LES TZIGANES
Les Tziganes, en Moldo-Valachie, se divisent en trois classes : les lingourari, ou faiseurs de cuillers ; ce sont surtout les ouvriers sédentaires, les agriculteurs ; — les sloxijitoriy servants ou esclaves
appartenani aux boyards, qui les achètent el les vendeot comme leurs propriétés personnelles ; et enfin les schotrari, habitants
des tentes ou nomades: ils ont le monopole de l'industrie du fer; eux seuls travaillent ce métal, réputé impur par tes Valaques, depuis qu'il apercé les pieds et les mains du Christ. Les Tziganes ont une aptitude trës-rémarquable pour la musique et la danse. La flûte de Pan, la mandoline, le violon, sont leui's instruments.
« On les appelle, dit M. Poissonnier, dans toutes les réjouissances de famille; ils font oublier par leurs chants les souffrances de la patrie et jettent souvent, par le souvenir des ballades antiques, Fespérance au cœur de ces Roumains si fiers de leur origine. » Les Valaques ne sont pas les seuls qui mettent à contribution le talent musical des Tziganes. Les Turcs ne sauraient s'en passer dans aucune de leurs fêles, dans aucun de leurs divertissements. Nous eûmes recours nous-mêmes quelquefois à la musique tzigane pour charmer nos loisirs.
Les Tziganes sont d'une saleté repoussante, couverts de hail- Ions et de vermine. Ils aiment à étaler au soleil leur nudité et leur misère. On les rencontre souvent dans les steppes, blottis sous leurs carrousses ou voitures, ou dans des trous de terre auxquels les Valaques donnent le nom pittoresque de nids de Tziganes. Ils se plient facilement aux exigences des peuples au milieu desquels ils viennent s'établir; aussi n'est-il pas étonnant de les rencontrer souvent chrétiens en Valachie et mahométans en Turquie. Il a été jusqu'à présent impossible d'avoir des notions précises sur la religion de ces familles nomades de Tziganes qu'on rencontre partout : « Jamais la prière, disent les Valaques, n'a passé sur les lèvres des Tziganes, et, leur église ayant été construite en brenza (fromage blanc), les chiens l'ont mangée. »
Camille Allard, la Bulgarie orientale.