‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 21 sur 132 · LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE

La bourgeoisie, dont les rangs s'élargissent sans cesse, où vient se fondre successivement l'élite des travailleurs, forme cette classe moyenne qui administre les affaires de la France et en représente l'esprit dans le monde. Quoique dépossédée par le suffrage universel du droit de vote presque exclusif qui lui appartenait autrefois, quoique en minorité devant le scrutin, elle n'en garde pas moins, par sa richesse, par ses lumières, par la possession des emplois publics, une influence prépondérante. Elle ne fait plus tout ce qu'elle veut, mais, si elle savait se servir de ses * forces, il serait difficile qu'on fît le contraire de ce qu'elle veut. Je n'étudierai pas toutes les variétés qu'elle nous offre, depuis le petit rentier ou le modeste employé jusqu'au banquier millionnaire. Je cherche ici surtout les traits distinctifs et les caractères

généraux.

La classe moyenne en France se compose d'hommes en général bien doués, qui ont leçu de la nature une intelligence ouverte, un esprit vif et net. Ces dons naturels ne dispensent néanmoins aucun de ceux qui les possèdent de les entretenir et de les développer par la culture. Les familles bourgeoises le savent, surtout les plus pauvres ; elles connaissent le prix du travail et veulent

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d'ordinaire que leurs enfants soient instruits. Chaque année, de nombreux établissements d'instruction publique, libres ou fondés par l'État, distribuent à des milliers d'élèves les éléments de la science. Quelques réserves qu'on soit tenté de faire sur le mode d'éducation de la jeunesse française, on ne niera point qu'elle ne se livre au travail avec une louable émulation. Elle se dispute /3nergiquement le petit nombre de places que nos grandes écoles mettent au concours, elle poursuit sans relâche les différents diplômes qui donnent accès aux fonctions publiques ou qui servent de passeport dans l'industrie. L'encombrement de toutes les professions témoigne assez de l'ardeur avec laquelle on s'y porte et des efforts que font les jeunes gens pour se frayer un chemin au milieu de la foule. Jamais, à aucune époque de notn* histoire, l'activité n'a été plus générale, ni la concurrence en toutes choses plus sérieuse qu'aujourd'hui. Le lieu du combat ressemble à un champ de courses où chacun cherche à atteindre le but plus tôt que son voisin. Les concurrents partent sur la môme ligne, quelques-uns tombent en route, les autres continuent, et, parmi ceux qui restent, c'est à qui touchera le premier le bout de sa carrière. On les voit en rangs serrés, haletants, se surveiller du regard, épier sur chaque physionomie le moindn» signe de défaillance, profiter de la moindre faute de l'adversaire, et poursuivre activement la lutte jusqu'à l'instant décisif où l'un d'eux, se détachant du groupe, franchit tout à coup l'espace qui le séparaitdela victoire. Ils ne comptent ni la peine ni les obstacles, et vont droit devant eux avec une infatigable ambition.

A. MÉziÈRES, la Société française.

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