I.NSÏUI-CTIONS SUK L'INOi
(ColIectioB
Hanctcll
r ù~chaf^ pi>ar /atre ii^f>tfur^u vf^ât/afoire^ On. d^t <«r«iV4 gwtr la^'^Aan, tA. m />«^^r -njnr
ra<vwr t^ifw -/w ^o4Ûoiw fui. on/ Ji'/a rie- luwcrtf ,
cerne provenir '^an^ ^ murxA*^ ^lii-/fat:'-panrfaf- ^u'J vnfi7rtr J innjt/rr- ^u^y v /it^
aikan^<Atf iVt mi.>ùhf "ai^" tt ttrvuùu^ui fue/^H^/w •^rmt'timnf'qftHTJefi t>re- J^ «/* «Av. ««
'■.Ûfy /vrm^ i^t^^u^^ ftu fon/tenf tUifHé.^e Jf^,rftAi inffètt ift féui nfu fofirt^ fy>ia
VÊ'v^ic^p'<^rt^ft-n^6^4rf.-mpjulamarr^ff^urt<i/raiéu-4-Je^f^ in^Q" ^^r /a/arme ^ iti^tu taiùu J'u»Mr .mr J^rf^^tonau^^mffVf^ ^ev€< f*tfo4nil''-'h*Parlunt^fure' it/À^<t /t»M frm/ -ùv
tt^/^i/fi^^raAjTM nf- ,>n. /'itHicv <rt fryrm/^t tr ^m't/r l'*(vtn tmivU f^- JU' /mtr J inr dtf f'^'uO'n X.
ftf/evi /li^^fr or^ntu^enunCfualrf*Hii^n^f>iifiir4V,ân^^^J^e/i^ftr fut^fue^ fnu ç tun-^.
^r't^4-/.-.</1»r'irtJ-/Du i/n4r.i;-^yô/-mf at,4V4n Aj'uàw ^/àu/ oùii-j- />/ û m/tr i u^ njJtwe//t vio ■«>/•.•'//- m -Uirarar Âr Ju^Koi d/^iif-^nfdfa^-^e/inrfff-ent/tv •/oiA ^' /n/w i4«*w ttet/t^
Jr^mJ^
xurt^it^n^
/•//Af Vf /i/7Uatwn,i/en^ ^
. Vaccixe ou Vaccination.
;-Mé\ahd).
3l/| MŒURS INTIMES DU PASSE
Sur l'un des sujets (une jeune femme de dix-huit ans), l'expérimentateur introduisit, dans les narines, à la manière chinoise, une petite tente imbibée de pus variolique. L'expérience faillit mal tourner ; à peine le venin fut-il introduit dans le nez, que la patiente fut prise de douleurs de tête intolérables, avec une fièvre continuelle qui ne la quitta qu'après l'inoculation. Néanmoins, l'opération réussit généralement et les criminels qui s'y étaient soumis eurent la vie sauve (i).
La future reine d'Angleterre, alors princesse de Galles, ayant tremblé pour les jours de sa fille aînée, fit inoculer, en 1722, les deux cadettes. Cet exemple qui, partout ailleurs, eut irrévocablement vulgarisé l'usage d'une pratique utile au genre humain, en retarda peut-être le progrès dans un pays de factions, où la raison, quand elle est adoptée par un parti, perd infailliblement ses droits aux yeux du parti contraire.
Alors que les plus fameux médecins de la Grande- Bretagne favorisaient la nouvelle méthode et qu'ils écrivaient en sa faveur, deux médecins peu connus et un apothicaire cherchaient à se faire un nom en la proscrivant.
Tandis que l'évêque de Salisbury et plusieurs casuistes soumettaient leurs enfants à l'inoculation,
(ï) Œuvres de M. Méad, t. I, à^'].
LA VARIOLE 3l5
d'autres théologiens prétendaient qu'elle attirait la colère céleste. Et pour le prouver, il en fut qui prêchèrent, en chaire, que le diable avait donné lui-même la petite vérole à Job, par ce moyen infernal (i) !
