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bouchurc. L'œuf de l'oiseau grossièrement se casse sous les heurts d'une verrue, venue exprès au bout du bec du nouveau né; celui du Grillon, d'un mécanisme supérieur, s'ouvre ainsi qu'un étui d'ivoire. La poussée du front suffit pour en faire jouer la charnière.

Aussitôt dépouillé de sa fine tunique, le jeune Grillon, tout pâle, presque blanc, s'escrime contre la terre qui le surmonte. Il cogne de la mandibule; il balaye, il refoule en arrière par des ruades l'obstacle poudreux, de résistance nulle. Le voici à la surface, dans les joies du soleil et dans les périls de la mêlée des vivants, lui si débile, guère plus gros qu'une puce. En vingt-quatre heures, il se colore et devient superbe négrillon dont l'ébéne rivalise avec celle de l'adulte. De sa pâleur initiale il lui reste un blanc ceinturon qui cerne la poitrine et fait songer à la lisière delà prime enfance.

Très alerte, il sonde l'espace avec ses longues antennes vibrantes; il trottme, il bondit par élans que ne lui permettra plus l'obésité future. C'est l'âge aussi des délicatesses stomacales. Que lui faut-il pour nourriture) Je ne sais. Je lui offre le régal del'adulte, la tendre feuille de laitue. Il dédaigne d'y mordre, ou peut-être ses bouchées m'échappent, tant elles sont petites.

En peu de jours, avec mes dix ménages, je me vois accablé de charges de famille. Que faire de mes cinq à six milliers de grillons, gracieux troupeau certes, mais d'éducation impraticable dans mon ignorance des soins réclamés? Je vous donnerai la liberté, ô mes gentilles bestioles, je vous confierai à la souveraine éducatrice, la nature.

Ainsi est-il fait. De çà de là, aux meilleurs endroits, je lâche mes légions dans l'enclos. Quel concert devant ma porte, l'an prochain, si tous viennent à bien ! Mais non : la symphonie sera probablement silence, car va venir le féroce émondage amené par la fécondité de la mère. Quelques couples survivant à l'extermination, c'est tout ce qu'il est permis d'attendre.

I, Le Grillon champêtre. Rixe entre prélendants.

•2. Le Grillon champrtre. Le vaincu détale, le vainqueur l'insulte

d'un couplet de bravoure.

LB GRILLON CHAMPâ TRB lOI

Les premiers accourus à cette manne et les plus ardents au brigandage sont le petit Lézard gris et la Fourmi. Cette dernière, odieux flibustier, ne me laissera pas, je le crains, un seul Grillon dans le jardin. Elle happe les pauvrets, les éventre, frénétiquement les gruge.

Ah! la satanée bête! Et dire que nous la mettons au premier rang! Les livres la célèbrent, ne tarissent en éloges sur son compte; les naturalistes la tiennent en haute estime et chaque jour ajoutent à sa réputation ; tant il est vrai que, chez l'animal comme chez l'homme, des divers moyens d'avoir une histoire le plus sûr est de nuire.

Nul ne s'informe du Bousier et du Nécrophore, précieux assainisseurs; et chacun connaît le Cousin, buveur de sang; la Guêpe, irascible spadassin, à dague empoisonnée ; la Fourmi, malfaisante insigne qui, dans les villages du Midi, mine et met en péril les solives d'une habitation avec la même fougue qu'elle vide une figue. Sans que je m'en mêle autrement, chacun trouvera, dans les archives humaines, des exemples similaires de l'utile méconnu et du calamiteux glorifie.

De la part des Fourmis et autres exterminateurs, le massacre est tel que mes colonies de l'enclos, si populeuses au début, ne me permettent pas de continuer. Il me faut recourir aux renseignements du dehors.

En août, parmi les détritus de feuilles, dans les petites oasis où la canicule n'a pas en plein brûlé la pelouse, je trouve le jeune Grillon déjà grandelet, tout noir comme l'adulte, sans vestige aucun du ceinturon blanc des premiers jours. Il n'a pas de domicile. L'abri d'une feuille morte, le couvert d'une pierre plate, lui suffisent, tentes de nomades insoucieux du point où se prendra repos.

C'est sur la fin d'octobre, à l'approche des premiers îroids, que le terrier est entrepris. Le travail est très simple, d'après le peu que m'apprend l'observation de l'insecte sous cloche. Jamais la fouille ne se fait en ua point dénudé de l'enceinte; c'est toujours sous l'auvent d'une feuille fanée de laitue, reste des vivres servis. Ainsi

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se remplace le rideau de gazon indispensable au mystère de l'établissement.

Le mineur gratte avec les pattes antérieures; il fait emploi des pinces mandibulaires pour extraire les graviers volumineux. Je le vois trépigner de ses fortes pattes d'arrière, à double rangée d'épines; je le vois râteler, balayer à reculons les déblais et les étaler en un plan incliné. Toute la méthode est là.

Le travail marche d'abord assez vite. Dans le sol facile de mes volières, en une séance d'une paire d'heures l'excavateur disparaît sous terre. Par intervalles, il revient à l'orifice, toujours à reculons et toujours balayant. Si la fatigue le gagne, il stationne sur le seuil du logis ébauché, la tête en dehors, les antennes mollement vibrantes. Il rentre, il reprend la besogné des pinces et des râteaux. Bientôt les repos se prolongent et lassent ma surveillance.

Le plus pressé est fait. Avec une paire de pouces, le gîte suffit aux besoins du moment. Le reste sera ouvrage de longue haleine, repris à loisir, un peu chaque jour, rendu plus profond et plus large à mesure que l'exigent les rudesses de la saison et la croissance de l'habitant. L'hiver même, si le temps est doux, si le soleil rit è l'entrée de la demeure, il n'est pas rare de surprendre le Grillon amenant au dehors les déblais, signe de réparation et de nouvelles fouilles. Au milieu des joies printanières se poursuit encore l'entretien de l'immeuble, constamment restauré, perfectionné jusqu'au décès du propriétaire.

Avril finit, et le chant commence, rare d'abord et par solos discrets, bientôt symphonie générale où chaque motte de gazon a son exécutant. Je mettrais volontiers le Grillon en tête des choristes du renouveau. Dans nos g-arrigues, lors des fêtes du thym et de la lavande en Heur, il a pour associée l'Alouette huppée, fusée lyrique qui monte, le gosier gonflé de notes, et de là-haut, invisible dans les nuées, verse sur les guérets s? douce canlildne. D'en bas lui répond la mélopée des Grillons. C'est

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