‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 22 sur 132 · LE SOLDAT FRANÇAIS — LE ZOUAVE · texte numérisé non relu

LE SOLDAT FRANÇAIS — LE ZOUAVE

Voyez les approches du bivouac; quelques hommes sortent des rangs et courent à la source voisine pour remplir les bidons d'escouade avant que l'eau ail été troublée par le piétinement des chevaux et des mulets. Les fagots ont été faits d'avance et surmontent déjà les sacs. La halle sonne, le bataillon s'arrête et s'aiigne sur la position qui lui est assignée ; la compagnie de î^qand'garde est seule en avant. Tandis que les officiers supérieurs vont placer les postes eux-mêmes, les faisceaux se forment sur le front de bandière, les petites tentes se dressent, les feux s'allument comme par enchantement. Les corvées vont à la distribution des vivres, des cartouches; les hommes de cuisine sont à l'œuvre , d'autres coupent du bois, car il en faut faire provision pour la nuit; d'autres fourbissent leurs armes; d'autres encore réparent leurs effets avec celte inévitable trousse du soldat français, qui d'abord faisait sourire, dit-on, nos alliés rn Crimée.

Cependant la soupe a été vite faite; on ^ n'y a pas mis la viande de distribution, destinée à bouillir toute la nuil pour ne figurer qu'au repos de la diane. La soupe du soir se fait avec des oignons, du lard, un peu de pain blanc, s'il en reste, ou, si l'ordinaire est à sec, elle se fait au café, c'est-à-dire que le café liquide est rempli de poussière de biscuit et transformé en une sorte de pâte qui ne serait peut-être pas du goût de tout le monde, mais qui est tonique et nourrissante; ou bien encore )o chasseur, le pêcheur de l'escouade, ont pourvu la gamelle, qui d'un lièvre, qui d'une tortue, qui d'une brochette de poissons ; nous ne parlons pas de certains mets succulents savourés parfois «m cachelle, une poule, un chevreau, dont l'origine n'est pas toujours orthodoxe. La soupe est mangée ; on a fumé la dernière

pipe, chanté le joyeux refrain. Tandis que les camarades de tente s'endorment entre leurs deux couvertes, la grand'garde change de place en silence, car sa position aurait pu être reconnue. Le factionnaire qu'on voyait en haut de cette colline a disparu ; mais suivez l'officier de garde dans sa route, et, malgré l'obscurité, il vous fera distinguer sur la pente même de cette colline un zouave couché à plat ventre tout près du sommet qui le cache, l'œil au guet, le doigt sur la détente. Un feu est allumé au milieu de ce sentier qui traverse un bois.. Cependant le maraudeur, l'ennemi qui s'approche du camp pour tenter im vol ou une surprise, s'éloigne avec précautfon de cette flamme autour de laquelle il suppose les Français endormis; il se jette dans le bois, et il y tombe sous les baïonnettes des zouaves embusqués, qui le frappent sans bruit, afin de ne pas fermer le piège et de ne pas signaler leur présence aux compagnons de leur victime.

Le duc d'Aumâle.

Page 1