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COMMENT ON TRAITAIT LES LEPREUX

Disons, avant de terminer cette étude sur la lèpre, quelques mots de son traitement au moyen âge.

«Il est remarquable, a-t-on écrit (i), que les documents sur les léproseries ne fassent connaître ni la présence de médecins, ni l'achat ou l'emploi de médicaments, ni l'existence d'ustensiles à l'usage des lépreux, à l'exception d'un alambic et d'un mortier. » Les Chevaliers de Saint-Lazare (2), qui

(i) Chevalier, Not. sur la malaÂrerie de Voley, 1870.

(2) (( Une chose plus incroyable, dit Michaud dans son Histoire des Croisades, c'est que le grand-maître de l'ordre de Saint-Lazare, institué pour la guérison et le soulagement de la lèpre, devait être pris parmi les lépreux. Cet usage dura jusque sous le pontificat d'Innocent IV, vers l'an i253 ». A cette époque, les infidèles, ayant tué tous les chevaliers lépreux de leur hôpital de Jérusalem, les chevaliers de Saint-Lazare demandèrent au souverain Pontife l'autorisation de prendre

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s'étaient consacrés au soin des lépreux depuis l'époque des Croisades, ne s'étaient, en effet, jamais préoccupés de traiter une maladie qu'ils considéraient comme incurable. Ils se seraient gardés d'aller à rencontre de la volonté d'un Dieu qui frappait de ses malédictions quelques-unes de ses créatures.

Pendant longtemps, on abandonna donc les ladres à leur triste sort. A part quelques recettes empiriques (i), dont la bizarrerie fait toute la valeur, la thérapeutique d'autrefois est à peu près muette sur le chapitre des lépreux. On sait, cependant, qu'Arétée conseillait l'ellébore, les bains sulfureux et la chair de vipère (2), traitement que

pour grand-maître un p&rsonnage qui ne fut pas lépreux. « Le pape, ajoute Michaud, les renvoya à l'évêque de Frascati, afin que oelui-ci leur accordât cette permission, après avoir examiné si cela pouvait se faire devant Dieu. Ce fait est rapporté dans la bulle de Pie IV, datée de l'an i565. »

(i) Cf. Prosper Alpin, De medicinœ Mgyptormm ; Paris, i6/i5, 23 ; Champollion le jeune, Recettes médicales pour les maladies cutanées, trad. d'un fragment égyptien.

(2) Henri de Mondeville, chirurgien de Philippe le Bel, dans son traité de chirurgie écrit au commencement du quatorzième siècle, et dont le professeur Nicaise a publié une traduction estimée, donne des formules de traitement de la lèpre, où la chair de serpent joue un grand rôle. Il y est recornmandé d'oindre la face « avec la graisse qui suinte, tandis qu'on rôtit les poules nourries de froment cuit avec des serpents » ; mais rien ne vaut l'usage de la chair des serpents, le vrai traitement et le salut des lépreux. « Il faut entendre que la chair de serpent, lorsqu'on en doit manger, doit être préparée de la façon suivante : après avoir pris et choisi des SiCrpents blancs de forêt, dans les lieux secs, non aqueux, non marécageux, il faut les placer dans une chambre plane,

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prescrivaient aussi Musa et Archigène ; quant à Celse, il s'en tenait aux bains d'étuve, pratique que nous retrouverons en France quelque siècles plus tard.

A Paris, les ladres fréquentèrent longtemps les étuves ; et plusieurs léproseries, telles que celles du village de Nérac, dans le département de l'Ardèche, de Lucheux, près de Doullens, étaient établies dans le voisinage de stations thermales. Peut-être soumet- . tait-on les lépreux à certaines fumigations ; nous n'en voulons pour preuve que ce détail, relevé dans l'histoire d'une des léproseries les plus importantes de la région normande, le prieuré du Mont-aux-Malades, près de Rouen : on apportait toutes les semaines au prieuré quatre charretées de bois vert, et deux cents mesures de gros bois par an, coupées dans la forêt de Rouvrai (i). Cette quantité de bois étant livrée en toute saison ne devait pas seulement servir aux besoins du chauffage.

froide. Alors, un serviteur, avec une branche à plusieurs rameaux, comme serait une partie d'un balai, trempée dans l'eau, frappera vigoureusement le serpent environ pendant le temps de dire quatre Miserere mei, Deus : le serpent sera tellement fatigué qu'il ne pourra plus avancer, mais se nouera. Alors le serviteur le saisira, avec le pouce et l'index de la main gauche, par la queue et par la tête, en se gardant toujours de ses dents, et il lui amputera sur un billot de bois chaque extrémité sur une longueur de trois travers de doigt, puis il lui enlèvera les entrailles après l'avoir écorché et le cuira avec de la fumeterre et des plantes semblables ». (i) L'abbé Langlois, op. cit., laB-iaG.

La Consécration d'un Roi i (Un lépreux est repi"-^^'

Pinacothèque de Turin.

•anneau de droilei.

Si nous consultons les textes médicaux du moyen âge, nous voyons que les divers traitements, alors en usage, ont entre eux la plus grande analogie.

