‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 85 sur 132 · PHYSIONOMIE DE LA RUE A MADRID · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DE LA RUE A MADRID

Les types les plus curieux de l'Espagne peuplent les rues de Madrid. Esquissons-les d'un trait de plume.

Voici l'aguador, qui porte dans un panier de fer-blanc des cantaros pleins d'une eau fraîche et cristalline, des carafons d'aguardiente, des verres et des azucarillos. Son commerce est trèslucratif. « Agua! agxui frescah crie-t-il sans cesse; et tO!i jours altérés, les Espagnols boivent à longs traits de formidables

nisadcs Partout, en toutes saisons, releotit ce refrain :

t Agua! agua!... »

ï Fosforos! cerillos! n braille le petit marchand d'allu-

mettes-bougies; et, lorsque la vente ne va pas au gré de ses désirs, il incendie ses boîtes et pleure à chaudes larmes pour exciter la commisération des âmes charitables.

Des Catalans en culotte ronde serrée à la taille par une ceinture violette, chaussés d'espardengas et coiffés du gorro de laine rouge à pointe enroulée, parlent d'un ton impératif de Tindépendance qu'ils revendiquent sans cesse.

Des montagnards musiciens, Kabyles par l'habit et les mœurs étudient gravement les progrès de la civilisation.

Des Malagalos, la tête surmontée d'un chapeau pyramidal et posée sur un colleta godrons, la jaquette courte, les gamaches boutonnées jusqu'au-dessus du genou, choisissent de grandes boucles d'oreilles pour leurs novms, parées d'une coiffe de forme turque, d'une chemisette à fraise, d'un corsage brun à manches ouvertes par derrière, et d'un collier de corail entremêlé de figures saintes, qui s'enroule autour du cou, de la poitrine et des hanches.

Des Alicantais vendent des draps d'Alcoy, des limons et des dattes.

Des Castellanos, en amples grègues, gilet sans veste et chausses sans pied, alpargates de chanvre et ligos de soie, marchent, alertes et rieurs, la cravate flottante et le mouchoir roulé sur le front, s'attroupent et plaisantent les Gallegos, portefaix ou mozos de cordelj qui sont les Auvergnats de l'Espagne.

Des Mayorquins, tonsurés comme des prêtres, la chevelure Uiillée comme celle des pages du xv* siècle, habillés d'une veste collante...., tirent, devant les églises, leur chapeau dr poil de chat ornés de glands de soie et d'or. Leurs femmes sr signent pieusement

Des Tunisiens offrent aux bourgeois des babouches rouges, fourrées et dorées.....

Les ombres du soir tombent lentement de la voûte azurée. Les serenos apparaissent, armés d'une pique et munis d'une lanterne sourde qui projette de longs rayons lumineux à travers sa

lentille. Ce sont les veilleurs de nuit. Ils ont à leur ceinture les clefs de toutes les portes extérieures, qu'ils ouvrent aux retardataires. S'ils sont attaqués, un coup de sifflet les rassemble. Dans les petites villes de province, ils chantent les heures sur un ton monotone, à peine modulé

P. L. Imbert, Espagne. — Splendeurs et misères.

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