux criminels tiui par leurs méfaits avaient scandalisé des régions entières. Telles sont les prescriptions ecclésiasticiues tjui furent en vigueur jusqu'au XIV siècle. \'ers cette époque un immense changement de mœurs s'était effectué, et la sévérité primitive n'était plus ni possible ni utile ; une intinité de circonstances concoururent pour supprimer une partie des institutions pénitentielles. La coopération à la bâtisse d'une église ou d'un hôpital, à la construction d'un pont ou d'une voie i)ubli(iue (car toutes les choses temporelles étaient considérées en fonction de l'éternité) fut encouragée par la remise de cjuarante, de cent jours de peines ecclésiasti(|ues. Enfm le dépari pour la croisade ou l'envoi d'un homme à la guerre sainte était récompensé par une indulgence plénière, une remise parfaite.
A propos de ceci n'oublions pas ce que nous avons déjà établi plus haut : i" jamais on n'a proclamé une indulgence sans préciser qu'elle était à gagner seulement pour ceux (jui se confessaient avec une vive douleur. Ainsi ni l'aumône, ni aucune bonne œuvre de ce genre, mais la vraiecontrition témoignéedevant le prêtre, rendait seule le chrétien digne du don offert par l'Eglise ; on fut loin de remplacer par l'acte extérieur l'obligation du repentir. 2'' Étaient remises
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iinif]iic.m(!nt les pénitences envisa^^-ées comme jxrines, comme \n\w\x'\ox\'^^ pœiiœvijidicalivœ cjui doivent venger un iJicLi outrag"é, et nullement celles qui sont médicinales, pœnœ mcdici/m/cs, qui doivent tenir lono^temps l'homme les yeux fixés sur ses prévarications ; ces dernières ne cessèrent point (i).
2" Dans quelle nicsiirc et dans qitel sens penl-on satisfaire poiLV îui aiUre ?
Ici une g-rande tâche s'offrait aux théolog^îens ; il s'agissait d'expliquer le pouvoir dont use l'it^glise en accordant les indulgences. A cet effet les docteurs mettaient en avant le trésor dans le(juel les Pasteurs et surtout le Pasteur suprême peuvent puiser en faveur de tous ceux qui se sont approchés des saints Sacrements avec une vive contrition, avec une préparation vraiment chrétienne.
Depuis le XVJII'"^ siècle on s'est habitué à voir un des fruits les plus précieux de la Réforme dans la découverte de cet axiome : personne ne peut pratiquer la vertu à la place d'un autre ; comment donc, en déduit-on, l'Eglise peut-elle nous appliquer ce que les saints ont mérité, ou plutôt ce qu'ils ont eu d'excédent en fait de mérites ? Or on n'a qu'à consulter les monuments que tous les siècles antérieurs à la Réforme nous ont laissés, pour se convaincre que déjà tous les scolastiques ont agité cette question : « l'un peut-il satisfaire pour l'autre ?» Ils répondent ainsi : la
(i) Neue Untersîtchzingen, p. 285-294.
solution dépend du sens cju'on attache à la demande ; nul ne peut à la place tl'un autre, ni se repentir, ni se convertira Dieu, ni se confesser; nul ne peut jeûner à la place d'un autre, si on recourt au jeune pour amortir les passions ; tout ceci est une (tuvre personnelle. Les satisfactions, dans l'idée des scolasticjues, ne tenaient donc pas lieu de l'exercice des vertus d'obligation.
Moehler expliqiK^, en passant, (jue prêter aux scolasliqucs une [)areillc doctrine, c'est leur prêter des idées analogues à celles du protestantisme primitif, (jui enseii^^nail (|ue Jésus a suspendu les j)réceptes en les observant lui-même, et cjue c'est ainsi que, par un contre-sens sur le niot« satisfaction », les protestants prétendent que, d'après les catholicpies, le chrétien peut remplir la loi morale à la place du prochain. Comment croire que les catholiques, (jui refusèrent d'interpréter ainsi l'obéissance du Christ à la loi morale, soutiennent qu'un homme soil en état de faire aL,Técr à Dieu sa propre (obéissance c(3mme si elle était l'obéissance d'un de ses frères !