Voici comment Bernard de Gordon, au xiv* siècle, formulait la thérapeutique de la lèpre : des saignées, suivies de purges lentes, puis de plus en plus énergiques ; des lavements laxatifs, esternutoires, masticatoires, pour purger le chef ; des vésieatoires, comme un séton au col, cautères aux bras, aux jambes, et sur les commissures du crâne (sic) ; ventouses entre les deux épaules, avec scarifications ; bains quotidiens de plantes émollientes, comme fumeterre, mélilot, camomille, suivis d'« oi- ^nements » par tout le corps.

Lorsque la lèpre était confirmée, on ne pouvait que diminuer les souffrances des malades. Les bains rendaient, en ce cas, de grands services : toutes les maladreries étaient, à cet effet, pourvues de piscines (i), ou de puits.

A côté de pratiques vraiment efficaces, telles que l'isolement des lépreux (2), Paré n'hésite pas à con-

(i) A Ax-les-Thermes, on voit encore, paraît-il, une grande piscine, de construction très ancienne, et qui a conservé son nom de « Piscine des Lépreux ». (Thèse Cuguillère, infrà cit., 67).

(2) L'isolement n'est plus pratiqué aujourd'hui ; sauf, toutefois « lorsque la lèpre est endémique dans un pays, ou lorsqu'elle est, dans un point quelconque du territoire, un foyer •expansif. » Dans ce cas, ajoute le D"" Besnier, « l'autorité ■sanitaire, appuyée sur la législation établie, crée elle-même

seiller la castration (i). Il s'autorisait, pour s'en excuser, de l'exemple d'Aétius et de Valescus de Tarente qui, bien avant lui, avaient eu recours à ce barbare procédé. Après tout, il n'allait pas plus loin dans la voie du ridicule que ce médecin de Henri II, qui plongeait ses malades dans des bains de sang humain.

Il n'est pas téméraire de présumer que l'atténuation progressive de la lèpre est attribuable à toute autre cause qu'aux traitements qu'on lui opposait (2) ; nous écrivons à dessein atténuation, car il

des centres d'isolement dans les régions infectées, et institue une réglementation complète de la matière, en harmonie avec les conditions de tout ordre qui sont, particulières à ce pays. » Mais, en France, écrivions-nous on 1902 {Journal de la Santé, 3o novembre), « les foyers lépreux qui persistent à l'état de reliquats ne sont pas expansifs. La contagion de la lèpre ne se manifeste pas actuellement, malgré le nombre sans cesse grandissant des immigrants lépreux. » On se préoccupait déjà, néanmoins, à cette date, de l'absence complète de mesures de défense ; et bien que la question de la contagiosité de la lèpre soit toujours controversée, peut-être serait-on simplement prudent, en créant des « services d'isolement, qui serviraient de centres d'instruction pour les médecins voulant s'instruire sur une maladie encore mal connue ; et si l'on veut établir une léproserie, la faire construire soit dans un département où la lèpre est à l'état sporadique, soit de préférence dans l'une de nos colonies déjà contaminées ».

(i) Œuvres, t. III, 280 et suiv.

(2) Il est certain, toutefois, que l'on guérissait parfois de la lèpre, du moins en apparence. (Cf. Les Lépreux et les Léproseries de Toulouse ; thèse de doctorat, par Et. Cuguil- LÈRE : Toulouse, 1898, 65 et suiv.).

semble bien que la lèpre, après avoir exercé ses ravages pendant des siècles, a épuisé aujourd'hui sa puissance destructrice.

Serait-oe qu'on soit arrivé à la mieux traiter aujourd'hui ? Il serait osé de l'affirmer, bien que les mesures de préservation soient mieux appliquées qu'elles ne l'étaient jadis.

Sans doute, dès les âges bibliques. Moïse avait édicté des prescriptions hygiéniques, et notamment, la séquestrotion ; le moyen âge qui suivait la tradition, fit séparer les lépreux, afin d'éviter la contagion, mais la police sanitaire d'alors était mal orga-,

nisée.

A défaut d'une réglementation unique, il y eut des arrêtés de municipalités, des 'ordonnances royales, des sentences d 'officiais, des canons de conciles plus ou moins divergents, et qui prouvent que si l'effort fut considérable, les résultats ne répondirent pas à cet effort.

Gomme toujours, la lutte fut stérile, parce qu'on éparpilla les moyens de défense.

Les mesures de prophylaxie restèrent, par suite de ce défaut de cohésion, à peu près vaines. Cette prophylaxie fut cependant le souci constant de la société d'autrefois ; mais la seule mesure qui eût donné, si elle avait été bien appliquée, des résultats certains, l'internement, fut rarement prescrite dans toute sa rigueur ; toutefois, il existait la déclaration obliga-

toire : de ce côté, tout au moins, nous n'avons rien innové.

On pourrait presque dire que nous prenons moins de précautions qu'autrefois, parce que le mal nous menace moins directement ; il serait cependant imprudent de nous leurrer de cette fausse sécurité.

Sans aller jusqu'à prétendre que nous soyons exposés à une reviviscence du fléau, tel que l'a connu le moyen âge, on ne saurait dire que nous en soyons pour toujours à l'abri.

Nos moyens de défense sont, certes, perfectionnés, mais l'hygiène publique n'a pas encore fait des progrès tels, que nous devions ne pas redoubler d'efforts pour multiplier ces moyens et chercher à en imaginer de nouveaux. C'est une tâche à laquelle doivent se vouer tous ceux qui ont l'honorable mission de veiller sur la santé publique.

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