‹ Moelle Osseuse Des Tuberculeux Et Histogénèse Du TuberculeChapitre 25 sur 59 · CO 6: CS · texte numérisé non relu

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scléreuses au niveau du tissu médullaire, comme dans d'autres organes? En somme, nous nous sommes déjà posé une question identique à propos de la prolifération de la moelle osseuse, nous demandant si celle-ci était bien due à l'influence propre du bacille de Koch. Les mèmes procédés nous ont d’ailleurs permis de résoudre le problème. En effet nous avons constaté des lésions scléreuses très marquées de la moelle chez quelques lapins présentant des tuberculoses locales expérimentales ; de plus, nous avons pu déterminer des lésions identiques à l’aide de la tubereuline injectée sous la peau.

Chez deux lapins auxquels nous avons inoculé dans la cavité médullaire du tibia des cultures de tuberculose qui avaient amené des altérations tuberculeuses à marche lente, nous avons constaté, du côté opposé, des lésions de sclérose très marquées de la moelle des os. |

L'un de ces animaux avait été sacrifié dix Jours après l'inoculation et présentait des lésions tuberculeuses à évolution selé-

reuse du côté inoculé. Du côté opposé la moelle est manifeste-

ment sclérosée. Les travées sont élargies comme chez l’homme, les fibrilles limitant ces travées sont beaücoup plus épaisses que normalement ; il existe également de minces fibres secondaires anastomosées en réseau avec des cellules enserrées dans le reticulum. Les artères présentent des lésions. très marquées, elles sont entourées de très larges manchons scléreux formés également par des fibres te relativement lâches au milieu desquelles se trouvent répandues de très rares cellules du tissu conjonctif. En un point deux artérioles voisines sont entourées dans une mème plaquette conjonctive formant une sorte d'espace périvasculaire. Les lésions sont extrèmement marquées, beaucoup plus intenses qu'on ne les observe en général chez l'homme. .

Un autre lapin inoculé de la même façon, sacrifié après seize Jours présentait également des lésions à évolution scléreuse du côté inoculé ; on trouvait du côté opposé des altérations tout à fait analogues à celles de l'animal précédent. Aucune des nombreuses moelles osseuses de lapin que nous avons étudiées

Rare

n'a présenté de lésions scléreuses aussi intenses ni dans la tuberculose ni dans aucune autre maladie ; nous avons trouvé cependant de la sclérose peu marquée chez plusieurs autres animaux.

Ces lésions scléreuses à distance produites par la tuberculose

pulmonaire chez l’homme ou par des tuberculoses locales chez l'animal, nous semblent présenter un intérêt général ; elles ont élé peu étudiées. On a bien signalé la tuberculose comme pouvant être une cause de sclérose artérielle et d’altérations conjonclives dans des organes fort éloignés du. point infecté ; Klippel a décrit la selérose du tissu musculaire dans l’atrophie musculaire des tuberculeux ; cet auteur attribue la sclérose interfasciculaire à l'action des toxines tuberculeuses, mais il ne donne pas la preuve expérimentale de cette action sclérosante du poison tuberculeux. Teissier a étudié la sclérose de l’endo-: carde des tuberculeux. Si lon considère que l'évolution scléreuse est fréquente au niveau du tubereulé même, ou dans les parties en eontact immédiat avec lui; si l'on ajoute que cette évolution sckéreuse est sans doute causée par les loxines du bacille, on conçoit aisément que ces poisons, transportés à distance, puissent actionner d’autres régions de l'organisme et y déterminer l’épaississement seléreux de la trame conJonctive. Nous venons de donner la preuve que ce processus existe du moins au niveau de la moelle des os. Il nous semble que nos observations sont tout à fait probantes. En effet, nous avons éliminé par l’expérimentalion une cause d'erreur importante, nous voulons parler des infections et intoxications antérieures ou concomittantes. On peut done conelure que la tuberculose est capable de déterminer des lésions scléreuses à distance en des points éloignés de la région inoculée et spéciliquement malade.

D'autre part, faisons remarquer que nous avons constaté ces lésions scléreuses du côté opposé chez deux animaux inoculés de la même façon avec un même échantillon de culture pure de tubereulose. Or ces deux animaux présentaient des altéra-

{ions tuberculeuses à évolution scléreuse manifeste, comme

— T0 — nous le verrons plus tard, comme on peut d’ailleurs s'en rendre & PS 1 . Œ compte en se rapportant aux expériences. Ces altérations sclé-

reuses n’existaient done pas seulement au niveau du point d'inoculation et autour du tubercule qui s'y était développé,