l^xpli(iuons la pensée des théolo<^iens du moyen âge. Le péché, dit saint Anselme, est une injure adressée à Dieu (pii ne saurait la laisser impunie, puisqu'il doit réclamer la révérence c]ui lui est due ; sans cela, il n'y aurait plus d'ordre moral possible ici -bas. Notre-Seigneur en (jualité de Dieu et d'homme tout ensemble, la justice et la sainteté même, ne pouvait être condamné pour lui-même à la moin- <lre punition, à la moindre souftVance ; il ne pouvait souffrir (jue pour les autres, et réellement il a satisjait
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pour tous, en ce sens qu'il ;i pris sur lui l;i peine éternelle (jue l'homme s'était attirée par sa faute ; et tous ceux ([ui correspondent à la ;^ràce du Sauveur par leur foi, leur contrition et leur charité, (jui, ^-n un mot, entrent en communion spirituelle avec lui , se voient véritablement absous des tourments de l'enfer. La douleur avec laquelle le pécheur retourne à Dieu par le Christ est-elle bien profonde, bien acerbe, le vSeiorneur lui remet encore toute peine teuiporcUc ; la contrition manque-t-elle de ce deg-ré de perfection, le Seigneur se réserve d'affliger le coupable par certaines souffrances à temps ; il le doit pour l'ordre du monde.
Tous ceux qui par le fait de leur amour pour Christ sont aussi unis entre eux, constituent un corps moral dont le Christ est la tête et dont les chrétiens vivants sont les membres. Tous, par cette union avec l'Homme-Dieu, participent abondamment à ses souffrances, à sa résignation, comme s'ils avaient souffert eux-mêmes ; de même entre tous les membres vivants du corps mystique du Sauveur il existe, par le fait de leur amour réciproque, une certaine réversibilité ; . le frère peut se charger des peines temporelles qu^H attendent son frère, le fils peut satisfaire pour son^^ père mourant, etc. Cela posé, jetons les yeux sur toutes lés persécutions, toutes les ignominies qui ont été l'apanage des Saints ; n'ont-ils pas souffert dans une mesure dépassant de loin celle qu'exigeaient leurs péchés ? Or X excès de satisfaction pénale offerte par un fidèle sera imputé à un autre qui n'a pas encore acquitté toutes ses dettes tem-
LES SACREMKN'TS 20^
l)orelles, et ([ui ainsi recevra s.i ^ràce. \'oilà le trésor commun où puise l'I^^^lise catholique lors- (|u'elle acccjrde des iiulul.L^ences pour les vivants et pour les morts, (juc ces indultrences soient plénières ou partielles, ([u'elles soient concédées d'une manière absolue ou sous certaines conditions, — conditions ([ui doivent avoir pour tin la gloire de Dieu et le bien du j)rochain .
L'idée profonde (jue les théologiens du moyen âge si2 formaient (hi trésor de l'I^glise, apparaît lumineusi-ment dans un endroit de la Somme de saint Thomas C()}itra jrcnti/cs : ce que nous faisons par nos amis, dit-il, nous le faisons par nous-mêmes sous un certain rapport; l'amitié incline deux cœurs à se confondre dans un seul, et c'est le résultat, surtout, des mouvements intimes de l'amour. Ainsi un chrétien soumis par ses péchés à certaines expiations satisfera, surtout en cas de nécessité, par un autre aussi bien ([ue par lui-même. Car chacun considère la peine (ju'un ami endure à sa place comme s'il l'avait endurée lui-même : parla il n'est pas entièrementexemptde la punition, puisqu'il souffreavec celui (|u'il aime, et d'autant plus (ju'il se reconnaît la caus(! des douleurs de celui-ci.
D'un autre coté le motif (jui inspire le fidèle satisfaisant pour son prochain, le rend plus agréable à Dieu (jue s'il satisfaisait pour ses propres man- (luements ; dans cette dernière supposition, ses afflictions procéderaient de la nécessité, tandis que dans la première hypothèse elles découlent d'un sacrifice fait par charité. Consé(|uemmcnt le chrétien
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qui est clans l.i charité peut satisfaire pour sou j)rochain (i).
