‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 99 sur 132 · LE FELLAH EN EGYPTE · texte numérisé non relu

LE FELLAH EN EGYPTE

Une remarque qui se présente à l'esprit du voyageur le moins attentif, dès ses premiers pas dans celte basse égypte où, depuis un temps immémorial, le Nil accumule son limon par minces couches, c'est l'intimité du Fellah avec la terre. Le nom d'autochthone est véritablement celui qui lui convient : il sort de cette argile qu'il foule, il en est pétri et s'en dégage à peine

Il s'enfonce jusqu'à mi-corps dans celte vase fertile, il la remue, l'arrose, la dessèche, selon qu'il est besoin, y trace des <'anaux, y lève des chaussées, y puise le pisé dont il bâtit sa demeure éphémère et dont il cimentera son tombeau. Jamais lils respectueux n'eut plus de soin de sa vieille mère : il ne s'en sépare ^pas comme ces enfants vagabonds qui délaissent le toit natal pour aller chercher les aventures; toujours il reste là, attentif au moindre besoin de l'antique aïeule, la terre noire de Kémé.

Si elle a soif, il lui donne à boire ; si trop d'humidité la gêne, il la dérive; pour ne pas la blesser, il la travaille presque sans outils, «avec ses mains : sa charrue ne fait qu'effleurer la peau tellurique, recouverte chaque année d'un nouvel épiderme par l'inondation. A le voir aller et venir sur ce sol détrempé, on sent qu'il est dans son élément. Avec son vêtement bleu, qui ressemble à une robe de pontife, il préside à l'hymen de la Terre et

de l'Eau. Il unit les deux principes qui, échauflés par ie soleil,

Tonl éclore la vie. Nulle part cet accord de l'homme et du soi

n'est plus visible ; nulle part la terre n'a plus d'importance. Elle étend sa couleur sur toute chose : les maisons revëtenl celte

teinte, les Fellahs s'en rapprochent par leur teint bi'onzé ; les arbres, saupoudrés d'une fine poussière, les eaux, chargées de limon, se conformenr à cette harmonie fondamentale

Théophile Gautieu, Orient.

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