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ESPRIT RELIGIEUX EN RU88IE

Le Russe est essentiellement religieux. De tous les peuples chrétiens, c'est sans contredit celui chez lequel le sentiment des idées religieuses a pris le plus de développement. Sa vie tout entière se passe dans un continuel commerce avec le monde invisible. Plusieurs causes ont contribué et donné à ce côté de son caractère cette prépondérance excessive. L'aspect de son pays est triste : le manteau dont le couvre la nature inspire une indicible mélancolie. Ses immenses forêts sont toutes semblables les unes aux autres; elles sont invariablement formées de bouleaux et de pins. Vous n'y voyez aucune futaie de haute venue, rien qui rompe la monotonie de l'ensemble. Tous les arbres sont petits, rabougris : on pourrait croire que le froid de la température a arrêté la croissance. Ils font à l'horizon un rideau de feuillage noirâtre, d'une accablante continuité. Des tourbières ou des lacs muets, tricolores, sans vie, se coupent de loin en loin. La plaine désespère le voyageur par sa nudité, son uniformité et sonélendue. Au fur et à mesure qu'il avance, les limites semblent reculer.

Caillatte, Revue des deux mondas, 187i.

UN INTËRICUR A «AINT-PtTERSBOURO

Lîn appartement russe confortable réunit toutes les recherches

de la civilisation anglaise et française : au premier coup d'œil, on pourrait se croire dans le VVest-Endou le faubourg Sainl-Honoré;

mais bientôt le caractère local se trahit par une foule de détails

curieux

Les pièces sont plus vastes et plus hautes qu'à Paris. Nos architectes, si ingénieux à modeler des alvéoles pour l'abeille humaine, découperaient tout un appartement et souvent deux étages dans un salon de Saint-Pétersbourg. Comme toutes les chambres sont hermétiquement closes et Jque la porte de sortie donne sur un escalier chauffé, il y règne une chaleur invariable de 45 à 16 degrés au moins, qui permet aux femmes d'être vêtues de mousseline et d'avoir les bras et les épaules nus. Les gueules de cuivre des calorifères soufflent sans interruption, de nuit comme de jour, leurs trombes brûlantes, et de grands poêles aux proportions monumentales, de belle faïence blanche ou peinte, montant jusqu'au plafond, répandent leur chaleur soutenue là où les calorifères ne peuvent déboucher. Les cheminées sont rares, elles ne servent, quand il y en a, qu'au printemps et à l'automne. En hiver, elles entraîneraient le calorique et refroidiraient la chambre. On les ferme et on les remplit de fleurs. Les fleurs, voilà un luxe vraiment russe! Les maisons en regorgent. Lesfleurs vous reçoivent à la porte et montent avec vous l'escalier, les lierres d'Islande festonnent la rampe, des jardinières sur des paliers font face aux banquettes. Dans l'embrasure des croisées, s'étalent des bananiers avec leurs larges feuilles de soie ; des tallipots, des magnolias, des camellias arborescents, vont mêler leurs fleurs aux volutes dorées des corniches.... Des cornets du Japon ou de verre de Bohême, posés au centre des tables ou sur l'angle des buffets, jaillissent des gerbes de fleurs exotiques. Elles vivent là comme en serre chaude, et en effet c'est une serre chaude que tout appartement russe. Dans la rue, vous étiez au pôle; dans la maison» vous pouvez vous croire au tropique.

Théophile Gautier, Voyage m Russie*

COUME Sun LA RtVA

La perspective Nevski elles voies aboutissantà la jprande place où se dresse la colonne Alexandra, ce gigantesque monolithe de granit rose qui dépasse les énormités égyptiennes, présenteat un

spectacle d'une animation extraordinaire, à peu près comme chez nous l'avcDue des Champs-Elysées, lorsque quelque steeplechase à la Marche fait rouler toute la carrosserie fashionable.

Les troïkas passent avec un frisson de grelots, emportées par leurs trois chevaux tirant en éventail, et chacune d'allure diverse ; les traîneaux filent sur leurs patins d'acier, attelés de magnifiques steppeurs, que maîtrisent difficilement les cochers coiffés de leur bonnet de velours à quatre pans et vêtus de leur cafetan bleu ou

i2i i;europe et les européens.

vert. D'autres traîneaux à quatre places et à deux chevaux, des berlines, des calèches démontées de leurs roues et posant sur des sabots de fer retroussés à leur bout, se dirigent du même côté, formant comme un troupeau de voitures de plus en plus pressé. Quelquefois un traîneau à la vieille mode russe, avec son gardeneige de cuir tendu comme une voile de boute-hors et son petit cheval à crins désordonnés, galopant à côté du trotteur, se faufile dans l'inextricable dédale, frétillant et rapide, éclaboussant ses voisins de parcelles blanches.

Théophile Gautier, Voyage en Russie.

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