mais des lésions conjonctives identiques s'étaient produites en d'autres régions. On peut se demander si cet échantillon de bacilles ne présentait pas une action particulièrement sclérosante, ou bien si c’est grâce à l’atténuation de sa virulence que sont survenues ces lésions. On sait en effet que ce sont les microbes peu virulents, ou les poisons agissant longtemps età petites doses répétées qui déterminent la sclérose. On a montré que c’est lorsque l'organisme lutte longtemps contre les germes que cette lésion apparaît. Au niveau du foie notamment, Gilbert a constaté que l’inoculation de tuberculose aviaire au cobaye détermine de la sclérose tuberculeuse, tandis que l’inoculation de tuberculose humaine ne produit jamais celte lésion; or la tuberculose aviaire est peu virulente pour le cobaye contrairement à l’humaine. Il est donc très probable que deux facteurs sont nécessaires pour produire la sclérose, nous voulons parler de la sclérose locale pérituberculeuse: d'une part une virulence atténuée, d'autre part un terrain résistant spécial. Mais il est patent que ce n’est pas seulement de la lutte directe 2n situ du microbe que résulte la barrière seléreuse qu'oppose l'organisme à la diffusion et à l’action du germe. Ce n’est pas par sa présence au sein du tissu que le bacille tuberculeux détermine l’'induration de la trame conjonctive et son épaississement, ce n’est pas en quelque sorte une réaction de voisinage du bacille de Koch. C’est par la qualité, par la quantité des poisons qu'il séerète, qu'il donne lieu à celte lésion spéciale. On ne ‘concevrait pas, si le processus était autre, la production de lésions scléreuses à distance, analogues à celles que nous avons observées, et déterminées expérimentalement. Cette action sclérosante du bacille tuberculeux est-elle due à un degré spécial de vilalité et de virulence du bacille ou aux modifications que certains organismes font subir aux conditions biologiques é du microbe, ou bien Les poisons sécrétés sont-ils OUIES direc-

mfre

A PE Rene

tement par les humeurs pour devenir selérosants, c'est ce qu'il est fort difficile de préciser. Quel que soit le déterminisme exact

du mode S'AGUOR du poison tuberculeux dans ces cas, celui-ci peut agir à distance et déterminer des lésions SLauses dans

différents organes.

L'expérimentation nous a démontré en effet que c’est par l'intermédiaire des toxines que la tuberculose produit la sclérose

à distance. Nous avons pu produire de la sclérose de la moelle osseuse par injection de tuberculine dans le tissu cellulaire

sous-cutané.

Chez un des animaux auxquels nous avons injecté trois cenlimètres cubes de tuberculine sous la peau, nous avons constaté de l’épaississement de la paroi des artères et des fibrilles qui limitent le sinus central: les altérations étaient peu marquées et tout à fait au début; c'était une simple nuance, la couche

périartérielle Éémblant seulement un peu augmentée de

volume. Il n’en était pas de même pour d’autres animaux

chez lesquels nous avons fait les injections de tuberculine de . façon différente. €es lapins ont reçu de la tuberculine par très

petites doses espacées pendant un temps assez long et ont été sacrifiés au bout de dix-huit et vingt et un jours. Chez ce dernier animal les fibrilles du tissu médullaire présentent à peu

près leur épaisseur normale ; elles semblent cependant un peu

augmentées de volume ; par contre les artères présentent des

lésions manifestes ; elles sont entourées d’une gangue fibrillaire

très pauvre en cellules; cette gangue prend sous l'influence

. des réactifs une coloration moins vive que les tuniques mêmes du vaisseau, elle se continue, d'autre part, avec les fibrilles con-

jonctives du tissu médullaire. L'endartère est également touchée quoique ses altérations paraissent très légères ; elle estseulement un peu épaissie. Chez l’autre lapin, la lésion est encore plus marquée. Ge qui frappe tout d'abord à examen des coupes c’est

l'épaississement très marqué des artères, épaississement qui

n'est pas formé aux dépens des {uniques mêmes du vaisseau mais par une sorte de manchon de fibres disposées en zigzag, quoique leur direction générale soit circulaire. A la périphérie,

LP Ho. ue

celle gaine fibrillaire se continue avec les fibrilles de la moelle. Les Ebues qui la constituent sont plus épaisses que les fibres normales du tissu médullaire et contiennent de rares éléments cellulaires conjonctifs dans leur écartement. Mais les lésions ne restent pas cantonnées autour des vaisseaux comme dans l’expérience précédente, les fibrilles qui limitent les travées sont également épaissies et des fibrilles secondaires s’en détachent pour aller s'anastomoser en tous sens et enserrer les cellules trabéculaires. k x Nous avons donc reproduit exp nent la sclérose à distance de la moelle osseuse en déterminant une lésion tuberculeuse locale. D'autre part, à la suite d’injections de tuberculine nous avons constaté également l’épaississement de la trame conjonctive de la moelle. Ceci prouve que ces altérations sont bien en rapport avec la tuberculose’et qu’elles peuvent se produire dans des organes très éloignés de l'infection primitive. D'autre part, ces expériences nous renseignent sur le mécanisme de ces lésions ; c’est par l'intermédiaire des toxines sécrétées par le bacille de Koch que se produisent les altérations. Un autre point sur lequel nous désirons attirer l'attention, c 'est l'influence du mode d'injection de la tuberculine sur la production de la sclérose. En effet, c’est à la suite d'injections réitérées de petites doses pendant un certain temps que les lésions se sont montrées. Ceci est tout à fait conforme à ce que nous savons sur le mode d'action des toxines microbiennes:en général pour la production de la sclérose. En effet, les poisons'injectés à doses massives ou quand ils sont très concentrés et très actifs déterminent des dégénérescences cellulaires en masse. Au contraire, la selérose est produite par les poisons peu actifs mais agissant

