‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 79 sur 132 · LES VAUD0I · texte numérisé non relu

LES VAUD0I

Le peuple vaudois offre un singulier mélange de sensualité bmtale, de jovialité crue et de spiritualité, de dévotion raffinée et mystique. On dirait deux peuples, celui de la chair et celui de l'esprit, mêlés, confondus ensemble. On retrouve ces extrêmes dans les rangs les plus élevés, comme dans les plus humbles. Chaque village a ses âmes sérieuses; travaillées par des besoins de piété, et réunies en petites fraternités religieuses. Dans les lieux les plus écartés, on rencontre des intelligences supérieures, sortes de philosophes rustiques, ayant scruté les hautes questions morales, versés dans la littérature et les sciences. Mais on les remarque peu ; certaine insouciance native, certaine gaucherie, la crainte des quolibets, le goût de s'effacer, de vivre à part et d'observer en silence retient les hommes supérieurs confondus dans la foule. Tel fossoie sa vigne ou taille les arbres de son verger sans regarder au delà. Mais qu'une circonstance imprévue; les tire de celte inertie, et l'on est surpris du sens, de la finesse, des vues déliées, de la réflexion que ces hommes savent déployer. Dans les maisons des cultivateurs vaudois, à côté du sac do graines, il y a la niche aux livres. L'hiver, alors que le sol, couvert de frimas, rend le travail impossible, les livres et les journaux circulent ; on les lil à la veillée et chacun dit son mot. Telle mère, en tissant une pièce de toile, fait de judicieuses réflexions. On rencontre dans tous les états un contingent de familles ordonnées, laborieuses, vivant dans la crainte de Dieu. Satisfaites de

Taisance que donne le produit des champs, elles ont du temps pour les choses de l'esprit et maintiennent un niveau moral qui contient le débordement de la matérialité

Le Vaudois abonde en idées de détail ; il excelle à disséquei' une situation, à en reconnaître le fort et le faible, mais il a peine à se décider.

Un extérieur gauche, embarrassé, une parole difficile, le font paraître à son désavantage. A voir telle figure effacée, aux traits mal débrouillés, ne remuant pas, ne parlant pas, on s'étonne d'y découvrir tant de fine observation, d'érudition bien digérée, de vues ingénieuses.

Le Vaudois pense en dedans, ses idées flottent inachevées dans son esprit, il trouve difficilement ses mots; mais, une fois en mouvement, ses idées s'échauffent, sa langue se dénoue, il trouve des expressions originales. Sa parole offre un mélange curieux de rudesse native, de brusquerie âpre, de sans-faron rustique et de malice, d'insinuation, de nuances déliées.

Dans les habitudes populaires règne une jovialité facile et épanouie. Le Vaudois recherche les plaisirs pris en commun, les repas de corps, les assemblées nombreuses ; il aime la compagnie, sans avoir d'abandon et de besoin d'épanchement

Rodolphe Rev, Genève et les rives du Léman.

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