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LA FÊTE-DIEU A MUNICH

Le caractère d'un peuple qui pousse aussi loin le culte des formes extérieures que les Bavarois se révèle tout particulièrement dans ses fêtes religieuses. En aucune ville allemande, si ce n'est à Vienne, la Fête-Dieu n'est plus somptueuse qu'à Munich. Louis I" avait fait de la procession qui parcourt ce jour-là les rues une sorte de cortège théâtral et artistique. Il y avait introduit des pénitents de toutes couleurs, des chevaliers de Malte, des croisés. A la suite des discussions qui cigitent l'Allemagne politique et religieuse, la fête a perdu une partie de son éclat, mais c'est encore un grand et beau spectacle. On place des arbrisseaux devant chaque maison ; les façades sont décorées de tapis et de guirlandes ; des images saintes sont exposées sur les fenêtres entre des bougies allumées ; les rues sont recouvertes d'un parquet et jonchées de fleurs. La troupe fait la haie. Les cuirassiers, sur leur haute monture, sabre au poing, sont échelonnés devant le palais du roi. Les cloches sonnent à toute volée, le canon tonne, la musique éclate. En tête s'avancent les différents corps de métiers, avec leurs insignes et leurs bannières. Voici d'abord des drapiers en costume du xvi' siècle, puis les tanneurs, les cordonniers, les brasseurs, les tailleurs, les ramoneurs, les tonneliers, etc. Ils sont suivis des élèves de toutes les écoles de la ville, les petites lilles en robe blanche avec des nœuds roses , les petits garçons en noir avec des gants blancs. Puis viennent les congrégations, les membres des diverses confréries, en chapeaux et manteaux de pèlerins ; les sœurs de charité, les internes des hôpitaux, les capucins avec leur croix colossale, les franciscains et les dominicains. Le clergé des paroisses de Munich et les chantres de la chapelle royale précèdent l'archevêque, qui s'avance sous un dais, avec un ostensoir d'or étincelant de pierreries. Immédiatement après lui marchent le roi, les princes royaux, les ministres, les employés supérieurs, les professeurs universitaires dans leur

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longue robe de docteur, le conseil municipal, etc. La foule suit, tète nue, en priant à haute voix. Cette prière générale et publique, récitée surun certain rhythme, est une chose grande et touchante. Quatre reposoirs s'élèvent sur le parcours de la procession; à son passage, tout le monde est tenu de se découvrir et de fléchir le genou sous peine d'amende

Victor Tissot, les Prussiens en Allemagne.

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