‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 20 sur 71 · INOCULATION · texte numérisé non relu

INOCULATION

J-.E Printemps dernicf, iM. Sutton annonça qu'indc^pcrtdamment de fa Maifon , dite le Château de Charolois , rue Poinfonnierc , hors la barnope Sainte Anr.e, entourée de Jnrdins , Allées'couvertcs 6^ Promenades agréables, il préparoic d'autres Maifons pour inoculer 6c recevoir en penfion les peribnnes de toutes les claffes , à des prix .difFérens & proportionnés aux facultds de chacun. Il a l'honneur de prévenir que tous fes prcD'aratifs font achev<fs : en rendant les dépenfcs de l'Inoculation acceffibles aux conditions les moins aiTces, il fe flatte d'en étendre la pratique & les avantages.

Mais û'eft parmi le Peuple que la pet4te vérole naturelle fait impunément des ravages. Mal logé, mal foignd privé des fecours de l'art , il fubit le fléau dans toute fa malignité. Les individus qui compofen^t cette clalTe , ignorent pour la plupart ce que c'eftque rinoc^ilation , ou , s ils la connoiflent, n'ont: pas le moyen d'en profiter, 'Pour venir au fecours de ceuxci , ôc éclairer les autres par la fuite» M. Sutton s'engage à les IcTgôt & traiter gratuitement; Il ne s'agiroit plus par conféquent que de fournir aux autres dépenfes néceflaires , telles que nourriture ," chauffage , médicament , &c. pour lefquels M. S UTTON Xerédui^ encore à • la fomme de 40 I. Beaucoup de perfonn^s charitableslin-vitent depuis long-temps à en propofer la Soufcription ; c'eii.même en conféquence qu'il a loué & meublé un(t Mai^oix qui fera defliuéc uniquement aux Inoculés de cette clafle, Perfuadé qu'une Soufcription dont l'utilité eft fi fenfible, ne peut qu'atre accueillie favorablement du Public , M.'Suttqn n'héfite pas davantage à l'oiivrir. Ainfi toute; perfonne qui voudra foufcrire pour 40 1., aura le droit de lui envoyer un fujCt à inoculer; celles qui voudront foufcrire pour So i. auront le droit de lui en envoyer deux , &c.

Son adrejfc ejl à Paris, rue des Foffés-'Mbntinartrc ^ N''. 35", Prospectus d'une Maison d'Inoculation (Collection de l'auteur).

368 MœURS INTIMES DU PASSÉ

La Condaniine et Troiichin. Désormais, les timides étaient rassurés et les pusillanimes persuadés qu'ils pouvaient sans crainte offrir leurs bras au virus protecteur.

Croirait-on, néanmoins, que l'inoculation n'eut qu'une vogue passagère (i) ? Certes, dans la haute société, on n'y répugnait pas, bien au contraire; des maisons d'inoculation luxueuses furent même créées (2) ; mais il se manifesta des oppositions assez vives ailleurs. On blâmait la reine qui, seule, disait-on, avait pu donner à son époux le conseil téméraire qu'il avait si promptement suivi (3). On désignait, en manière de raillerie, le médecin Richard sous le nom de Richard sans Peur, pour le courage qu'il avait montré en bravant l'opinion. On s'étonnait qu'on n'eût pas fait appel à Tronchin, qui attendit vainement du roi l'ordre de se mettre en route. On lui avait préféré Richard, « médecin peu connu... qui ne se fît pas prier et qui a tout fait » (à).

(i) Nous avons toujours aimé, en Fiance, à mettre en musique les événements : aussi n'est-on pas surpris qu'il ait été représenté, pour commémorer celui qui passionnait alors les esprits, un divertissement intitulé : L'inoculation ou la fête du château. L'auteur en était le célèbre Favart. (Cf. Jenner et la vaccine, par M. le D"" P. Lorain; Paris, 1870, 18).

(2) Revue Médicale de Normandie, 25 août 1906 (article du D*" Helot).

(3) Cf. Mémoires de Mme Canipan (Paris, 1882), t. I, 92. (à) Ms. inédit de la Bibliothèque de Genève, publié par

M. H. Tronchin, op. cit., i4o.

LA VARIOLE 36ç)

Troiichiii ne fut rappelé quen 1777, pour inoculer les fils du duc de Chartres : le duc de Valois, âgé de ({uatre ans, et le duc de Montpensier.

L'inoculatioilF avait, depuis quelque temps, repris faveur; dès 1786, le roi avait ordonné de ne plus admettre parmi ses pages, ceux de la reine, les élèves des Ecoles militaires et de la maison de Saint-Cyr, que des sujets ayant eu la variole ou qui fussent déjà inoculés. Dans certaines maisons d'éducation, comme la pension du sieur Verdier, établie au Jardin des Plantes, on faisait inoculer les élèves au gré des parents (i). Un peu partout furent fondés des « hospices d'inoculation », sous la protection du gouvernement (2). Quelques personn'es tentèrent même de lancer un nouveau préservatif contre la petite vérole : il consistait à exprimer le liquide contenu dans le bout fœtal du cordon ombilical, avant d'en faire la ligature. Ce procédé, hâtons-nous de le dire, ne paraît pas avoir eu plus de succès qu'il ne méritait.

Particularité notable, c'est au moment où l'inoculation avait raison des préjugés, et que la basse classe commençait à l'adopter, qu'eut lieu la découverte d'un autre moyen prophylactique, qui

(i) Delaunay, loc. cit.

(2) Il en fut, du moins, établi à Rouen. (Cf. Revue médicale de Normandie, 26 août et 10 septembre 1906, 3o4).

n'allait pas tarder à détrôner le premier. La découverte de la vaccine est, en effet, de 1798, si on en attribue la paternité à l'Anglais Jenner ; elle remonterait à 1780, si on la restitue au Français qui lui en dispute la gloire.

l'histoire d'une découverte. GOMMENT

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