SCENE II
(Audience de Pùmbassadeur français. Cette fois tétiquette est poussée à ses dernières limites. La livrée du sérail est rangée sur le passage du di^ plomate qui arrive avec son secrétaire^ son chancelier, son drogman et ses attachés d^ambassade. Tout ce monde est en grand costume. Le Grand Vizir lui-même a revêtu le vêtement d*apparat; il ressemble à un Européen endimanché. Des sièges ont été préparés pour les personnes de Vambas-sade; les dignitaires turcs restent assis sur le . divan. Les lettres de créance sont remises avec le
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cérémonial accoutumé^ après qiioi l*entretien s'engage sur les points délicats.)
L*AHBàSSADBOR.
Nous avons à nous plaindre de quelques-uns des procédés de la Sublime-Porte. Serait-il vrai, par exemple, qu'elle songeât à revenir sur le traité qui a été récemment signé?
LE GRAND VIZIR
Que tes jonquilles soient toujours fleuries I nous sommes tes enfants.
L*AUBASSADBUR.
Je désirerais que Sa Hautesse voulût bien s'expliquer là-dessus; voici ma note.
LE GRAND VIZIR
Gloire à Dieu ; tu as bien raison. Que sommesnous? les plumes de vos ailes. Sois tranquille.
l'ambassadeur.
J'ajoute que mes instructions sont formelles à ce sujet.
LB GRAND VIZIR
Honneur à ton sultan» et bénédiction sur sa maison ; nous sommes ses serviteurs.
l'ambassadeur.
Je puis donc compter sur le maintien du traité, et annoncer cette nouvelle à ma cour?
LE GRAND VIZIR
Oh 1 comme ta bouche est pleine de vérités ; tes lèvres distillent le miel. Que tes tulipes soient toujours épanouies.
l'ambassadeur.
C'est convenu , n'est-ce pas ?
LE grand vizir.
Quelle prudence dans tes paroles ! quelle sagacité dans tes discours I Continue : ta voix est comme le premier sorbet que l'on goûte après le jeûne du Ramadan.
l'ambassadeur.
Tout cela est fort beau; mais j'aimerais mieux une promesse positive. {Avec fermeté.) J'ai droit de l'attendre.
LE GRAND VIZIR , les muins au eieL Justice du maître des mondes ! ne t'irrite pas. Nous détestons les méchants; nous ne voulons que le bien et la tranquillité.
l'ambassadeur.
Dans ce cas, nous restons en possession des avantages que nous confère le traité. Il y a en une clef assurée aux Latins ; nous aurons cette clef.
LE GRAND VIZIR
Que ton rosier porte dbs fleurs en toute saison ! Que Dieu éloigne de toi les mauvais songes.
l'ambassadeur, se piquant.
On me donnera cette clef.
LE GRAND VIZIR
La justice réside en toi; tout ce que tu dis est marqué au coin de la sagesse.
l'ambassadeur, cTun ton très-décidé.
Alors nous aurons cette clef?
LE GRAND VIZIR, véduit.
Par la barbe du prophète, tu l'auras.
( Uamhassadeur se retire dans la même pompe et avec le même cérémonial. On échange d*unepart les saints européens , de Vautre les saints orientaux. Quand tout le monde est parti , les portes du sérail se referment. Le Grand Visir et le Katmakan sont restés seuls dans la pièce. En se regardanty ils partent d*un vigoureux éclat de rire.)
DE LA QUEStlON D*ORIENT. S87