‹ Moeurs des insectesChapitre 62 sur 64 · LE HANNETON DES PINS · texte numérisé non relu

LE HANNETON DES PINS

En écrivant Hanneton des pins en tête de ce chapitre, j« commets une hérésie volontaire; la dénomination orthodoxe de l'insecte est : Hanneton foulon (Melolontha, fullo, Lin.). Il ne faut pas être difficile en matière de nomenclature, je le sais bien; faites un bruit quelconque, soudez-y désinence latine, et vous aurez, pour l'euphonie, l'équivalent de bien des étiquettes alignées dans les boîtes de l'entomologiste. La raucité serait encore excusable si le terme barbare ne signifiait autre chose que la bête signifiée; mais d'habitude, ce nom, fouillé dans ses racines grecques ou autres, a certains sens où le novice espère trouver de quoi se renseigner un peu.

Mal lui en prend. Le mot savant lui parle de subtilités difficiles à saisir et d'importance très médiocre. Trop souvent il l'égaré, il l'achemine vers des aperçus n'ayant rien de commun avec la vérité telle que nous la fournit l'observation. Ce sont parfois des erreurs criantes, parfois des allusions bizarres, insensées. Pourvu qu'elles sonnent décemment, combien sont préférables les locutions où l'étymologie ne trouve rien à disséquer!

De ce nombre serait /m/Zo, si le mot n'avait pas une signification première surlaquelle l'esprit se porte immédiatement. Cette expression latine veut dire le foulon^ celui qui sous un filet d'eau foule le drap, l'assouplit et l'expurge des apprêts du tissage. En quoi le Hanneton objctdece chapitre a-t-il quelques rapports avec l'ouvrier

foulcur? Vainement on se creuserait la cervelle, réponse acceptable ne viendrait pas.

Le terme de Julio appliqué à un insecte se trouve dans Pline. En un certain chapitre, le grand naturaliste traite des remèdes contre la jaunisse, les fièvres, l'hydropisie. Il y a un peu de tout dans cette antique pharmacopée : la dent la plus longue d'un chien noir; le museau d'urie souris enveloppé d'un linge rose; l'œil droit d'un lézard vert, arraché sur l'animal vivant et mis dans un sachet en peau de chevreau; le cœur d'un serpent, extirpé delà main gauche; les quatre articles de la queue d'un scorpion, le dard compris, serrés dans un linge noir de façon que, de trois jours, le malade ne puisse voir ni le remède ni celui qui l'a appliqué; et tant d autres extravagances! On ferme le livre, effrayé du bourbier de sottises d'où nous est venu l'art de guérir.

Au milieu de ces insanités, préludes de la médecine, figure le foulon. Terthim qui vocatur fiillo^ albis guttis^ dissectum utrique lacerto adalligant^ dit le texte. Pour combattre les fièvres, il faut diviser en deux le Scarabée foulon, en appliquer une moitié sur le bras droit, et l'autre moitié sur le bras gauche.

Oi, par ce vocable de Scarabée foulon, que désignait l'antique naturaliste) On ne le sait pas bien au juste La qualification albis gutiis, taches blanches, conviendrait assez bien au Hanneton des pins, tiqueté de blanc, mais c'est insuffisant pour donner certitude. Pline lui-même ne semble pas bien fixé sur son merveilleux remède. De son temps, les yeux ne savaient pas encore voir l'insecte. C'était trop petit, bon à récréer les enfants qui rattachaient au bout d'un long fil et le faisaient tourner en rond, mais indigne d'occuper l'attention d'un homme qui se respecte.

Le mot lui était apparemment venu des gens de la campagne, très médiocres observateurs et enclins aux dénominations extravagantes. Le savant accepta la locution rurale, œuvre peut-être de l'imagination enfan-

Le Hanneton des pins.

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