L'opposition de quelques médecins attardés et de quelques prédicateurs fanatiques ne réussit pas à arrêter le mouvement en faveur de l'inoculation en Angleterre; et les frères Sutton, ceux-là même qui proposeront plus tard de guérir Louis XV à l'aide de leur secret, inoculèrent, à eux seuls, plus de 90.000 personnes.
En France, les progrès de l'inoculation furent beaucoup plus lents. Bien que les praticiens en renom, Chirac, Helvétius, Astruc, se fussent prononcés pour la méthode nouvelle, il suffit qu'il y eût une voix discordante, comme celle de Hecquet, qui, en 172/4, avait publié une dissertation, dans laquelle il tentait de détourner les honnêtes gens de cette pratique diabolique, pour que l'on restât dans l'expectative ; heureusement, cette voix isolée n'eut pas d'écho et, grâce, à l'intervention de deux hommes,
(i) Curiosités des inventions, etc., 35i. Le 18 juillet 1722, Edmond Massey, curé de Saint- Andrew 's- Ilolborn, à Londres, montait en chaire devant une masse imposante de pénitents et pénitentes : c'était pour prêcher contre « la dangereuse et lamentable pratique de Vinoculation. » Le curé Massey en fut pour ses frais d'éloquence, et l'inoculation fît, malgré lui, des progrès étonnants. (Ephémérides de l'Union Médicale, par A. Chereau).
3l6 MŒURS INTIMES DU PASSÉ
qui eurent sur l'opinion une influence considérable, Voltaire et La Condamine, celle-ci fut complètement retournée.
Voltaire écrivit son plaidoyer en faveur de l'inoculation en 1727 ; depuis lors, il ne cessa de prêcher la bonne doctrine avec l'ardeur infatigable qu'il apportait à défendre les causes qu'il croyait justes.
Voltaire avait de solides raisons pour intervenir dans le débat : il avait lui-même, été atteint de variole, et il en avait réchappé comme par miracle.
Il résidait alors au château de Maisons, bâti à la lisière de la forêt de St-Germain, et qui avait pour maître le jeune président de ce nom. Le président y donnait des. fêtes brillantes, ordonnées avec un goût parfait. L'élite des artistes et des gens de lettres s'y mêlait avec les plus hautes personnalités de l'Etat. Quand Voltaire avait composé quelque chose, il n'avait pas de plus noble public à craindre ou à espérer. Un jour (le k novembre 1728), il était attendu à Maisons, où la société se trouvait déjà réunie ; il devait y lire. sa tragédie de Marianne. Le cardinal de Fleury avait promis de paraître. Voltaire arriva souffrant et fut obligé de se mettre au lit.
Tout à coup, une nouvelle court la maison : le docteur Gervasi, l'une des célébrités du temps, a trouvé à Voltaire la maladie la plusVedou-
LA VARIOLE Si']
tée alors, la petite vérole. En moins de rien, le château fut presque désert. Et Voltaire fut déclaré perdu. Il en revint, grâce à la méthode hardie et nouvelle du docteur qui le soignait, et qui s'établit au chevet de son illustre malade, jusqu'à ce que celui-ci fut tout à fait hors de danger. Le i5 décembre, le poète était sur pied; le i6, il faisait des vers (i).
Cette maladie avait beaucoup enlaidi Voltaire, qui ne pouvait s'empêcher d'en rire lui-même, mais qui se promit bien, à la première occasion, de se constituer le champion d'une méthode préservatrice, s'il s'en présentait une. L'occasion ne devait pas tarder à s'offrir.
(i) Histoire de la vie et des ouvrages de Voltaire, 4? et s.
l'apotre de l'inoculation
Après Voltaire, un nom doit être cité avec gratititude : celui de la Condamine, qui s'employa, avec une énergie rare, à faire triompher la cause qu'il soutenait, en dépit de l'indifférence et de l'opposition à peu près générales. On a pu dire avec raison que, bien qu'il ne fût pas médecin, La Condamine a plus fait pour l'inoculation que tous les médecins réunis.
