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LES CLASSES OUVRIÈRES EN BELGIQUE

L'ouvrier belge est insouciant : l'heure présente absorbe toute son attention ; il ne pense guère à l'avenir. Peu d'hommes autant que lui aiment le plaisir, le bruit, l'agitation. A peine sorti de l'atelier, il court au cabaret, boit, cric, jusqu'à ce que, épuisé, la poche vide, il se laisse reconduire au logis domestique. On

100 ï;europe et les européens.

n'économise jamais qu'en vue de se procurer des satisfactions supérieures, plus vives et plus complètes que celles qui peuvent être atteintes immédiatement. Ainsi l'ouvrier anglais épargne parce qu'il rêve d'habiter un jour une jolie maisonnette, parce qu'il voudrait pouvoir manger de meilleure viande et boire de meilleur aie, augmenter le confort de son twme, accroître son inlluence, devenir, en unmot, un gentleman à son aise. En Belgique, le travailleur n'éprouve rien de semblable. Il n'imagine pas une félicité plus parfaite que celle de boire au cabaret et de danser à la kermesse; il ne comprend pas ou du moins ne paraît pas comprendre qu'il pourrait modifier son genre de vie.

La même cause qui l'empêche d'aller chercher fortune au loin, de s'élever et de s'enrichir à force de courage et de persévérance, l'empêche d'améliorer sa condition actuelle. Il ne sait pas prévoir parce qu'il manque d'imagination; il ne sait pas calculer, parce qu'il manque de calme et de prudence. Les femmes du peuple sont ici encore plus imprévoyantes et plus prodigues que les hommes. Elles aiment la parure, non comme les Hollandaises, qui veulent des bijoux représentant un capital, mais comme les Napolitaines et les Espagnoles, qui se couvrent d'objets clinquants dont la valeur réelle est nulle; les jeunes filles portent de lourds pendants d'oreilles qui les font ressembler à des négresses, d'énormes chignons bourrés d'étoupc, des robes voyantes à bon marché, qu'un seul lavage met en lambeaux. Et puis les femmes, comme leurs maris, fréquentent le cabaret.

Dans les provinces du midi, le Ilainaut par exemple, la population est encore moins économe qu'ailleurs. Le caractère de la race explique ce phénomène : l'impétuosité du Wallon ne se concilie pas avec les longs calculs de la prévoyance. L'argent s'écoule (le ses mains comme la parole de ses lèvres, brusquement, au hasard, au gré des impulsions irréfléchies et soudaines qui le dominent et le dirigent. Les salaires sont élevés dans les districts houillers, et le revenu moyen d'une famille de travailleurs y est plus considérable que dans le nord, car tous les enfants, quels que soient leur âge et leur sexe, sont employés dans la mine.

Mais l'aisance, le confort, l'épargne, dépendent avant tout des qualités de la mère de famille. C'est ce qui explique pourquoi la misère est si grande dans le Borinage.

Le Même.

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