De tout ce (jui pircrdc; 11 résulter i" (ju'un chrétien peut satisfaire j)our un autre en ce fjui re;>-ar(le les peines, mais non se substituer à lui en ce cjui re^^arde le mérite moral ; 2*^ qu'en effet la charité, unicjue source du mérite de l'acte moral, est déjà supposée animer celui qui obtient une remise de peine temporelle.
J'^ Ce qj c'est le trésor de r Ji^i(lise.
Si nous examinons sans prévention l'enseignement scolastique sur le trésor de l'Église, et sur les indulgences, nous aboutirons aux notions suivantes : par la foi en notre Sauveur et l'amour envers lui tombe le mur de division qui nous séparait du Père éternel ; l'union avec lui se trouve rétablie ; cette union toutefois n'est jamais parfaite ici-bas parce que le fidèle conserve encore quelque reste de ses péchés, et ce reste l'assujettit à bien des peines. Le Rédempteur a fondé une communauté générale, maintenue par Tamour ; chaque membre, — et surtout les plus éminents en sainteté, — développe, parsespropres actes, la vie du corps entier : et non seulement ces actes rapprochent leur auteur de Dieu, et élargissent son sentiment personnel de vie, mais ils agissent comme un affranchissement sur tous les mem-
(i) Neue Untersiichungen^ p, 394-401, — ■ et addition contenue dans la 2""* édition (éd. Raich. p. 86.)
bres de ce corps qui sont encore enchaînés par le péché. La même chose a lieu (juant aux afTlictionsaux- (juclles le juste se soumet avec résij^-nation, non point '|u'il les ait personnellement méritées, mais parce <|u'elles découlent du mal présent dans le monde. Ces sortes de douleurs combattent la masse des péchés et des punitions (fui leur sont dues. Le chrétien fer vent est loin de n'avoir en vue que lui-même ; un tel éj;^oïsme est possible à celui-là seul qui vit sans le Rédempteur. Le vrai fidèle a pour principe de ses actions la vie (jue le Sauveur a répandue ; cette vie se développe continuellement, acquiert continuellement de nouvelles richesses par l'opération de ceux (jui travaillent au sein de l'I'^g^lise. lui s'adonnant à la prati(jue des bonnes œuvres, le disciple du Christ etïace de plus en plus ses fautes et se libère dans la même mesure des châtiments (|u'il a mérités ; mais il n'i^rnore pas cjue par ces mêmes œuvres il concourt à lancer sur tout le corps mysti(iue du Christ des étincelles de force spirituelle, et que s'il se relâche dans le bien, il devient une entrave réelle pour tous ses frères, et (pie tous souffrent avec lui. rius il mêle ainsi sa vie à celle du corps entier de l'Lçlise, plus ses actions accjuièrent de noblesse, plus il s'assure le salut éternel, plus il se voit absoudre des peines temporelles (|ui l'attendaient, plus aussi les mêmes effets s'obtiennent dans les enfants de l'Eglise. Mais chacun doit reconnaître avec humilité qu'il est passible de peines temporelles ; le reconnaissant, par là même cpi'il demande à ri{<^lise des induli^ences, il est affranchi de ces
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peines, et p.irticipe aux mérites (|ui forment le trésor (le rj^^glise (i).
./" La fhcon'e catholirjiw sur les mentes des saints fait -ci le injiin' aux m en tes dit Sainr/ir ?
Les catholi(iues à coté des mérites clu Sauveur i>hi cent ceux des Saints, pourcjuoi ? Parce cju'à coté de Dieu il y a place pour la créature qui ag^it personnellement et librement. Dans le système protestant qui anéantit toute action libre et repousse toute idée de mérite personnel, il ne peut être question de mérite des Saints aidant au développement vital de la communauté chrétienne, y apportant une diminution de peines temporelles, et c'est pour le même motif qu'il ne saurait non plus y être question de vraie communion des Saints. Ainsi la doctrine scolastique que nous examinons ici confirme celle qui fait de l'homme un être libre, se déterminant lui-même à l'action. Selon l'exposition scolastique du trésor de l'Eg-lise, chaque bonne œuvre, qui profite à celui qui la pose, profite en même temps à tous les membres du corps mystique du Sauveur ; cette salutaire influence nous est imputée, et se prolonge, jusqu'à ce que nous soyons complètement sans péché et sans dette temporelle pour le péché. Depuis saint Etienne jusqu'au dernier martyr chinois, aucun acte méritoire du juste n'a manqué d'opérer dynamiquement sur toute l'Eglise ; notre état religieux actuel est le résultat de la collaboration qui s'est établie,
i^i) Nette Uniersîichungen, p. 401-402.
