LES CO8A0UE8 DU DON
Les Cosaques vivent dans des villages où maisons et jardins s'enchevêtrent de façon à former une sorte de labyrinthe ; les habitations, couvertes d'une toiture de paille, sont peintes en jaune ; un enclos commun, qui n'a que deux ou trois ouvertures, les enferme tous. Les entrées et les sorties sont d'un accès difficile; des 'chiens à mine féroce en gardent les passages, car le campement sert de parcpour les bestiaux, en môme temps que de forteresse pour les hommes. Une église, qui n'attire les regards ni par ses dimensions, niparson^éclat, s'élève sur le point culminant du hameau ; les Cosaques des steppes orientaux sont presque tous attachés à l'ancien rite slave. Un troupeau de moutons fait entendre ses bêlements à peu de distance, une fiîe de charrettes et de bœufs s'avance sur la route. Un chasseur, arméde son fusil, traverse le pâturage. De tous côtés l'œil rencontre quelques traces de vie ; la plaine est bien encore monotone et nue, mais l'amour des Cosaques pour les jardins, les clôtures et la couleur prête à la Russie méridionale un charme que l'on ne trouve nulle part dans le nord.
Chaque maison est isolée, entourée de sa cour, de son jardin,
dû sa pièce de vigne, de sa couche de melons, le tout gardé par
un gros cliien. Le type de la population est le Malo-Russe, au teint jaunâtre, à peu près de la môme couleur que celui du Tarlare. Ces Cosaques ont les dents très-belles, les yeux animés d'un feu
sombre. Jeunes garçons et hommes faits, tous montent à cheval ; les enfants s'y exercent dès le plus jeune âge. Malgré ces moeurs martiales, c'est aux hommes que revient en partie le soin des nourrissons, tandis que les femmes exécutent les travaux les plus pénibles.
DixON, la Russie libre {Tour du monde).
LA FOIRE DE NIJNII-NOVOOROD
C'est une chance pour notre curiosité, que d'être arrivés à Nijnii-Novgorod juste au moment de la foire, qui est la plus célèbre d'Europe avec celle de Leipsick; elle jette une animation extraordinaire dans cette ville déjà fort peuplée, car on assure qu'il y vient plus décent mille marchands de toutes les parties du monde.
Nijnii-Novgorod est située sur des escarpements très-élevés au-dessus du fleuve; les différents quartiers de la ville sont séparés par des ravins tellement à pic, qu'il a fallu les relier par •des ponts.
La foire se tient dans une grande plaine de l'autre côté du Volga, où le gouverneur habite dans un palais spécial pendant tout le temps de sa durée.
Au moment de notre arrivée, les eaïax débordées ne faisaient que rentrer dans leur lit, et des milliers d'ouvriers s'empressaient d'y élever les constructions provisoires qui allaient servir au commerce. La foire n'était pas ouverte: des masses de ballots de marchandises de toute forme et de toute couleur gisaient çà et là pêle-mêle sur le bord du fleuve, sous la garde d'agents spéciaux de police. La foule des marchands et des acheteurs était déjà immense; on y voyait tousses peuples de l'Orient : Persans, Géorgiens, Turcs, Arméniens, Kalmouks, Kirghiz, Hindous,
iro d« Nijnii-NoTror
Turcomans, secoudoyantavecdes Russes, des Juifs, desCosaques, desTartares et des négociants de tous les pays de l'Europe. Une foule de spectacles, de charlatans, de jeux, emplissaient dévastes baraques et formaient déjà un quartier destiné aux plaisirs. Ce que j'y ai vu déplus curieux, sur un théâtre ambulant, c'était un acteur nègre des Antilles qui jouait Othello en anglais, tandis que les autres personnages disaient leur rôle en russe. Gela faisait une cacophonie assez étrange. J'ai trouvé cet acteur noir très-bon (en revenant de Chine, on n'est pas difficile). Il y avait aussi des danseuses bohémiennes, de vraies Zingari, au teint cuivré, qui exécutaient voluptueusement les danses du châle et de l'abeille ; puis une troupe de jeunes musiciennes viennoises, en costume national, vestes blanches et toques noires à plumes blanches, dont les plus âgées, qui avaient douze ans, jouaient des instruments à cordes et à vent, tandis que la plus jeune, enfant de six ans à peine, tapait de toute sa force sur la grosse caisse. Il y avait enfin des ménageries, des hercules, des sorciers, etc., etc. Parmi ces divertissements, une chose attira particulièrement mon attention, tant par son originalité et sa couleur locale que par la bizarrerie et l'incontestable antiquité du chant: c'était un chœur de mariniers du Volga, assis par terre et faisant le simulacre de ramer, sous les ordres d'un chef qui commandait la manœuvre ; celui-ci déclamait una sorte de récitatif, auquel le chœur répondait par des strophes chantées en parties. Il s'agissait des exploits de Rurik et de ses pirates normands envahissant la Moscovie au ix'' siècle ; le chant était sauvage, mais bien rhylhmé et saisissant. Ce devait être ainsi qu'Homère et les rapsodes allaient chantant jadis dans les villes de la Grèce les exploits des vainqueurs de la malheureuse llion.
M™" DE BouRBOULON, Touv du mondc .
AUTRICHE-HONGRIE