pendant un espace de temps considérable. C’est par l'action Ve

lente et continue d'une cause irritante assez faible que se produit la sclérose. Expérimentalement, c'est surtout à la suite d’injec-

tions réitérées de tuberculine pendant un temps assez long que ;

nous avons vu survenir cette lésion ; or, c'est précisément là ce qui se produit dans les cas de taberculoée locale éloignée de l'os et notamment dans la tuberculose pulmonaire ; le foyer patholo-

CE a gique déverse dans les humeurs de |’ organisme d'une façon continue et pendant longtemps des quantités relativement peu considérables de toxines. Celles-ci, à condition que la virulence du germe et la toxicité de ses secrétions ne soient pas trop grandes, agissent lentementet d’une façon continue. Toutes les conditions sont donc réunies pour déterminer de la sclérose du tissu conjoncüf. L'analyse expérimentale nous permet done d'arriver à un déterminisme assez exact du phénomène. Nous pouvons conclure de nos expériences que des scléroses éloignées peuvent se produire dans la tuberculose pulmonaire, aride causées par le bacille de Koch, et plus exactement encore parsestoxines. D'autre part, pour que les toxines tuberculeuses produisent la sclérose, il faut qu’elles soient déversées pendant longtemps à petites doses et qu'elles ne soient pas trop actives.

Il nous reste à insister sur certains caractères anatomiques du tissu de sclérose au niveau de la moelle osseuse. Nous avons vu qu'il est presque uniquement constitué par du tissu fibrillaire ; sa texture est très analogue à celle des fibrilles normales de Ho moelle des os avet cette seule différence que les fibres sont plus épaisses et plus abondantes et forment des réseaux anastometiques secondaires dans les travées. Autour des vaisseaux on voit encore des fbrilles à direction générale concentrique, anastomosées cependant entre elles ; il semble que les fibrilles qui se trouvent normalement autour de l’artère se soient à la fois épaissies et multipliées formant des sortes de mailles très serrées mais analogues aux mailles de la moelle. Par contre, les éléments cellulaires sont très rares. En somme, il y a épaississement et hyperplasie des fibrilles conjonctives ane qui forment la trame du tissu. Le processus est facile à suivre dans la moelle des os parce que cette trame y est très lâche et très évidente. La sclérose dans ce cas n’est donc pas une production cellulaire comme on le suppose souvent ; ce ne sont pas des cellules embryonnaires qui, amenées en un point, se transforment d'abord en cellules fusiformes puis donnent naissance aux fibres scléreuses. C'est la trame même du tissu qui, irritée par les poisons, est devenue plus épaisse. Il est très probable que ce processus

NT to :

très facile à saisir au niveau de la moelle des os est le même dans beaucoup d’autres organes, mais leur trame fibrillaire devenue visible grâce à la sclérose l’est beaucoup moins avant l'apparition de la lésion ; aussi ne peut-on saisir aussi nettement son mode d'apparition et son évolution dans d’autres tissus.

Nous venons d'étudier séparément linfiltration cellulaire et la sclérose de la moelle. Mais, il est rare de trouver la sclérose absolument pure et sans un degré quelconque de multiplication des éléments de la moelle.

3° Association de la sclérose et de l’infiltration cellulaire.

Souvent dans les coupes de moelle de iberculoue on trouve à la fois les deux modifications. Sur sept cas de sclérose nous avons trouvé 5 fois cette lésion associée à la multiplication des cellules. Voiei ce que l'on observe le plus fréquemment. Une portion de la moelle humaine présenté une infiltration plus ou moins abondante de:ses travées par des cellules ; elle a tout à fait l'aspectet la structure que nous avons décrits Décédé ne PE pour la moelle proliférée ; il n’y a pas trace d’épaississement des fibrilles ou des parois des artères. A côté de cès portions où les cellules ont augmënté de nombre et souvent séparée d'elle par des limites brusques et tranchées, on voit une autre région où les lésions de sclérose sont die et marquées. Dans cette deuxième partie de la moelle il n’y a pas de multiplication cellulaire mais au milieu des travées élargies et limitées par des librilles épaisses, on voit s’anastomoser en réseau de fines ét grèles fibrilleés secondaires dans lesquelles sont éparses quelques rares cellules : lymphocytes, leucocytes mononucléaires ou globules rouges nucléés. Si on cherche à se rendre compte de la ne de ces lésions on constate qu’elles présentent vaguement une disposition lobulaire, chacune des régions soit de lér ose es, soit farcies de cellules semblant répondre à une portion de parenchyme commandée par un sinus avec ses vais- SCaUx.

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