Le mémoire de La Condamine est de i']bfi. Nous n'en donnerons qu'un aperçu. L'apôtre de l'inoculation y répond victorieusement aux objections qu'on a opposées à la nouvelle méthode de préservation. La plus spécieuse de ces objections était la suivante : « Pourquoi donner gratuitement une maladie à qui ne l'aurait peut-être jamais €ue ?» A quoi La Condamine répliquait :
On ne donne poin^ cette maladie à celui qui ne l'aurait pas eue, puisqu'il n'y a que ceux qui en sont susceptibles qui la contractent après l'inoculation : toutes les expériences attestent ce fait. Celui qui n'aura point en lui le germe de la petite vérole en sera donc quitte pour une opération moins douloureuse qu'une saignée ; et, moyennant une incision ou une piqûre légère, il se verra délivré pour toujours des inquiétudes et des terreurs continuelles ovi vivent ceux qui n'ont pas eu cette maladie. Il sera sûr, après cette épreuve, d'être pour jamais exempt de la contagion.
La Condamine déclarait que la maladie communiquée était, en tout cas, bien moins dangereuse que celle dont on se gardait ; que la petite parcelle de venin transmise dans le sang, par la voie de l'inoculation, ne pouvait être l'enveloppe ou la semence d'autres maux, tels que le scorbut, les écrouelles, etc. ; que l'inoculation ne laissait presque jamais de restes fâcheux, tels que plaies, tumeurs, cicatrices sur le visage, etc. Et il terminait par cette apostrophe véhémente :
L'inoculation s'établira un jour en France et l'on s'étonnera de ne pas l'avoir adoptée plus tôt. Mais quand arrivera ce jour ?... Ce sera dans le temps funeste d'une catastrophe semblable à celle qui plongea la France dans le deuil et parut même ébranler le trône en 171 1. Alors, si l'inoculation eût été connue, la douleur et la crainte récente du coup qui menaçait encore nos pliis chères espérances, nous eût fait recevoir comme un présent du
Ciel ce préservatif que nous dédaignons aujourd'hui. Mais, à la honte de cette raison, qui ne nous distingue pas toujours des animaux, le passé, le futur, font à peine impression sur nous; le présent seul nous affecte ; ne serons-nous jamais sages qu'à force de malheurs ? Ne construirons-nous un pont à Neuilly qu'après que Henri IV aura couru risque de la vie en y passant le bac ? N'élargirons-nous nos rues qu'après qu'il y aura été assassiné ?...
A l'occasion de ce mémoire de La Condamine, une feuille de l'époque rappela un trait piquant de la vie de ce dernier.
En 1717, paraissait un recueil de vers latins, composés • par les rhétoriciens du Collège Louis-le- Grand. Or, il se trouve dans ce recueil une pièce, qui fut récitée publiquement à l'époque, précisément par le jeune La Condamine, alors sur les bancs du collège. Celte pièce porte pour titre : Advenius Ludovici XV in urbem Lutetiam : Arrivée de Louis XV à Paris. Le poète y lance contre la variole, qui faisait -alors de cruels ravages, ses imprécations les plus virulentes ; û lui défend d'approcher de la personne royale et il termine par cette apostrophe :
Ah ! plutôt que de déchirer cet auguste visage, plutôt que de défigurer des traits si chers à la nation, exerce sur moi toute ta barbarie, et que Louis soit en sûreté v'pour mon propre péril !
Trois jours après, La Condamine tombait dan-
gereusement malade, de la petite vérole : le fait est constaté par une note de son poème. La petite vérole le maltraita même au delà de ses souhaits ; le souvenir qu'il en avait gardé ne fut certainement pas étranger à l'utile campagne qu'il entreprit plus tard.