‹ Moeurs des insectesChapitre 37 sur 64 · LE GRILLON CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

LE GRILLON CHAMPÊTRE

Qui désirerait assister à la ponte du Grillon n'a pas i »c mettre en frais de préparatifs; il lui suffit d'un peu ûe patience, qui, d'après Buffon, est le génie, et que j'appellerai plus modestement la vertu par excellence de l'observateur. En avril, mai au plus tard, établissons l'insecte par couples isolés dans des pots à fleiirs avec couche ^e terre tassée Les vivres ccnsisient en une feuille de laitue renouvelée de temps à autre. Une lame de verre couvre le réduit et prévient l'évasion.

Des données bien curieuses sont acquises avec cere installation sommaire, que seconde, au besoin, la cloche en toile métallique, meilleure volière. Nous y reviendrons. Pour le moment, surveillons la ponte, et que notre vigilance ne laisse pas échapper l'heure favorable.

C'est dans la première semaine de juin que mes visites assidues ont un commencement de satisfaction, je surprends la mère immobile avec l'oviscapte verticalement implanté dans le sol. Insoucieuse de l'indiscret visiteur, longtemps elle stationne au même point. Enfin elle retire son plantoir, efface, sans y bien insister, les traces du trou de sonde, se repose un instant, déambule et recommence ailleurs, d'ici, de là, dans toute l'étendue de l'aire à sa disposition. C'est, avec des manoeuvres plus lentes, la répétition de ce que nous a montré le Dectique. Dans les vingt-quatre heures, la ponte me paraît terminée. Pour plus de sûreté, j'attends encore une paire de jours.

LB ORILLON CHAMPfiTRB 99

Je fouille alors la terre du pot. Les œufs, d'un jaune paille, sont des cylindres arrondis aux deux bouts et mesurent à peu prds trois millimètres de longueur. Ils sont isolés dans le sol, disposés suivant la verticale et rapprochés par semis plus ou moins nombreux correspondant aux pontes successives. J'en trouve dans toute l'étendue du pot, à une paire de centimètres de profondeur. Autant que le permettent les difficultés d'une masse de terre explorée à la loupe, j'évalue à cinq ou six centaines la ponte d'une seule mère. Telle famille subira certainement à bref délai énergique émondage.

L'œuf du Grillon est une petite merveille de mécanique. Après l'éclosion, il figure un étui d'un blanc opaque, ouvert au sommet d'un pore rond, très régulier, sur le bord duquel adhère une calotte qui faisait opercule. Au lieu de se rompre au hasard sous la poussée ou sous les cisailles du nouveau-né, il s'ouvre de lui-même suivant une ligne de moindre résistance expressément préparée. Il convenait de voir la curieuse éclosion.

Quinze jours environ après la ponte, deux gros points oculaires, ronds et d'un noir roussâtre, obscurcissent le pôle antérieur. Un peu au dessus de ces deux points, tout au bout du cylindre, se dessine alors un subtil bourrelet circulaire. C'est la ligne de rupture qui se prépare. Bientôt la translucidité de l'œuf permet de reconnaître la fine segmentation de l'animalcule. Voici le moment de^ redoubler de vigilance et de multiplier les visites, dans la matinée surtout.

La fortune aime les patients et me dédommage démon assiduité. Suivant le bourrelet où, par un travail d'infinie délicatesse, s'est préparée la ligne de moindre résistance, lebout de l'œuf, refoulé par le front de l'inclus, se détache, se soulève et retombe de côté, ainsi que"^ d'une mignonne fiole. LeGrillon sort, pareil d'une boîte à surprise.

Lui parti, la coque reste gonflée, lisse, blanc pur, avec la calotte operculaire appei

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