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LE MARSEILLAIS (LA VIE POPULAIRE

Voici le bruyant rendez-vous de mousses et de matelots, la petite place Neuve, dont les platanes, vus de l'autre côté du port, font entre les navires une tache verle d'une douceur charmante.

Encadrée de débits de liqueurs, de bibines, de mastroquels, de bouibouis, cette place est pendant toute la journée une véritable Babel.

On y entend toute sorte de langues et de dialectes. Marins russes, turcs, grecs, suédois, tunisiens, italiens, anglais, autrichiens, y viennent vociférer, hurler, se prendre de querelle, se raser et parfois se larder de coups de couteau entre deux prunes à l'eau-de-vic

6« l/EUnOPE ET LES EUROPÉENS.

Quel point de la ville plus abordable, plus gai, plus lumineux que cette partie du quai qui va de la petite rue Juge-du-Palais jusqu'à la Consigne! Jadis, avant la démolition du quartier des Grands-Carmes, c'était surtout à l'entrée du quai que les frileux, les buveurs de soleil avaient l'habitude de venir faire leuii^

dévotions. Mais depuis le percement de la me de la République, le coin des maisons neuves, comme on l'appelle aujourd'hui, n'offre plus le même abri contre les morsures du mistral. Aussi les fidèles qui s'y donnent rendez-vous forment le petit nombre, et la plupart sont ceux qui n'ont pas trouvé place à la grande cheminée.

Mais, dans l'autre partie du quai, le long de ces maisons de confections, de photographies au rabais, de tirs au pistolet, de

ces bazars de pipes, de ces bruyantes et petites buvettes, de ces marchands de perroquets, de biscuits pour la marine, de conserves alimentaires et de ces nombreuses boutiques de bricà-brac, quelle cohue ! quelle fourmilière ! quelle joie !

Rien n'est curieux, régalant, comme de voir tant de têtes s'épanouir, rayonner dans leurs bains de lumière. C'est là suitout que l'enchantement est grand pour les Marseillais. On y rencontre un tas de vieux pescadans au teint basané, bituminé, qui, immobiles, la pipe à la bouche, perdus dans leurs cabans, s'oublient dans un far niente délicieux et semblent plongés dans une longue extase, dans un ravissement sans fin.

Horace Bertin, Tour de France.

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