ÉTRANGE MONNAIE DU SOUDAN OCCIDENTAL
De même que chez nous on compte en centimes et qu'on paye de fortes sommes en or ou billets de banque, il existe à Ségou une autre monnaie, monnaie vivante : c'est l'homme, c'est la femme, c'est surtout Tenfant, enlevé à sa mère dès qu'il est sevré, ou
plutôt, c'est horrible à dire, à entendre et surtout à voir, c'est Tesclave.
Oui, l'esclave n'est pas seulement vendu comme sur les marches d'Amérique, de la Havane ou de tout autre point du globe, l'esclave ici est une valeur fictive. « Combien ce cheval? trois captifs. Combien ce bœuf? un demi-captif. » Et ne croyez pas que ce soit une plaisanterie ; je l'ai entendu non pas une fois, mais mille. Ce demi, bien entendu, ne se paye pas en nature; on s'acquitte avec un mauvais esclave qui n'a pas la valeur courante de 20,000 cauris, ou un enfant en bas âge, ou même avec des cauris, une couverture ou un vêtement.
Le plus bel adolescent du pays, bon à faire un sofa^ c'est-à-dire un esclave guerrier âgé de quinze ans, voilà la plus haute monnaie du pays ; elle représente quelquefois jusqu'à deux captifs ordinaires. Une belle lille d'Eve, en possession de tous ses avantages physiques, propre à faire une tara (une épouse de second ordre), le dispute quelquefois, pour le prix, à" ce que je viens de citer.
Mais l'esclave courant, c'est la femme faite, de dix-huit à trente ans, dépourvue de grande beauté, surtout lorsque rien ne trahit «m elle une noble origine.
Mage, Bulletin de la Société de géographie.
^i l/AF[MQl*E ET LES AFUICALNS.