‹ Moeurs et portraits du tempsChapitre 62 sur 80 · B OAPSTAIHS rOZ BT LS LIEUTBHAHT BABT · texte numérisé non relu

B OAPSTAIHS rOZ BT LS LIEUTBHAHT BABT

Une société de géographie, dont je ne trahirai pas le nom , et qui tient à envelopper ses travani d^un profond mystère, a reçu, dans sa première séance du mois d*avril , une communication de nature à exciter la curiosité du monde savant. Il s*agit d'une fie qui a échappé aux recherches des plus célèbres navigateurs et dont le hasard vient de révéler Texistence. Elle renferme un peuple qui, de perfectionnement en perfectionnement, en est arrivé à se passer de l'usage de la parole. C'est une histoire des plus simples et qui demande à être

racontée simplement. La Voici telle qu'on la trouve

89i L'ILE DES APHONES.

dans le bulletin de la Société et sur le journal de bord du capitaine Fox, du brick américain le Sta^y appartenant au port de Savannah.

Le Star sillonnait depuis douze mois les eaux de ce cinquième monde, que Ton a nommé le Monde Maritime , et qui se compose d'une foule d'archipels semés sur un vaste Océan. Il ne perdait pas son temps à des recherches scientifiques , ne songeait à rassembler ni coquillages, ni papillons, n'avait pas la prétention de se frayer une route vers les pôles , encore moins de soumettre en passant une tribu sauvage pour en faire hommage à sa nation. Les marins de l'Amérique du Nord ne se permettent pas de ces fantaisies ; ils ont Tesprit trop exact. La seule ambition du capitaine Fox était de toucher de ses harpons un grand nombre de baleines, de s'enrichir de leur dépouille par des procédés expéditifs, et de retourner le plus tôt possible vers son port d'armement avec un chargement complet d'huile et de fanons. Aussi embrassait-il d'un œil expérimenté les nappes d'eau qui se déployaient devant lui ; c'était son spectacle de tous les instants, son idée fixe, sa tâche et son plaisir ;

rien ne l'en pouvait distraire, si ce n'est de loin en loin un souvenir donné aux êtres chéris qu'il avait laissés près de son foyer.

Peut-être cette vie eût-elle paru monotone, même à des pêcheurs de baleine» si le second officier du bord n*y eût apporté quelque variété. Le lieutenant Baby était le contraste vivant du capitaine Fox. Autant le capitaine était sérieux, autant le lieutenant était jovial ; si l'un maîtrisait l'équipage y l'autre l'égayait. Fox appartenait aux États du nord et à l'une de ces sectes qui font profession de se montrer sobres dans leurs discours ; Baby était un enfant du sud où les intempérances du langage sont plus communes, plus tolérées par conséquent. La même opposition se retrouvait dans leurs personnes4 Le capitaine était aussi anguleux que le lieutenant était sphérique, aussi roux que l'autre était brun, aussi élancé dans sa taille que l'autre était court , trapu et ramassé. Fox était irréprochable dans ses mœurs, Baby un peu relâché dans les siennes, et plus d'une fois il s'éleva entre eux des discussions à ce sujet. Lorsque le Star mouillait dans une île de l'Océanie pour s'y procurer des

itM LULÏ DES APHONES.

vivres on renouveler sa provision d'ean, et qae ées femtnes accouraient à bord attirées par la curiosité naturelle à leur sexe, le capitaine et le lieutenant différaient à Tinstant même sur la manière â*envisager Tévénement; Ton voulait les gagner à Dieu et leur parlait des beautés de la BiUe ; Vautre y voyait une proie pour Satan et leur tenait des con* versalions beaucoup moins édiBantes. De là ces querelles où le capitaine n'avait pas toujours le dessus.

n existait encore entre eux d'autres sujets de contestation. Citoyens de la même répuMique, ils ia jugeaient chacune leur guise, et n'étaient pas d'accord sur les avantages de ce genre d'établissement. L'homme du nord y trouvait la limite de la sagesse humaine ; l'homme du midi en rabattait beaucoup, et penchait évidemment pour des moyens moins compliqués» par exemple ceux à l'aide desquels on conduit les nègres ^ les matelots. Ainsi, sauf la pèche, les deux officiers du Star ne s'entendaient sur aucun point; ils appartenaient è des éceies opposées.

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