LE VIGNERON FRANÇAIS
Allons, en roule! loin, loin! de l'air pur, des sabots, et de la terre par-dessus les sabots ! en Champagne ! en Bourgogne ! dans tous les pays où le soleil fait mûrir la grappe, où le pressoir fait j*nisseler le vin !
Ce n'est plus, cette fois, la verdure étiolée, les fleurs blanchies le plAtre, les parodies champêtres dont la banlieue borde Paris : 'est de la belle et bonne campagne, en pleine province, à soixante, quatre-vingts lieues de la capitale, avec des mœurs et dos habitudes toutes difi^érentes, et au milieu de bonnes gens, pavî^ans simples, ouverts et pleins de franchise, et qui la plupart n'ont, de leur vivant, quitté leur village que pour aller au marché de la ville voisine.
Laissez un peu (fe côté les douceurs de votre vie molle, nous nvons là-bas une vie active à mener ; oubliez les gants glacés, les parfums pour les cheveux, nous n'avons à presser que dei' mains calleuses, et ce sont de gros bonnets de laine qui nous salueront ; revêtez, pour mieux faire, le pantalon de toile, la blouse mi tissu rugueux, et surtout dites adieu à vos longs sommeils du matin, car nous allons suivre nos vignerons, et nos vignerons se lèvent l'hiver avant le brouillard, l'été avant la rosée. Nous n'allons pas seulement faire une promenade près d'eux, les examiner
FUANCE. ;J5
un jour en passant; mais nous allons nous y installer, y prendre nos coudées franches, aiguiser comme eux la pioche et la serpette; nous allons tailler la vigne et vendanger
Fbançois Fertiault.