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LES RUSSES

La jeunesse n'est pas Tenfance. Il est, pour les nations comme pour les hommes, un temps de jeunesse, ou, si l'on veut, de maturité qu'il faut attendre avant de les soumettre à des lois ; mais la maturité des hommes n'est pas toujours facile à connaître : si on la prévient, l'ouvrage est manqué. — Tel peuple est disciplinable en naissant, tel autre ne l'est pas au bout de dix siècles. Les Russes ne seront jamais policés, parce qu'ils l'ont été trop tôt. Pierre avait le génie imitatif; il n'avait pas le vrai génie, celui qui crée et fait tout de rien. Quelques-unes des choses qu'il fit étaient bien, la plupart étaient déplacées. Il a vu que son peuple était barbare, mais il n'a pas vu qu'il n'était pas mûr pour la police ; il l'a voulu civiliser quand il ne fallait que l'aguerrir. Il a d'abord voulu faire des Allemands, des Anglais, quand il fallait commencer par faire des Russes ; il a empêché ses sujets de devenir ce qu'ils pourraient être, en leur persuadant qu'ils étaient ce qu'ils ne sont pas. C'est ainsi qu'un précepteur français forme son élève pour briller au moment de son enfance et puis n'être jamais rien.

Jean-Jacques Rousseau.

Les Russes ne sont pas des barbares, mais une race noble, fraîche, pleine de force et d'esprit, dévouée aux sentiments religieux, aux bonnes mœurs ; mais, dès que leur sang est infecté du poison de la civilisation moderne, leurs vertus nationales disparaissent, et il ne reste plus que l'animal qui est au fond de

chaque homme. Alors le Russe apparaît encore plus dégradé que les membres des nations occidentales, qui supportent mieux le poison de la civilisation, parce que ce poison s'est depuis longtemps assimilé à leurs mœurs.

De Haxthausen, Études sur la situation intérieure et la vie nationale de la Russie.

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