‹ Moeurs des insectesChapitre 12 sur 64 · LA CIGALE. LA SORTIE DU TERRIER · texte numérisé non relu

LA CIGALE. LA SORTIE DU TERRIER

Vers le solstice d'été paraissent les premières Cigales. Sur les sentiers de fréquent passage, calcinés parle soleil, durcis par le piétinement, s'ouvrent, au niveau du «cl, des orifices ronds où pourrait s'engager le pouce. Ce sont les trous de sortie des larves de Cigale, qui rcniontent des profondeurs pour venir se transformer à la surface. On en voit un peu partout, sauf dans les terrains remués par la culture. Leur emplacement habituel est aux expositions les plus chaudes et les plus arides, en particulier au bord des chemins. Puissamment oiîiillée pour traverser au besoin le tuf et l'argile cuite, la larve, sortant de terre, affectionne les points les plus durs.

Une allée du jardin, convertie en petit Sénégal par le réverbération d'un mur exposé au midi, abonde en trous de sortie. Dans les derniers jours de juin, je procède à l'examen de ces puits récemment abandonnés. Le sol est si compact qu'il me faut le pic pour l'attaquer.

Les orifices sont ronds, avec un diamètre de deux centimètres et demi à peu près. Autour de ces orifices, absolument aucun déblai, aucune taupinée de terre refoulée a j dehors. Le fait est constant : jamais trou de Cigale n'est surmonté d'un amas, comme le sont les terriers des Géotrupes, autres vaillants excavateurs. La marche du travail rend compte de cette différence. Le bousier ^jrogiesse de l'exiérieur à l'intérieur ; il commence ses

iô MOEURS DES INSECTES

fouilles par rcmbouchurc du puits, ce qui lui permet de remonter et d'amonceler à la surface des matériaux extraits. La larve de la Cigale, au contraire, va de l'intérieur à l'extérieur ; elle ouvre en dernier lieu la porte de sortie, qui, libre seulement à la fin du travail, ne peut servir au débarras. Le premier entre et sur le seuil du logis dresse une taupinée ; la seconde sort sans pouvoir rien accumuler sur un seuil qui n'existe pas encore.

Le canal de la Cigale descend à quatre décimètres environ. Il est cylindrique, un peu tortueux suivant les exigences du terrain, et toujours rapproché de la verticale, direction de moindre trajet. Il est parfaitement libre dans toute sa longueur. Vainement on cherche les déblais que pareille excavation suppose; on n'en voit nulle part. Ce canal se termine en cul-de-sac, en loge un peu plus spacieuse, à parois unies, sans le moindre vestige de communication avec une galerie quelconque, prolongement du puits.

D'après sa longueur et son diamètre, l'excavation représente un volume d'environ deux cents centimètres cubes. Qu'est devenue la terre enlevée) Forés dans un milieu très aride et très friable, le puits et la logedu fond devraient avoir des parois poudreuses, d'éboulement facile, si rien autre n'était intervenu que le travail de perforation. Ma surprise n'est pas petite de trouver, au contraire, des surfaces badigeonnées, crépies avec une bouillie de terre argileuse. Elles ne sont pas précisément lisses, il s'en faut de beaucoup, mais enfin leurs âprctés sont noyées sous une couche d'enduit; leurs matériaux croulants, imprégnés d'agglutinatif, sont maintenus en place.

La larve peut aller et venir, remonter au voisinage de la surface, redescendre dans son refuge du fond, sans amener, sous ses pattes griffues, des éboulements qui encombreraient le tube, rendraient pénible l'ascension, impraticable la retraite. Le mineur étançonne avec des pieux et des traverses les parois de ses galeries; le cons-

Page 1