‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 21 sur 71 · FUT TROUVÉE LA VACCINE · texte numérisé non relu

FUT TROUVÉE LA VACCINE

On a bien des fois instruit le procès des origines de la vaccine: il est cependant aisé, en ne se laissant guider que par Tunique souci de la vérité historique, de mettre lin au débat.

Deux peuples se disputent la gloire de cette invention : la France et l'Angleterre. Ecartons tout de suite les prétentions d'un troisième, car les Allemands ont réclamé à leur tour : ils ont prétendu fju'en 1669, Goetz avait déjà trouvé la vaccine et ils ( ilcnt, à ce propos, un travail paru dans un de leurs journaux, Allgemeine Unterhaltungen, en 1668, Nous n'y sommes pas allé voir, avouons-le sans détour, et ce, parce que nous l'avons jugé superflu, il est, en effet, prouvé que la vaccine était connue depuis longtemps chez les cultivateurs du Holstein, qui entretiennent des troupeaux considérables de va-

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ches (i). Cela ne signifie point que la méthode ail été scientifiquement mise en usage, et d'une façon systématique (2). Il y aurait tout au plus là une nouvelle preuve que l'empirisme a devancé la science. Nous arrivons à des faits plus démonstratifs.

Vers l'année 1780, un ministre protestant de Massilargues, près Lunel, dans le département de l'Hérault, eut l'occasion d'observer une épidémie de variole, qui sévissait dans le Midi, et plus particulièrement dans la région de Montpellier. Le pasteur en question s'appelait Rabaut, qu'on nomme le plus souvent Rabaut-Pomier, pour le distinguer de son frère, le futur constituant Rabaut-Saint-Etienne.

En causant avec les pâtres, Rabaut-Pomier avait appris d'eux que les vaches étaient sujettes à une maladie ayant beaucoup d'analogie avec la variole humaine, et qu'ils désignaient sous le nom de picote.

(i) Lettre de Ch. Villeis à Cnvier, 1802, in-8, C; citée par Ed. FoinMER, Le Vieux-Neuf, t. I (1877), 270, note i.

(2) Cependant, nous devons rappeler qu'il y e quelques années (nous n'avons malheureusement pas conservé la date de la « coupure »), la Médecine moderne, sous le titre de : Encore un précurseur de Jenner, reproduisait le filet suivant : « Le D'" Pauli communique au British médical l'inscription suivante, qu'il a relevée sur une tombe dans un petit cimetière du Dorsetshire : « Consacré à la mémoire de Benj. Jesty Downtay, qui a quitté cette vie le i5 avril 1816. ISé à Yetmnester dans le Comté. Homme honnête et droit, il fut la première personne qui employa le cowpox en inoculation ; il en fit la première expérience sur sa femme et ses deux fils en Vannée 1774. »

Jenjamin Jesty, qui employa le premier le cowpox en inoculation, sur sa femme et SCS deux llls (1774).

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De plus, il était de notion courante que les bouviers, lorsqu'ils contractaient ce mal en trayant leurs vaches, passaient dans le pays pour être préservés de la petite vérole. Il en augura que l'inoculation de ce virus serait aussi sûre et moins dangereuse que celle de la variole elle-même.

En 1871, Rabaut eut l'occasion, dans une conversation sur la petite vérole, d'exposer son idée à un riche marchand de Bristol, nommé Ireland, et à un médecin anglais du nom de Pew (i), qui, depuis plusieurs années, venaient passer l'hiver à Montpellier. Celui-ci promit de faiic })art de cette communication, dès qu'il serait de ret')ur en Angleterre, au docteur Jenner, son intime ami, et qui s'occupait beaucoup de ce sujet.

Plusieurs années après (en 1799), Rabaut- Pomier, ayant entendu parler de la découverte de la vaccine, y vit la réalisation de l'idée qu'il avait proposée à Ireland et au docteur Pew; il écrivit au premier, pour lui rappeler leur conversation sur ce point. Ireland lui répondit par deux lettres, dont Ghaptal, qui rapporte ces détails, a vu l'original; il se souvenait fort bien de ces propos, ainsi que de la promesse qu'avait faite le docteur Pev^ d'en parler à Jenner; mais il ne disait rien de ce que le doc-

(i) D'autres l'appellent Pugh (Vieux-neuf, de Ed. Fotjrnier, loc. cit.)

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teur Pew avait pu faire à son retour en Angleterre (i).

A juger impartialement le débat, on doit reconnaître, d'abord, qu'il n'est pas prouvé que le docteur Pew ou Pugh ait donné connaissance à Jenner des notions acquises par Rabaut-Pomier ; que celui-ci, du reste, n'a fait aucune expérience, sur les humains, du procédé dont il avait eu, par hasard, connaissance, n'ayant pas qualité pour les tenter (5). On ne peut davantage assurer que Rabaut- Pomier ait eu « l'honneur d'avoir eu le premier 1 idée de la vaccine >', puisque c'était une pratique populaire, aussi bien dans le Midi de la France qn't'ii Allemagne.

Ces problèmes de priorité sont toujours difficiles à résoudre ; en réalité, chacun apporte sa pierre à l'édifice et une découverte ne s'improvise pas.

(i) Histoire Ullêraire. de Nîmes, par Michel Nicolas, citt'e dans l'Intermédiaire, L VI, col. 7^.

('o'i Bnhnut-Pomier était, avons-nous dit, pasteur protestant, et non nnklicin. D'après des renseignements puisés à bonne source, Rabaut-Pomier, sauvé par la Révolution du 9 thermidor, rentra à l'Assemblée nationale, fit partie du Conseil des anciens, fut successivement employé dans les bureaux de la Trésorerie et sous-préT t au Vigan. Nommé pasteur h Paris, au rétablissement des cultes, il fut proscrit, en 181 6, comme régicide, quitta la France à cett-e époque et obtint la permission d'y rentrer deux ans après. (Intermédiaire, VI, loc. cit.). Rabaut-Pomier serait mort en 1820. (Intermédinin' . VI. col. 3o5).

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