‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 115 sur 132 · NIAM-NIAM (AFRIQUE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

NIAM-NIAM (AFRIQUE INTÉRIEURE

A pari les Irails spéciaux qui les distinguent, caractères de race qui, plus ou moins accentués, marquent les différents groupes de la famille humaine, les Niam-Niam sont des hommes de la même nature que les autres ; ils ont les mêmes passions, les mêmes joies, les mêmes douleurs que nous. J'ai échangé avec eux mainte et mainte plaisanterie, j'ai pris part à leurs jeux enfantins, qu'animait le bruit de leurs tambours ou le son de leurs mandolines, et j'ai trouvé chez eux la gaieté et la verve que l'on rencontre ailleurs.

Le nom sous lequel nous les connaissons, et qui doit se prononcer Gnam-Gnam\ est emprunté à la langue dinka; il signifie mangeurSy ou plutôt grands mangeurs, et très-évidemment fait allusion au cannibalisme des gens qu'il désigne.

Pour les Nubiens, qui l'ont complètement adoptée, cette dénomination est tellement associée à l'idée d'anthropophagie, que parfois ils l'appliquent à d'autres peuplades n'ayant avec la nation qui nous occupe d'autre rapport que leur goût pour la chair humaine.

Quant aux Niam-Niam, ils se donnent à eux-mêmes le nom Ae Zandeh

La plus grande partie de leur territoire est située entre les 4" et 0" degrés de latitude nord.

Une ligne idéale tirée d'orient en occident, à égale distance des frontières nord et sud du pays, concorderait avec la ligne de faîte qui sépare le bassin du Nil de celui du lac Tchad. Mon voyage ne m'a fait parcourir que la portion orientale de la con-

1. On a cru pendant longtemps que les Niani-Niani avaient un appendice caudal. Une bande passant entre les jambes et allant s^épanouir au bas des reins en un large éventail constitue le fameux appendice qui, vu de loin, a produit TefTet d'une queue. Le mot de Ténigme fut donné par M. Lejean, qui montra rornement lui-même à la Société de géographie. Cette queue avait été détachée du corps d'un Niam-Niam pris sur un champ de bataille.

lrée;mais, dans cette province, que traversent les bandes de quelques marchands, et qui, autant que je peux le croire, est bornée à Test par le cours supérieur du Tondj, il m'a été donné d'être en rapport avec trente-cinq chefs indépendants.

En prenant pour base le nombre d'hommes que les chefs dont j'ai traversé les districts peuvent mettre sous les armes, et en admettant la même proportion pour la zone occidentale, la partie connue aurait au moins deux millions d'habitants.

Il n'est pas de voyageur qui, après avoir franchi la province du Ghazal, où des tribus d'une si grande diversité se mêlent confusément sur un terrain si uniforme ; il n'est pas de voyageur, disons-nous, qui, après cela, arrivant chez les Niam-Niam, ne soit frappé de la différence que présentent ceux qui l'entourent. Les caractères qu'ils offrent sont tellement tranchés, qu'on les reconnaît immédiatement au milieu des foules les plus nombreuses, et ces caractères sont de telle nature, qu'ils font paraître d'un intérêt secondaire tous les indigènes que l'on a vus jusque-là.

Les Niam-Niam ont la tête ronde et large, et doivent être mis au nombre des sous-brachycéphales. Leurs cheveux abondants et crépus sont bien réellement ceux des nègres, mais la longueur en est extraordinaire : divisés par mèches tordues ou nattées, ils flottent sur les épaules et tombent parfois plus bas que la taille.

Les yeux, coupés en amande, légèrement relevés à l'angle extérieur, surmontés de sourcils épais et nettement dessinés, sont d'une gi^ndeur remarquable. La distance qui les sépare témoigne de la largeur exceptionnelle du crâne et mitigé ce qu'ils auraient de féroce, en mêlant à leur vivacité pleine de feu une expression de franchise ingénue. Un nez droit et large, égal dans toute sa longueur ; une bouche dont les commissures ne dépassent pas les coins des narines; de grosses lèvres, des joues pleines, un menton arrondi, complètent le visage, dont la coupe est ordinairement ronde.

En général, le corps a une tendance à l'embonpoint et annonce

SOUDAN. ï!5S

rarement une grande force musculaire. La taille n'excède pas In moyenne de celle des Européens : un mètre quatre-vingts centimètres est le chiffre le plus élevé de loutes les mesures que j'ai prises

Comme trait caractéristique de leur nationalité, les Niam-Niam se font, par le tatouage, des carrés composés de points et qui au nombre de trois ou quatre, se placent indifféremment sur le front, sur les tempes ou sur le's joues. Ils ont en outre, sur le vonire, une espèce de cartouclie qui figure à peu près une croi\ de Saint-André; et comme parure ils se tracent, toujours au

moyen du tatouage, des rubans, des lignes, des zigzags sur la poitrine et sur le haut des bras.

On ne voit chez eux de mutilation d'aucun genre, excepté à regard des incisives, qui, d'après un usage très-répandu au centre de l'Afrique, sont limées en pointe, afin de les rendre plus mordantes, et par suite plus efficaces dans le combat.

Geouge Schweinfurth, Au cœur de V Afrique, trad. par M"* Henriette Loreau.

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