VOYAGE A TRAVERS LES MONTAGNES
En voyage le plaisir n'appartient qu'à ceux qui savent le conquérir, et point à ceux qui ne savent que le payer... 11 est trèsbon d'emporter, outre son sac, provision d'entrain, de gaieté, de courage et de bonne humeur. Il est très-bon aussi de compter.
pour l'amusement, sur soi et ses camarades, plus que sur les curiosités des villes ou sur 'les merveilles des contrées. Il n'est pas mal non plus de se fatiguer assez pour que tous les grabats paraissent moelleux et de s'affamer jusqu'à ce point où l'appétit est un délicieux assaisonnement aux mets de leurnature les moins délicieux, de n'attendre rien du dehors et d'emporter tout avec soi : son sac, pour ne pas dépendre du roulage ; ses jambes, pour se passer du voiturier; sa curiosité, pour trouver partout des spectacles; sa bonne humeur, pour ne rencontrer que de bonnes gens.
Sans parler des facilités matérielles que, de toutes parts, la Suisse offre au voyageur, quelle autre terre sur le globe concentre dans un plus petit espace 'plus de merveilles quant à la nature, plus de variété quant à l'homme?
Dans la même journée, on change de peuple comme de contrée : l'âpre et le riant se succèdent tantôt par degrés, tantôt par frappants contrastes ; les mœurs, de simples ou de sauvages que vous les avez observées le matin, sont devenues, le soir, civilisées ou industrieuses; — ici de chauves sommités; — là des croupes verdoyantes ou des retraites d'ombre et de paix; — puis celte chaîne des Alpes qui vous ouvre ses ténébreux défilés, soit que vous vouliez chercher le soleil d'Italie, ses lacs d'azur, ses couleurs de fête, soit que vous vouliez rebrousser vers les paysages plus sévères des cantons.
Tœpffer.