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depuis dix-huit siècles, entre les moindres des fidèles et le Sauveur, soit par leurs actions, soit par leurs souffrances. L'action clu moindre fidèle est un anneau de la lon»^ue chaîne (|ui nous attache au Ciirist ; et beaucoup, par l'héroïsme de leurs vertus et de leurs souffrances, apportent dans la masse de ;^randes richesses. Supposons (jue le Sauveur n'eut pas réussi à convertir ses contemporains ; la supposition ne sera pas si absurde puistpie la conversion a toujours pour condition l'adhésion du libre arbitre ; en ce cas (jue serait devenue la Rédemption ? Si chose pareille s'était présentée dans une seconde, une troisième g^énération, comment l'Kvan^ile serait-il arrivé juscpi'à nous ? La perpétuité de la relij^ion chrétienne n'est donc pas seulement l'œuvre du Sauveur, mais encore celle des fidèles, et, de même, le bonheur d'être enfant de Dieu découle, pour chacun de nous, de tous ceux: qui nous ont précédés. Le Christ, comme principe de la vie nouvelle, devait ouvrir les voies, mais sur ces voies il a été suivi d'une infinité de disciples, et comme la grâce ne détruit pas la liberté de l'individu, cette fontaine de salut, fontaine jaillissant dans tous les temps, n'absorbe ni la liberté ni les mérites de ceux (jui s'en approprient les eaux salutaires.
Le Sauveur a brisé les liens dont nous avait enchaînés le prince des ténèbres, mais respectant l'autonomie de l'homme, il n'a pas voulu, tout de suite, (jue le mal n'eut plus aucune séduction pour ceux (jui lui appartiennent ; aussi un long cri de douleur retentit-il dans l'I'^glise tout entière et s'é-
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ch.'ij)|)(*.-t il ('^-.'ilciiKMU (lu ca-Lir (lu juste, et cctttcMlfju- Icur n'est autre (jue la peine du péchcL* ; car toute douleur est une peine du péché, et, autrement, serait inintellig-ible. Il y a communauté de souffrance et de châtiments, non seulement parce que tous y sont assujettis, maisencore parce que les peines de chacjue âme chrétienne s'allient étroitement à celles de tous ses frères. Le fidèle, à mesure cju'il se délivre du péché par ses actes personnels et libres, se délivre aussi des punitions temporelles qui l'attendaient ; il en est de même pour la communauté. L'anéantissement de ces peines temporelles a pour condition les mérites des saints et des justes, sous l'influence permanente du Christ ; et c'est pour cette raison (|ue les mérites des saints et des justes sont placés à côté de ceux de Jésus-Christ, et que les justes se comportent à l'ég-ard du Dieu homme comme des hommes déifiés par lui. Ces mérites, il est vrai, sont limités et ont pour condition essentielle ceux de l'Homme-Dieu, mais ils n'en restent pas moins de vrais mérites. \^oilà l'enseig-nement scolastique ; ceux qui l'abandonnent tombent nécessairement dans les aberrations panthéistiques. En effet, si vous refusez à l'acte humain toute valeur méritoire, c'est bien Dieu qui opère immédiatement en tous ; vous divinisez d'un coup toute la matière, vous détrônez le Dieu et le ^Messie des chrétiens. Vous dites que les catholiques injurient les satisfactions du Sauveur, et vous êtes forcés de faire de l'homme un Dieu ! L'histoire de notre espèce devient l'histoire de la divinité ! Dieu qui ne peut tolérer à côté de lui un être doué
LliS SACREMENTS .^* > f
de liberté, SOUS peine de cesser d'être ce cju'ilest, ce même Dieu est ravalé à l'état d'idole ; et le Sauveur (jui, à coté de ses mérites, ne peut en souffrir d'autres, n'est plus que le pendant de cette idole !
Moclilcr tiTininc du reste en observant que Tt-xposilion de ce do^me, telle cjue l'ont dtjnnée les scolastiqucs, serait susceptible d'être amendée et perfectionnée (i).